Dominique Drouet : « Lafarge et Holcim resteront concurrents jusqu’à la fusion »

Le feu vert du gouvernement marocain n’est qu’une étape dans un processus long et compliqué. Nous allons constituer un pôle fort pour le Maroc et surtout un hub pour l’Afrique francophone.
Tous les emplois seront préservés, il n’y aura pas de plan social après la fusion.

Le gouvernement vient de vous donner le feu vert pour la fusion Holcim-Lafarge au Maroc. Quelle sera la prochaine étape ?

Vous faites bien de le signaler, cette décision n’est en fait qu’une étape, bien qu’importante, dans un processus qui est relativement long et compliqué. Car il faut que les autorités compétentes de l’ensemble des pays où nous sommes implantés approuvent le projet de fusion à leur échelle. Il faut compter 90 pays en tout. Ce n’est qu’après qu’une assemblée générale extraordinaire sera convoquée, au niveau de la maison-mère, pour voter à la majorité des deux tiers la fusion.

Sous quelle forme se fera cette fusion ?

Au niveau mondial, ce sera une augmentation de capital de Holcim réservée aux actionnaires de Lafarge. Dans tous les pays où nous sommes implantés, c’est ce même schéma qui est retenu.

Tout cela va visiblement prendre du temps. Mais d’ici là et au vu du feu vert du gouvernement, comment allez-vous gérer la situation au Maroc ? Peut-on s’attendre à un début de synergies, de collaboration entre les deux ?

Non, pas du tout. Jusqu’au jour où la fusion sera adoptée de manière officielle et légale, Holcim Maroc et Lafarge Maroc vont continuer à opérer comme dans le passé, c’est-à-dire deux entreprises concurrentes. Il ne s’agit pas, comme on a pu l’entendre çà et là, de mixer nos produits ou nos approches commerciales ou autres. Nous sommes très regardants par rapport au strict respect des règles de concurrence saine sur le marché tant que les deux entreprises n’en feront pas une.

Peut-être pas sur le plan commercial mais n’allez-vous pas procéder à des démarches préparatoires sur le plan des fonctions support, des ressources humaines…

Rien ne sera fait ni sur le plan commercial, ni sur le plan industriel, ni sur aucun autre volet. L’accord du gouvernement est juste une étape qui a été franchie. Il en reste encore d’autres.

Quel sera l’apport d’un groupe aussi grand pour l’économie…

Il y a quelques semaines, les responsables de Lafarge Maroc et nous-mêmes avons eu une réunion avec les représentants du ministère des affaires économiques et générales. Nous leur avons expliqué l’importance et les effets positifs de cette fusion pour le Maroc. Il s’agira pour nous de constituer un pôle fort au Maroc et surtout un hub pour l’Afrique francophone où il y a un grand besoin en ressources que nous pouvons fournir à partir du Maroc. Je vous donne l’exemple de nos collègues en Côte d’Ivoire qui ont besoin de responsables en sécurité mais qui n’arrivent pas à trouver des profils locaux. Nous les aidons aujourd’hui à recruter ces profils parmi nos équipes du Maroc.

Quelles sont vos ambitions sur le Maroc ?

Continuer à tirer vers le haut le Maroc et notre secteur en particulier à travers des projets réussis comme au niveau de la modernisation de certaines filières comme les matériaux de construction où les deux entreprises sont impliquées, le recyclage en tant que combustible des déchets industriels initié par Holcim ou encore l’utilisation de l’énergie éolienne comme le fait déjà Lafarge pour son site de Tétouan. Ce sont des exemples de réalisations concrètes et de ce que peuvent apporter les deux entreprises ensemble.

L’accord du gouvernement a été donné avec une seule condition, à savoir la préservation de tous les emplois. Or, on sait que dans de telles opérations, il est toujours délicat de gérer la partie ressources humaines, ne serait-ce que pour des raisons de doublons. Comment pouvez-vous garantir qu’il n’y aura pas de plan social ?

Je vous confirme qu’au Maroc il n’y aura pas de plan social à la suite de la fusion. D’abord sur le plan industriel, le problème ne se pose pas puisque chaque usine continuera de fonctionner avec ses mêmes effectifs. Sur le plan commercial, la fusion nous obligera à vendre deux fois plus. Donc, nous aurons besoin de toutes les ressources aujourd’hui disponibles d’un côté et d’un autre pour préserver nos parts de marché. Je peux vous assurer que tout le monde fera partie du voyage.

Quelle est votre appréciation du marché du ciment au Maroc ? On le dit en surcapacité, étroit, sans oublier la baisse des volumes en 2013…

Je ne partage pas votre lecture de l’évolution du marché. Le marché marocain du ciment n’est pas en mauvaise forme. Au contraire, il retrouve sa taille normale et logique. La baisse constitue à mon sens une correction. A un moment donné, il y a eu une bulle. Nous sommes en train de revenir à un volume normal et c’est tant mieux.

Avez-vous idée du nom que prendra la future entité. Ce sera Holcim, Lafarge ou un mix des deux ?

Ceci est un avis qui n’engage que moi : j’espère que le futur nom ne comportera ni Holcim ni Lafarge.

Aucune indication ne vous a été donnée de la maison-mère à ce sujet ?

Non. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a des équipes de travail qui réfléchissent actuellement à l’appellation de la future entité qui naîtra de la fusion. Rien de plus.