Des workshops pour les arts appliqués

Quand une jeune designer marocaine décide de croiser les expériences de créateurs – d’objets, espaces ou environnement -, cela aboutit à des formations originales sur la couleur, la scénographie, prochainement le design, la lumière ou l’art du paysage.
Retour sur les journées de décembre consacrées à la
scénographie.

Lorsque Khadija Kabbaj crée en 2004 l’«Appart du 2e» – une plate-forme permanente d’échanges, de réflexion et de création-production -, elle souhaite aussi compenser un manque au Maroc, celui d’une structure souple assurant des formations courtes dans les domaines des arts appliqués et de l’architecture. Du concept au produit, beaucoup de travail pour rechercher des partenaires industriels ou financiers, peu enclins à s’engager dans une démarche plutôt originale et inédite. Pourtant, l’architecte Aziz Lazrak mettra à disposition une salle de l’Hôtel des arts, à Dar Bouzza, et Prodec s’associera au premier workshop tenu en juillet 2005 sur «La couleur, mode d’emploi», animé par Michel Moffarts(1), artiste plasticien et enseignant.

La BMCE et le ministère de la Culture furent les partenaires de la deuxième manifestation, les 3 et 4 décembre dernier. Le scénographe Philippe Délis expliqua mise en scène et mise en espace, une spécialisation du métier d’architecte peu pratiquée au Maroc et au devenir nécessaire au regard des structures muséales en cours de réalisation. «La scénographie, c’est créer et proposer des univers pour répondre à la question de la présentation d’une histoire. Il s’agit de proposer un véritable scénario pour un visiteur-usager et destinataire de l’exposition ; un corps regardant qui se déplace dans l’espace selon un parcours libre ou dirigé».
Avant la déambulation du premier visiteur il y a les étapes de définition, conception puis réalisation : des allers et retours constants entre contenant et contenu. A l’origine il y a une note d’intention donnée par un maître d’ouvrage. Une équipe projet se constitue alors, souvent accompagnée d’un comité scientifique.

Prochain atelier les 24 et 25 mars
La première étape est celle de la définition du projet en programme général. Il comporte : un concept scientifique; un scénario muséographique (mise en scène, conception d’un récit et découpage en unités de sens) ; un concept scénographique (mise en espace, passage des unités de sens aux unités d’espace) ; une planification et un budget.

L’étape suivante est celle du développement du projet créatif, où se détaille le programme muséographique : invention des moyens de médiation (objets, images, expérimentations mécaniques ou virtuelles), organisation du parcours de l’exposition, intégration d’éléments particuliers de mise en scène (son, lumière, effets spéciaux). Parallèlement, le projet scénographique se finalise, c’est le découpage muséographique dans l’espace du contenant, intégrant le parcours du visiteur. L’espace est construit selon des rythmes pensés (temps, découvertes, vues, surprises), la répartition des objets (réels ou virtuels, supports informatiques) et des images (fixes ou animées).

Ce processus long requiert la compétence de spécialistes (historien, conservateur, scientifique), de documentaliste, de muséographe, de graphiste et d’architecte-scénographe «L’invention d’une scénographie et le projet muséographique sont un travail collectif et pluridisciplinaire. C’est un art de la transversalité et de la complémentarité entre des compétences et des savoir-faire».

Khadija Kabbaj collabore aujourd’hui avec l’architecte d’intérieur Shafiah Benaissa pour réaliser le programme 2006. Avril : «Espace et lumière», avec Georges Berne, plasticien et éclairagiste ; juin: «Evolution des matériaux» ; septembre : «Rétrospective Elie Azagurie, architecte» ; octobre : «Le design est-il forcément industriel ?», avec Pascal Mourgue designer ; décembre: «Art de construire un paysage».

Les 24 et 25 mars, le prochain workshop(2), «Trait-d’union, formes, couleurs et lumières» accueillera le designer Chérif Medjeber, qui propose d’aborder des thèmes comme : le trait et le geste, la relation entre fonction et forme, objet et espace ou les contraintes comme moteur de création.

L’exposition «Cités d’Egypte englouties» (500 objets remontés des baies d’Alexandrie et Aboukir – scénographie de Philippe Délis) se tiendra à Berlin de mai à septembre 2006 et à Paris en 2007… Image de synthèse.