Des lourdeurs administratives

La mairie a du mal à s’insérer dans le schéma d’octroi
des autorisations de construire
Les arrondissements voient d’un mauvais œil la perte de leurs prérogatives
Des promoteurs déplorent l’excès de zèle de l’Agence
urbaine quant à la délivrance des dérogations.

Les temps sont durs pour les promoteurs immobiliers et les architectes de Casablanca. Deux éléments sont venus semer le trouble au sein de leur profession : la réorganisation de la ville et le changement intervenu au niveau de la direction de l’Agence urbaine de Casablanca.
Le malaise vient d’abord du fait que le système d’octroi des autorisations de construire n’a pas été redéfini en fonction de la nouvelle organisation administrative de la ville. Dans l’ancien schéma, il revenait au président de la commune de délivrer l’autorisation de construire après avis favorable de l’Agence urbaine. Cette prérogative appartient désormais au président de la commune urbaine de Casablanca, autrement dit son maire. Ce changement serait sans conséquence s’il n’y avait une certaine forme de résistance orchestrée par des présidents de commune et d’arrondissement, qui refuseraient de transmettre les dossiers aux organes habilités, le Conseil de la ville en l’occurrence. Pour se défendre, ils invoquent des retards dus à l’inexistence de papier à en-tête portant leur nouvelle appellation.

Trop d’intervenants au niveau de l’examen de l’autorisation de construire
Ce n’est pas tout. Les promoteurs mettent l’accent sur un dysfonctionnement plus aigu : la multiplication des intervenants au niveau de l’examen des autorisations de construire. Ainsi, le dossier est étudié par l’architecte de la commune, puis par la commission technique préfectorale qui le transmet à la commission de l’Agence urbaine avant qu’il n’aboutisse au Conseil de la ville. Il est également indiqué que le dossier est réexaminé par les services de la ville, même si des représentants de cette instance siègent dans la commission de l’Agence urbaine.
Pour ne rien arranger, les moyens humains et techniques n’ont pas suivi le transfert des pouvoirs à la nouvelle commune de Casablanca. Les services ne sont pas encore bien structurés.
Les élus se contentent encore des moyens de l’ex-Communauté urbaine de Casablanca (CUC). La Vie éco a appris qu’une étude commanditée par la ville au cabinet de Conseil KPMG devrait définir bientôt un nouvel organigramme de la commune de Casablanca, avec les différents services et leurs attributions.
Enfin, le malaise de la promotion immobilière découle de la difficulté à obtenir des dérogations. Même si certains promoteurs immobiliers étaient, par le passé, défavorables au système des dérogations, ils estiment qu’actuellement l’Agence urbaine fait de l’excès de zèle «en passant à la loupe tous les projets», indiquent-ils.
De plus, les départements de l’Agence urbaine ont remis en application un ancien texte de loi, toujours en vigueur, il est vrai, mais qui date des années 50. Il s’agit de l’AMP (arrêté municipal permanent) qui définit les règles d’urbanisme pour Casablanca. A titre d’exemple, ce texte prévoit qu’il n’est pas permis de construire des studios, ou encore de copier le style américain en intégrant, dans les logements haut standing, la cuisine au living-room.
Le nouveau gouverneur de l’Agence urbaine, Fouzia Imansar, qui dans le fond veut justement éviter la défiguration de la ville, reste ferme sur sa position. Des promoteurs, qui étaient déjà montés au créneau pour dénoncer la nouvelle situation, ne se démobilisent pas pour autant. Ils indiquent que dans certains quartiers de Casablanca, notamment Val Fleuri où le R+5 était devenu de rigueur, on revient à l’application du R+3 inscrit dans les plans d’aménagement.
Les documents d’urbanisme de Casablanca ne sont plus d’actualité
Par ailleurs, les documents d’urbanisme de Casablanca, le schéma directeur ou encore les plans d’aménagement, ne sont plus d’actualité. Des professionnels affichent leur inquiétude, ne sachant pas si la ville va s’étendre ou s’il y aura création de villes satellites. En attendant d’y voir plus clair, «le rythme de réalisation des projets se tasse», indiquent-ils. Un point de vue que ne partage pas l’Agence urbaine. Toujours est-il que les architectes, par le biais du SLAM (Syndicat libre des architectes du Maroc) envisagent de recourir à un sit-in devant les locaux de l’Agence urbaine. Ils demanderont «l’application des lois et un changement de l’état d’esprit qui sévit au sein de l’Agence urbaine»