Dispositifs médicaux : les professionnels crient à la pénurie, le ministère reste serein !

Une pénurie de stock a été signalée par les professionnels des dispositifs médicaux, touchant essentiellement les masques médicaux. La production nationale des masques, représentant 20% de l’offre du marché, a été réexportée. Il n’y aura pas de pénurie, dit pourtant le ministère de la santé.

Les dispositifs médicaux (DM), un marché estimé à 3 milliards de DH, représentent la filière la plus directement touchée par la pandémie annoncée (OMS) du Coronavirus. Plus précisément, les masques médicaux, dont seulement un pourcentage de 20% du marché est produit localement, sont actuellement en pénurie. Pour cause, la Chine, le pays le plus touché par le virus, a raflé la production mondiale, y compris celle produite dernièrement au Maroc. Pour ce qui est des 80% restants, ils étaient justement importés, en grande partie de Chine. Selon Anouar Yadini, président de l’Association nationale des professionnels des dispositifs médicaux (ANPDM), il y a même une panique qui s’est installée au niveau du marché. Pour cause, il n’y a aucune visibilité sur l’approvisionnement du marché, surtout en masques médicaux, et le stock est déjà épuisé. Réaction des professionnels, une lettre a été adressée au ministre de la santé, Khalid Aït Taleb, en ce sens.

Le ministère de la santé réfute !

Vu les derniers rebondissements, un premier cas d’infection ayant été annoncé le soir du lundi 2 mars, le ministère est logiquement occupé à quadriller le terrain. Pour ce qui est des DM, il n’y a pas de pénurie, estime Hafid Ezzahri, conseiller auprès du ministre de la santé. «Aucune raison de s’affoler. Concernant les masques médicaux précisément, nous n’aurons jamais une pénurie», insiste-t-il. «Cela est simple, nous ne sommes pas arrivés à un stade où l’utilisation massive des masques est nécessaire. Seuls les cas soupçonnés d’être infectés doivent porter un masque, sans compter les médecins», poursuit-il. Selon le conseiller, les équipements nécessaires pour traiter une éventuelle infection à une large échelle sont disponibles. «Il s’agit des chambres d’isolation, les équipements pour effectuer les analyses nécessaires, et d’autres équipements. Tout est en place», précise-t-il.

Au Maroc, il y a deux usines qui fabriquent les masques médicaux, la première dépend de l’Etat et la deuxième est celle de l’opérateur local Pharcomédic. Des informations provenant du marché font état d’un contrat récent, signé par Pharcomédic, pour exporter sa production. D’autres opérateurs distribuent des masques de différentes gammes, comme Promamec, entreprise marocaine liée par un contrat de distribution avec le groupe français 3M. Selon Anouar Yadini, il faut préciser que la production locale concerne uniquement les masques normaux. En ce qui concerne les masques spéciaux, dotés d’un niveau de filtrage élevé, ils sont importés entièrement.

Suite à l’apparition du Coronavirus, la demande mondiale, provenant essentiellement de Chine, a explosé. Au Maroc, cela a entraîné la réexportation du stock présent sur le marché national et le renforcement de la spéculation qui a pris le dessus sur la marche normale des opérations d’achat et de vente. Aussi, les quantités importées mettent maintenant plus de temps à être acheminées, d’autant plus que la procédure d’enregistrement des DM, devant être effectuée auprès du ministère de la santé, nécessite déjà au moins quatre mois, spécialement dans le cas d’un nouveau fournisseur.

Pour y remédier, l’ANPDM a demandé une dérogation pour que les professionnels soient dispensés à titre exceptionnel de cette procédure. Jusqu’à présent, cela ne leur a pas été accordé, quoique cela soit prévu par la loi sur les dispositifs médicaux. «Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de réponse de la part du ministère», se lamente M. Yadini. Résultat de cette situation, l’impossibilité de s’approvisionner. «La balle est dans le camp du ministère, car on ne peut pas s’approvisionner de l’étranger même si on trouve un fournisseur», poursuit le président de l’ANPDM.

Le marché noir se renforce

La part du marché noir dans ce secteur s’est renforcée, bien qu’il reste difficile à en estimer l’ampleur. Selon les professionnels, ce marché avait déjà un poids considérable sur l’offre des DM. Seuls les dispositifs très techniques échappent à ce constat, mais sont touchés de plein fouet par la crise du Coronavirus. En premier lieu, les thermomètres, les gants et les casaques, en tant que produits à usage médical, sont impactés, selon Anouar Yadini.

Reste l’option du stock du ministère de la santé. Si le ministère dispose de quantités de produits suffisantes pour approvisionner les hôpitaux, qu’en est-il du public souhaitant volontairement se protéger le cas échéant ? Difficile de le savoir. En tout cas, la question de l’efficacité des masques médicaux normaux comme moyen de prévention est contestée. Ces derniers sont non seulement directifs, orientant les flux d’air directement vers les cavités respiratoires, mais peuvent aussi être contre-productifs, indiquent les spécialistes. Peut-être faudra-t-il en relativiser le rôle dans la protection contre les infections respiratoires virales.