Des prêts d’ajustement structurel aux prêts de développement

Conditionnés par de sévères programmes de réduction des dépenses des Etats, ils avaient eu des conséquences sociales désastreuses pour les pays. Aujourd’hui, on tient compte du volet social, mais le principe reste le même : on perd sa souveraineté économique.

Créée en 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour financer  la reconstruction de l’Europe et du Japon, la Banque Mondiale a été repositionnée, suite à l’achèvement de sa première mission, sur le financement de projets devant favoriser l’essor économique des pays en développement. Dans ce cadre, elle octroie deux catégories de prêts : les prêts d’investissement pour soutenir des activités qui ont pour vocation de créer des infrastructures physiques et sociales nécessaires à la réduction de la pauvreté et pour favoriser le développement, et les prêts d’ajustement structurel destinés aux pays qui ont besoin de concours extérieurs pour appuyer des réformes structurelles dans un secteur ou de toute l’économie. Cette seconde catégorie porte sur des aides à décaissement rapide soumises à des conditions ou, plus précisément, à un programme d’ajustement  structurel (PAS). Les premières expériences au titre de cette deuxième catégorie de prêts ont été menées à la fin des années 1970 (Sénégal) début des années 80 (Maroc).

Pour y avoir droit, le pays demandeur doit  préparer un programme économique sous la houlette de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), lequel programme est soumis sous forme de lettre d’intention à ces organes. Les principales obligations, ou conditionnalités, selon le jargon des économistes, sont la réduction du déficit budgétaire qui se traduit par la baisse des dépenses publiques (arrêt des recrutement ou réduction des effectifs, baisse des salaires, arrêt des subventions…), la libéralisation du commerce extérieur, la privatisation des entreprises publiques, la lutte contre la corruption, le flottement de la monnaie et l’adoption d’un cadre légal propice au respect de la propriété privé. L’objectif final étant de promouvoir un marché concurrentiel.

Le même remède avait été appliqué à tous les pays demandeurs. Les effets ont été désastreux sur le plan social. Le FMI et la Banque mondiale en ont tiré les enseignements. Depuis 2004, les prêts d’ajustement structurel ont été rebaptisés prêts de politiques de développement, et les stratégies plus adaptées aux réalités des pays requérants. De plus, même si les mêmes principes (équilibre budgétaire, réforme de la fiscalité et du commerce, encouragement du secteur privé…) sont de rigueur, la variable sociale est maintenant prise en compte. Mais dans tous les cas, le pays perd sa souveraineté économique et sa marge de décision concernant ses projets d’infrastructure.