Différend judiciaire entre les deux premiers actionnaires de M2T

Saad Himmich accuse Mourad Mekouar, le PDG, d’avoir dilué sa participation et de s’être approprié le logiciel qu’il a développé pour le compte de la société. Selon le PDG, les transactions ont été faites légalement et le logiciel de Himmich était inopérant.

Dans les relations d’affaires comme dans les couples, les séparations ou conflits larvés créent souvent une situation où tous les coups sont permis. C’est ce qui est arrivé entre Mourad Mekouar, PDG de Maroc traitement de transactions (M2T), opérateur spécialisé dans le développement de solutions de paiement multiservices et le mobile banking, et Saad Himmich, son tout premier associé. Ce dernier accuse aujourd’hui le premier de mauvaise gestion et, surtout, de l’avoir dépouillé de ses parts dans la société. Lesquelles, «au lieu d’augmenter comme convenu au départ, ont baissé progressivement par le jeu d’écritures comptables et de transferts d’actions jusqu’à être réduites comme peau de chagrin», explique M. Himmich.
Les relations entre ces deux associés remontent à 2004 quand Mourad Mekouar ouvre le capital de M2T à Saad Himmich, ingénieur de formation. «Au moment de notre rencontre, la société M2T qu’il avait créée en 2001 ressemblait à une coquille vide puisqu’elle ne disposait pas de logiciel informatique pour exercer l’activité, objet de sa raison sociale», explique M. Himmich qui affirme avoir lui-même, en sa qualité d’ingénieur, créé et développé ce logiciel. «M. Mekouar n’ayant de toute évidence aucune compétence en la matière», poursuit-il.
Toujours est-il que le nouveau sociétaire dit être entré dans le capital de la Sarl avec un apport en numéraire de 311 800 DH, en plus de son logiciel dont le brevet devait être enregistré auprès de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC) au nom de la société. Le capital était alors arrêté à 1,647 MDH pour une valeur nominale de l’action fixée à 100 DH. A l’époque, la société avait même des contacts avec le fonds Sindibad pour une éventuelle ouverture du capital. Selon le plaignant, rien ne s’est déroulé comme convenu. «D’abord, M. Mekouar a enregistré le brevet à son propre nom pour en devenir le propriétaire, à l’insu de son inventeur, poussant le luxe jusqu’à toucher une rétribution de la société qu’il dirige pour ce brevet. Ensuite, il a par le biais d’opérations comptables et de procédés douteux réduit ma part à néant», accuse M. Himmich. Il affirme aussi avoir participé au démarchage des grosses sociétés auxquelles il a montré tout le profit qu’ils pouvaient tirer de la solution s’ils consentaient à ce que leurs clients puissent régler leurs factures auprès du réseau d’espace services constitué par M2T. Bref, s’enorgueillit M. Himmich, en janvier 2005, a eu lieu la première opération réelle de paiement électronique au profit de la Lydec, le premier client de M2T. Depuis, la société a fait du chemin et compte actuellement une trentaine de grosses entreprises : Lydec, Redal, ONEP, Maroc Telecom, Inwi, CTM, Amendis, Wafasalaf… Le concept est même exporté au Sénégal…

Les dividendes sont toujours versés

Saad Himmich aura du mal à profiter de cette croissance en tant qu’actionnaire. Sa participation qui était de près de 19% contre 81% pour Mourad Mekouar à la création de l’entreprise n’est plus que de 1,7%, d’après ses estimations. C’est que plusieurs évènements se sont déroulés depuis. D’abord, M. Himmich reconnaît avoir pris du recul par rapport à la société parce qu’il a séjourné aux Etats-Unis jusqu’en 2009. C’est en fait pendant son absence que l’actionnariat a été radicalement modifié suite à des augmentations de capital auxquelles il n’a pas souscrit ou pour «lesquelles il n’était pas sollicité», selon ses termes. Il est vrai que les conventions avaient été envoyées à son domicile de Casablanca. Dans un premier temps, le capital a été ouvert à des particuliers en 2005. Saad Himmich ne détenait plus alors que 1,13% du capital. Cependant, le PDG de M2T lui a cédé 1 710 actions en février 2006, «à titre gracieux et en guise de conciliation», selon ses dires, ce qui lui avait permis de remonter à 11,34%. Cette situation ne durera pas. La société a été transformée en SA et, en 2009, son capital ouvert à un fonds d’investissement de la place qui a pris la majorité. M. Himmich dit ne plus avoir d’informations précises sur la société depuis son retour au Maroc, mais avoue avoir perçu des dividendes. «Seulement par huissier interposé», précise-t-il. Pour démêler l’écheveau, il dit avoir sollicité l’intervention d’un expert auprès du tribunal de commerce de Casablanca. Ce qui lui permettra de décider des suites à donner à l’affaire. Faux, rétorque Mourad Mekouar. Contacté par nos soins, le PDG de M2T balaie toutes les accusations d’un revers de la main et affirme que M. Himmich a été débouté par ce même tribunal de commerce. Ceci étant, M. Mekouar affirme qu’effectivement M. Himmich, en guise de participation au développement de la société, avait développé une solution informatique qui s’est avérée inopérante et, donc, «jetée à la poubelle». Par ailleurs, «le brevet exploité par M2T a été enregistré en 2002, bien avant l’arrivée de M. Himmich, qui, du reste, a toujours touché son salaire de M2T jusqu’à ce qu’il disparaisse, ne répondant même pas aux convocations pour assister aux AG qui lui étaient régulièrement adressées», dit-il. «De plus, affirme-t-il, M. Himmich continue de percevoir tous les dividendes qui lui sont dus». Affaire à suivre…