Divergences sur l’opportunité du Ramed

Le directeur de la CNOPS propose d’intégrer le RAMED dans l’AMO, à travers la prise en charge des ascendants

Un problème de financement persistera toutefois pour les personnes exclues du système.

Asix semaines de l’entrée en vigueur progressive de l’assurance maladie obligatoire (AMO), quid du régime d’assurance maladie pour les économiquement démunis (RAMED)? Sera-t-il renvoyé aux calendes grecques, comme on n’ose pas le dire clairement auprès des officiels ? En tout cas, dans les déclarations officielles à propos de la couverture médicale, on parle toujours de l’AMO, rarement du RAMED. Et pourtant ! Sait-on que l’AMO ne concerne que 30 % des citoyens et que, par conséquent, les 70 % restants seront soumis au RAMED ? Au nom de la majorité, il vaut mieux parler plus du RAMED que de l’AMO et davantage d’assistance que d’assurance.
Driss Guerraoui, chargé du dossier à la primature, n’est pas de cet avis. Pour lui, le RAMED existe déjà de fait, il n’y a donc pas lieu de fixer de date pour son démarrage. M. Guerraoui reconnaît toutefois que le système actuel connaît des déviances qu’il y a lieu de corriger. Il est de notoriété publique, en effet, que l’assistance dans les hôpitaux a jusque-là profité moins aux pauvres (seulement 20 % d’entre eux) qu’aux riches. Outre la corruption qui sévit en matière d’obtention de cartes d’indigence, le système de gestion des hôpitaux n’était pas de nature à assurer une assistance appropriée aux plus démunis dans des conditions de gestion optimale.

Le problème du financement n’est pas encore résolu
Pour permettre au RAMED de fonctionner convenablement, les corrections à apporter sont de trois types, explique Driss Guerraoui : un, la responsabilisation des gestionnaires des établissements publics de santé à travers la réforme hospitalière projetée ; deux, un appui financier conséquent à la tutelle (le ministère de la Santé) ; trois, la mise en place de critères bien précis pour l’éligibilité à la carte RAMED.
Reste que ce RAMED, non seulement posera des difficultés au niveau de son financement (par combien faudra-t-il multiplier le budget de la santé ?) et de son application, mais aussi donnera à penser que le Maroc, contrairement à ces voisins, dispose moins d’une assurance maladie que d’une assistance médicale. «Nous sommes en train de mettre en place une couverture médicale boiteuse», s’insurge le Dr Ahmed Amamou, directeur par intérim de la CNOPS (Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale). Le Dr Amamou ne comprend pas que l’on puisse confectionner une assurance maladie pour une minorité de citoyens et reléguer au rang d’assistés la majorité. «Sans compter que cette façon de procéder constitue une entorse au principe fondamental et universel de la liberté du choix de son médecin, puisque les bénéficiaires du RAMED ne peuvent se faire soigner que dans les hôpitaux publics», précise-t-il.
Ce système à deux collèges, M. Amamou pense que ce n’est pas une fatalité. «Je suis convaincu que nous pouvons avoir une couverture médicale généralisée, unique, démocratique et non discriminatoire», souligne-t-il. Comment ? Partant du principe, explique-t-il, que dans chaque famille marocaine existe un salarié, il s’agira d’étendre le bénéfice du régime d’assurance maladie obligatoire de base, dont relève l’assuré (CNOPS ou CNSS), aux ascendants, comme le prévoit la loi 65-00 ; à charge pour l’assuré d’acquitter les cotisations les concernant. «Qui refusera de payer un léger surplus en sachant qu’il obtiendra en contrepartie une couverture médicale en bonne et due forme pour ses parents ?», se demande M. Amamou. Une fois cette opération achevée, il restera ceux, pas très nombreux, qui n’ont aucune possibilité d’adhérer à un régime d’assurance. «Ceux-là, on peut les faire adhérer à l’un ou l’autre des organismes gestionnaires, CNSS ou CNOPS, ou aux deux à la fois, moyennant une étude préalable de faisabilité», suggère M. Amamou.
La proposition paraît d’autant plus intéressante que si elle venait à être entérinée, elle permettrait non seulement d’assurer l’égalité des Marocains devant les soins, mais également de faire des économies importantes en évitant à l’Etat d’avoir à financer par son budget et celui des collectivités locales le fonctionnement du RAMED (art. 125 de la loi 65 00), sans parler des dépenses inhérentes aux ressources humaines et autres moyens techniques nécessaires pour la gestion des cartes d’indigence. Affaire à suivre.