Dette privée : toujours boudée par les investisseurs

L’encours de la dette privée s’élève à près de 21,5 milliards de dirhams, soit 8% de l’encours global, dominé par les bons du Trésor
Un outil intéressant mais peu utilisé par les financiers.

L’endettement à travers l’émission d’obligations est l’une des trois formes de financement possibles pour une entreprise à côté du recours aux fonds propres et aux crédits bancaires. Mais la place des obligations privées au Maroc reste secondaire sur le marché financier. Ce constat a fait l’unanimité lors du 8e séminaire institutionnel de Wafa Gestion, organisé cette année à Hammamet en Tunisie, au profit des responsables financiers des principales institutions clientes de la société.

En effet, si l’encours des dettes privées totalise aujourd’hui près de 21,5 milliards de DH, il reste marginal (8%) dans un marché obligataire dominé par les bons du Trésor. Une situation paradoxale au vu des avantages de ces instruments. Selon Anas Berrada, DG d’Attijari Finance Corp, l’appel au marché financier permet de financer la croissance de l’entreprise tout en optimisant les coûts et en améliorant la position de négociation vis à vis des créanciers. Il immunise également une partie de l’endettement contre les risques d’augmentation des taux et permet d’inscrire la prime de risque de l’émetteur sur le marché, outre l’avantage en terme d’image puisqu’une sortie sur le marché des capitaux est toujours une importante opération de communication. Qu’est-ce qui freine donc le développement de ce gisement d’endettement ?

Côté émetteur, l’on pointe du doigt la réglementation exigeante en terme de transparence financière et le manque d’information et de savoir-faire des entreprises qui pensent rarement à cette formule d’endettement. «Côté investisseur, résume Badr Alioua, responsable activité taux et actions au sein d’Attijariwafa bank, le dynamisme est freiné par le risque de liquidité et de taux, le manque de référence pour le rating et le spread de risque, le manque de transparence sur le marché obligataire et les limites des OPCVM par risque de contrepartie.»

Manque de liquidité et de transparence
Avis partagé par Ikbel Bedoui, DG de Fitch North Africa, qui présente la notation comme une première solution pour réduire l’asymétrie de l’information entre émetteurs et investisseurs et pour améliorer l’efficience des marchés d’instruments de dette. Notons que, aujourd’hui, très peu d’entreprises sont notées par les agences internationales. Un comportement de «sous-développement financier» pour un pays dont les marchés de capitaux ont connu de grandes réformes et qui aspire à une place de choix dans la région. Pour développer cette notion, deux préalables : les investisseurs marocains doivent être convaincus des bénéfices qu’elle leur procure et suffisamment forts pour l’imposer aux émetteurs.

L’expérience étrangère a été aussi à l’honneur puisque la dette privée devient, selon Karim Fath, DG de Wafa Gestion, «une véritable classe d’actif». Les analystes du Crédit Agricole Asset Management (CAAM) ont pu expliquer leur manière de faire. Une organisation spécifique pour analyser le risque de crédit avec pour mission de déterminer les vues internes sur la qualité de crédit des émetteurs afin d’aider les gérants dans la construction des portefeuilles et attribuer des recommandations sur les spreads de crédit en vue de mettre en évidence, sur la base d’un couple rendement/risque, les arbitrages possibles entre émissions.

Trop technique et sophistiquée pour être explicitée ici, cette philosophie renseigne cependant sur le chemin qui reste à parcourir par notre marché avant d’acquérir ses lettres de noblesse.