Dialogue social : les centrales insistent sur les libertés syndicales, le patronat réclame la loi sur la grève

Le chef du gouvernement s’est engagé à  poursuivre l’application de ce qui reste de l’accord du 26 avril 2011. Les syndicats veulent la ratification de la convention 87 sur les libertés syndicales mais restent divisés sur l’adoption d’une loi sur la grève. La CGEM s’apprête à  lancer des rounds de discussions avec chaque syndicat.

En guise de rentrée sociale, le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a depuis le 11 septembre rencontré séparément les partenaires sociaux, mais le rendez-vous a semble-t-il porté moins sur le fond que sur la forme puisque, indique un participant, on en est encore à discuter de méthodologie. Et cependant, reconnaît Abderrahmane Azzouzi, secrétaire général de la Fédération démocratique du travail (FDT), «c’est la première fois que ce rendez-vous de septembre est respecté. Par le passé, il y avait toujours une raison ou un prétexte pour “sauter” cette étape du dialogue social».

Lors des rencontres de ce mois de septembre, le chef du gouvernement a pour ainsi dire complété le dispositif en proposant que la commission permanente du dialogue social se réunisse tous les deux mois. Ceci pour la forme. Sur le fond, les syndicats ont noté que M. Benkirane s’est engagé à honorer les engagements pris dans l’accord du 26 avril 2011, à travers l’application des points de l’accord encore en suspens. Son ministre des finances, Nizar Baraka, a déclaré dans ce sens que l’application du point de l’accord relatif aux promotions internes des fonctionnaires se poursuivra comme prévu, ce qui, soit dit en passant, occasionnera une hausse de la masse salariale en 2013 de 3,7 milliards de DH.

Il faut dire qu’hormis les promotions internes dans l’administration, qui ont un fort impact sur le Budget de l’Etat, le reste des mesures non encore appliquées n’ont quasiment aucune incidence financière (voir encadré). «Cela demande seulement de la volonté politique et nous ne voulons pas penser que l’Exécutif n’en a pas. Quoi qu’il en soit, nous prenons acte du fait qu’il s’est engagé à poursuivre l’application des mesures décidées le 26 avril 2011», confie le secrétaire général de la FDT. Même  son de cloche auprès de l’Union marocaine du travail (UMT) qui observe que le gouvernement manque moins de volonté politique que de méthodologie dans le traitement des dossiers, se refusant toutefois à porter des jugements hâtifs sur son action en raison de son inexpérience dans la gestion des affaires publiques.

La CGEM propose l’organisation d’une conférence nationale sur l’informel

La Confédération démocratique du travail (CDT), tout en se disant consciente des difficultés conjoncturelles que traverse le pays, estime, elle, que le gouvernement devrait néanmoins intervenir pour soulager les populations à faibles revenus.

Au-delà des questions liées au pouvoir d’achat, ce sur quoi insistent les syndicats interrogés, c’est surtout sur la protection des libertés syndicales. Ils disent comprendre d’autant moins les lenteurs des différents gouvernements quant à la ratification de la convention internationale 87, par exemple, que cela n’exige rien d’autre que la volonté politique.

En fait, la situation semble un peu plus complexe qu’il n’y paraît. Même si le processus de ratification de la convention 87 sur les libertés syndicales est déjà engagé par le précédent gouvernement, son aboutissement est également lié à l’acceptation par les syndicats de l’adoption d’une loi encadrant le droit de grève et d’une autre sur les syndicats. Ce qui, pour l’instant, divise les principales centrales syndicales.
Pour le patronat en tout cas, la promulgation d’une loi organique sur le droit de grève est absolument impérative. Jamal Belahrach, président de la commission sociale de la CGEM, tout en affichant publiquement sa fibre sociale, estime que cette loi est d’autant plus nécessaire et urgente que bien souvent c’est l’économie organisée qui subit les conséquences de grèves déclenchées pour des causes qui sont surtout le fait du secteur informel. C’est le paradoxe de la situation, et c’est la raison pour laquelle M. Belahrach juge «urgent d’organiser une conférence nationale sur l’informel». Pour dire les choses autrement, l’informel parasite les rapports entre la CGEM et les syndicats, lesquels rapports, de l’avis de M. Belaharch, sont de plus en plus empreints de compréhension et de confiance. D’ailleurs, révèle le président de la commission sociale de la CGEM, celle-ci va bientôt entamer des rounds de discussions avec chaque syndicat, comme elle l’a fait en mars dernier. «Nous voulons impliquer les syndicats dans tous les sujets qui intéressent l’entreprise», confie Jamal Belahrach.