Des CRT dénoncent l’empiètement du ministère du tourisme sur leurs prérogatives

Ils s’insurgent contre la création d’une Agence d’aménagement et d’ingénierie au sein du ministère.
Le département d’Adil Douiri se montre rassurant.

Depuis quelques jours, plus exactement depuis la tenue des Assises nationales du tourisme à Agadir, les 9 et 10 décembre courant, où a été annoncée la transformation de la direction de l’investissement et de l’aménagement, dépendant du ministère du tourisme, en Agence d’aménagement et d’ingénierie, la grogne monte dans les milieux professionnels du tourisme. A l’origine de ce mouvement, une confusion causée par des articles de presse, entre autres, qui ont tout simplement attribué à la future agence un rôle dans le pilotage des Plans de développement régionaux touristiques (PDRT). Lequel rôle devait revenir, selon les dispositions de l’accord-cadre signé entre la Fédération nationale du tourisme et le gouvernement, aux Conseils régionaux du tourisme (CRT). Pourtant, le directeur de l’aménagement et de l’investissement, contacté par La Vie éco, affirme et maintient que la future agence aura exactement le même rôle que l’actuelle direction, c’est-à-dire accompagner les CRT dans leurs projets sans empiéter sur leurs prérogatives.

Le ministère du tourisme n’a pas vocation à gérer les CRT
Quoi qu’il en soit, et en attendant que l’agence soit créée et ses attributions clairement définies, une telle annonce a été interprétée comme une action «de mise à mort des CRT, lesquels, rappelons-le, sont composés de représentants des professionnels, des élus et des autorités locales, ce qui leur confère un caractère régional s’inscrivant parfaitement dans la politique de décentralisation du pays», estime Saïd Scali, président du CRT d’Agadir. «Il n’appartient pas au ministère du tourisme, ajoute-t-il, de gérer les CRT, ni de les mettre sous la houlette de la Fédération nationale du tourisme ou de ses antennes régionales car, à notre connaissance, la fédération est une organisation patronale dont le rôle est de défendre les intérêts des entreprises du secteur».

Le président du CRT de Marrakech, Abdellatif Kabbaj, partage cet avis. Pour lui, «on veut faire disparaître les CRT et les remplacer par des fédérations régionales plus en phase avec le ministère de tutelle». Or, dit-il, «ce n’est pas le ministère qui finance les CRT». Ces derniers trouvent leur financement au niveau de la région et leur budget de promotion, accordé à la ville de Marrakech, comme aux autres villes d’ailleurs, est géré directement par l’ONMT (Office national marocain du tourisme). En outre, explique Abdellatif Kabbaj, sur les 8 millions de DH comptabilisés pour le budget du CRT, plus de la moitié est allée dans l’organisation des festivals où le CRT n’a rien à voir. En contrepartie, les professionnels ont dépensé pour la promotion de la destination plus de 9 millions de DH, directement ou en services offerts. Quant à la promotion menée par l’office, elle n’est pas non plus du goût de tout le monde, car si l’on croit certains professionnels, les opérations de co-marketing signées avec certains TO européens et leurs compagnies aériennes profitent surtout aux compagnies aériennes. «Les avions seront pleins, mais les hôtels ne le seront pas», note Abdellatif Kabbaj. Selon lui, plus de 50% de ces vols sont des «vols secs», c’est-à-dire dont les voyageurs ne vont pas forcément dans les hôtels.

Aussi, à Agadir et à Marrakech, les professionnels ne semblent pas vraiment chauds pour signer un PDR à l’instar de Casablanca et de Fès. Pour cette dernière destination pourtant, Driss Fassih, président du CRT de la ville, est très satisfait de la tournure que prennent les choses. A la limite pour lui, «c’est une bonne chose que les PDR soient pilotés par le ministère de tutelle. Les CRT, dit-il, n’ont pas vraiment de ressources financières, ni humaines, pour mener cette mission, car ils dépendent de la ville et des élus». Comme quoi les avis au sein même de la profession restent très partagés sur les CRT et le partage des attributions avec le ministère et surtout la future agence. Le débat promet d’être chaud.