Dialogue social : ultimes concessions du gouvernement

La baisse de l’impôt sur le revenu en deux ans au lieu de trois

Le quota pour les promotions internes dans l’administration est porté de 22% à 24%.
Le gouvernement encourage la conclusion de conventions collectives et sectorielles entre syndicats et patronat.

Le dernier round du dialogue social, qui s’est déroulé en début de semaine, n’aura pas été tout à fait vain. L’Exécutif a encore fait un geste, «dans la limite de ce qu’il a été possible d’accorder», selon l’expression d’un participant à la réunion, côté gouvernement. En effet, au lieu de 2011, comme cela avait été prévu, la baisse de la deuxième tranche de l’impôt sur le revenu (IR) aura finalement lieu en 2010 ; la première intervenant, elle, le 1er janvier 2009. Autrement dit, la baisse de 4 points de l’IR aura lieu sur les deux prochaines années, à raison de 2 points chaque année.

L’autre geste fait par le gouvernement porte sur le relèvement du quota de promotion interne (dans l’administration) de 22% à 24%, ce qui coûtera à l’Etat 100 millions de dirhams supplémentaires, selon l’estimation du ministre des affaires économiques et générales, Nizar Baraka. Ce montant vient s’ajouter au 1 milliard de dirhams (on connaît désormais l’estimation) que coûtera l’élargissement aux personnels des collectivités, des mesures décidées dans le cadre du dialogue social (voir les détails dans La Vie éco de la semaine dernière).

Même si le contexte est ce que tout le monde sait, c’est-à-dire difficile pour tous, travailleurs comme pouvoirs publics, le gouvernement semble avoir laissé la porte entrouverte sur de possibles améliorations dans son offre.

«S’ils ont de la visibilité d’ici septembre prochain, ils peuvent encore faire un effort, nous ont-ils dit», confie Miloudi Moukharik, secrétaire national à l’Union marocaine du Travail (UMT). Ce dernier a réitéré sa proposition d’une Loi de finances rectificative pour baisser l’IR cette année, «ne serait-ce que d’un point», mais en vain ! De même, l’UMT a demandé de porter le Smag (salaire minimum agricole garanti) à 2/3 du Smig, dans un premier temps, pour ensuite les mettre au même niveau. Mais le gouvernement est resté sur sa proposition, celle d’étendre au Smag la hausse du Smig de 10% en deux temps.

En fait, sur cette question du Smig et des salaires en général (dans le privé s’entend), les syndicats souhaitent la conclusion de conventions collectives et sectorielles pour ne plus avoir, à intervalles réguliers, à «quémander» à l’Etat des revalorisations sur lesquelles, d’ailleurs, il n’as pas toujours prise. Et le gouvernement partage tout à fait cette vision, considérant qu’il ne lui revient pas de fixer les salaires dans le secteur privé. «Nous encourageons les syndicats et le patronat à aller vers des conventions collectives et sectorielles», déclare Nizar Baraka à La Vie éco.

Que va-t-il se passer maintenant ? Les syndicats ne le savent pas encore (au moment où ces lignes sont rédigées, c’est-à-dire mercredi matin), mais tout semble indiquer que le 1er Mai ne sera pas aussi chaud qu’on l’a prédit ! Les syndicats auraient bien sûr souhaité pouvoir annoncer à leur base des résultats beaucoup plus consistants que ceux qu’ils ont obtenus, mais, dans le même temps, certains donnent l’impression qu’ils comprennent le gouvernement, et surtout la conjoncture dans laquelle tout cela intervient. Ce qui ne signifie pas qu’ils vont renoncer à leurs revendications, tout à fait légitimes aux yeux de beaucoup, y compris du gouvernement. D’ailleurs, le mot d’ordre de l’UMT pour ce 1er Mai reflète bien les préoccupations de l’heure : «Pour la défense du pouvoir d’achat des travailleurs et des masses populaires».