Deux ans de baisse successive des prix à  la production industrielle

Sur les dix premiers mois de 2014, les prix à  la production des industries manufacturières ont baissé de 2,7%. Cette baisse vient après celle de 2013 qui a fait suite à  un ralentissement apparu depuis 2010. Concurrence des importations, contrebande, morosité de l’activité chez les partenaires du Maroc…, les causes sont multiples.

Les prix à la consommation sont en ralentissement et les prix à la production, surtout industrielle, accusent carrément une baisse. Faut-il s’en féliciter ou, au contraire, nourrir quelques inquiétudes quant à l’évolution de l’activité économique ? Le débat sur ce point n’est jamais tout à fait tranché ; et suivant que l’on est un pays endetté ou pas, jeune ou vieux, la préférence va pour telle option ou pour telle autre, même si, au-delà d’un certain niveau, dans le sens de la hausse ou de la baisse, aucune n’est préférable, encore moins recherchée.
Selon la dernière note d’information du Haut commissariat au plan (HCP) relative à ce sujet, l’indice des prix à la production des industries manufacturières a baissé de 0,2% au mois d’octobre par rapport au mois précédent (septembre). En glissement annuel, la baisse est encore plus forte : -2,7% en octobre par rapport à octobre 2013. Sur les dix premiers mois de l’année, la baisse est à peu près du même niveau (-2,6%) par rapport aux dix premiers mois de 2013. Et l’année 2014 devrait sans doute s’achever sur une chute des prix à la production industrielle contenue dans cette fourchette (-2,6% à -2,7%).

Les prix des industries minières, de la production et de la distribution d’eau et d’électricité connaissent en revanche une stagnation ; même si au mois d’août dernier les prix à la production d’eau et d’électricité avaient quelque peu augmenté en raison, comme on sait, de l’ajustement des tarifs de ces produits décidés dans le cadre du contrat programme conclu entre l’Etat et l’ONEE. Il n’empêche que le plus important reste l’indice des prix à la production industrielle, en raison du fait qu’il couvre un nombre de produits infiniment plus grand.

Menace de déflation en Europe

Ce que disent les statistiques, c’est que depuis 2009 il y a un mouvement de ralentissement des prix de l’industrie manufacturière qui a abouti en 2013 à une baisse, laquelle baisse semble s’accentuer en 2014. En effet, après la forte baisse de 2009 (-15,24%), les prix à la production industrielle ont rebondi en 2010 et 2011 (+6,1% et +10,6% respectivement), mais ce rebondissement s’explique au moins en partie par un effet de base : quand on touche le fond, on ne peut que rebondir, c’est bien connu. Mais en 2012, les prix ont fortement reflué, enregistrant une hausse de 2,9%, pour finalement finir sur une baisse en 2013. Bien sûr, la situation varie d’une branche à l’autre. Si dans l’industrie de l’automobile ou celle du papier carton, par exemple, la baisse est continue depuis 2011, pour les produits en caoutchouc et en plastique la croissance des prix se maintient. Mais globalement, presque pour toutes les branches, on constate soit une stagnation soit une baisse.
Cette situation n’est évidemment pas fortuite. Elle reflète la morosité ambiante qui caractérise l’activité économique aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, chez les principaux partenaires du Maroc en tout cas où la menace de déflation plane depuis quelque temps déjà. C’est la raison pour laquelle, du reste, la plupart des pays, en particulier ceux où les systèmes statistiques fonctionnent correctement, surveillent de près cet indicateur. Aux Etats-Unis, par exemple, la Banque centrale (la Federal Reserve – FED) s’en sert pour la détermination de ses taux d’intérêt. Bank Al-Maghrib, pour sa part, scrute cette variable, au même titre que l’indice des prix à la consommation (l’IPC), pour les besoins de sa politique de régulation monétaire.

Concrètement, quelles sont les causes à l’origine de la baisse des prix à la production industrielle ? Les enquêtes du HCP ne le disent pas, cela ne fait pas partie de leur champ d’observation. Plusieurs hypothèses peuvent cependant être formulées à ce propos. La première concernerait un ralentissement de la demande, aussi bien domestique qu’étrangère. Pour vendre dans pareil contexte, les entreprises sont amenées à concéder des rabais, tout au moins à vendre avec de faibles marges, voire, dans certains cas, sans marge du tout, c’est-à-dire au prix coutant. La deuxième hypothèse est relative à la concurrence des produits importés, fabriqués à bas coûts dans l’atelier du monde, la Chine, mais pas seulement. Des pays européens en crise bradent également leurs produits ne serait-ce que pour maintenir en vie leurs activités. De nombreux chefs d’entreprises interrogés se plaignent de ces phénomènes qui ne sont pas d’ailleurs tout à fait nouveaux. Les pouvoirs publics ont dû d’ailleurs mettre en place des mesures de défense commerciale pour certains produits, mais il s’agit d’une protection provisoire. Troisième hypothèse, la concurrence des produits de contrebande, et cela ne concerne pas seulement la filière traditionnelle des articles d’habillement, elle touche également même les produits alimentaires et bien d’autres encore. Réunis, tous ces facteurs ne peuvent que tirer les prix vers le bas.