Des soucis pour le textile marocainÂ… mais aussi des opportunités

La consommation européenne de produits textiles devrait baisser de 8 à  10%, selon l’Amith.
Un espoir : le Maroc pourrait être préféré aux pays asiatiques pour les commandes à  court terme et les petites séries.

C’est fait : le Maroc est en train de subir, à petites doses, les conséquences de la crise internationale. Et, naturellement, le textile, un des principaux secteurs exportateurs du pays, n’est pas épargné. Le constat a été fait lors du conseil d’administration de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) qui s’est réuni le 11 octobre.

Cependant, «il ne s’agit pas d’un problème de compétitivité, comme ce fut le cas en 2005, année au cours de laquelle les exportations avaient reculé de 33% en raison de la concurrence des pays asiatiques. Nous sommes confrontés à la faiblesse de la consommation européenne qui va impacter les stocks des grandes enseignes européennes», explique Mohamed Tazi, DG de l’Amith. En d’autres termes, les carnets de commande risquent d’être touchés.

Les opérateurs pressentent une baisse de 8 à 10% de la consommation européenne sur toute l’année en cours. D’ailleurs, la tendance avait déjà commencé à se dessiner au cours des sept premiers mois. La demande avait reculé de 1,6% par rapport à la même période de l’année précédente.

Et cette baisse avait concerné toutes les zones de sourcing du pourtour méditerranéen. D’après les statistiques communiquées par l’Amith (fin juillet), les exportations de la Turquie sur le Vieux Continent ont baissé de 9,4%, celles de la Tunisie de 4,2%, tandis que le Maroc a réussi à limiter les dégâts en concédant un recul de 2,1%. Toutefois, les derniers chiffres de l’Office des changes (voir page 18) font état d’une baisse de 5,7% pour la confection et 13,4% pour la bonneterie.

L’Amith propose aux acteurs de travailler en concertation pour saisir les opportunités d’affaires
En dépit de cette incertitude, les exportateurs nationaux d’habillement restent sereins et laissent même entrevoir un soupçon d’optimisme. A l’Amith, on indique que la crise actuelle «peut constituer une opportunité pour notre pays dans la mesure où les clients pourront orienter toutes les commandes à court terme vers le Maroc». En effet, explique-t-on, les distributeurs européens privilégieront l’approvisionnement de proximité et en petites séries au détriment des achats de grandes séries auprès des pays de l’Extrême-Orient.

Et c’est pour pouvoir profiter de cette opportunité d’affaires que l’association propose aux acteurs privés et publics de travailler en concertation en vue d’assurer un soutien des industriels dans leur prise de risque client, un assouplissement des règles sociales inhérentes au temps de travail et un accompagnement soutenu en matière de promotion auprès des clients potentiels et actuels.

Par ailleurs, l’Amith, lors de son dernier conseil d’administration, a invité ses membres «à faire preuve de vigilance et à suivre de très près l’évolution des marchés internationaux et des pressions prévisibles sur les prix et les délais de livraison».
Encore plus important, l’association a exhorté ses membres à faire preuve de vigilance dans le suivi de leur crédit client et des recouvrements.

«Cette mesure s’impose en perspective des restrictions sur les crédits accordés aux enseignes de mode et de distribution. Car, aujourd’hui, les banques en Europe accompagnent de moins en moins les distributeurs, en raison de la conjoncture», conclut un membre du conseil d’administration de l’Amith.

En clair, des difficultés de trésorerie ou l’insolvabilité d’un client ne sont pas à écarter. Et quand cela arrive, les conséquences sur les fournisseurs sont immédiates. Dans un tel contexte, mieux vaut réaliser un chiffre d’affaires sain plutôt que d’aligner des commandes à l’issue hasardeuse.