Démarrage timide pour la mobilité bancaire !

Hormis une communication discrète sur quelques sites institutionnels, les banques ne se pressent pas pour faire connaître le mécanisme au grand public. La communication autour du dispositif montera progressivement en régime selon la corporation bancaire.

Débuts discrets pour la mobilité bancaire au Maroc. Le dispositif élaboré en concertation entre Bank Al-Maghrib (BAM) et les banques, réunies au sein de leur groupement professionnel (GPBM), pour faciliter la vie aux clients désireux de changer d’établissement, est pleinement entré en vigueur le 16 janvier dernier. Certes, «depuis cette date, les établissements ont commencé à se tenir aux engagements pris dans le cadre du code de mobilité bancaire qu’ils ont tous signé», ainsi que l’affirme un patron de banque. Les établissements s’arrangent donc pour accomplir avec diligence un ensemble de démarches dans le cadre du transfert de compte, selon qu’ils accueillent de la clientèle ou qu’ils en cèdent à la concurrence (fourniture de récapitulatifs d’opérations, mise en place de virements permanents…) afin d’assurer un transfert aisé et fluide des comptes, détaille-t-il. Mais en parallèle, l’on ne peut pas dire que les professionnels se démènent pour faire connaître aux clients les nouvelles facilitations qui s’offrent à eux alors qu’un engagement explicite figurant dans le code de mobilité porte sur l’information des clients de manière claire et complète pour qu’ils organisent leur changement de banque. Les établissements ont même promis de fournir aux clients désireux de changer de banque un service d’aide à la mobilité. Celui-ci permet au détenteur de compte de charger sa nouvelle banque d’accomplir toutes les démarches à sa place.

Chaque banque communiquera comme elle l’entend sur le dispositif

Faut-il voir dans le manque d’empressement des établissements à communiquer autour du dispositif une volonté de ne pas bouleverser le jeu de la conccurence, sachant que la facilitation de la mobilité fait réellement anticiper des mouvements de clientèle sur le marché ? Le GPBM s’en défend. Des sources officieuses au sein de la corporation font simplement savoir que les choses se mettent progressivement en place, ceci en rappelant bien que le dispositif a été entériné en juillet dernier et que les banques ont donc bénéficié d’un délai de préparation de 6 mois. Décision a été prise au niveau du secteur de laisser à chaque banque le soin de communiquer comme elle l’entend sur le dispositif, explique-t-on au sein du GPBM. Les sites internet de BMCE Bank, BMCI et Société Générale Maroc intègrent désormais une section dédiée à la mobilité bancaire où l’on explique aux clients la marche à suivre pour changer de banque. L’on comprend rapidement que ces établissements envisagent de s’appuyer sur la mobilité bancaire pour recruter de la clientèle chez la concurrence, étant donné qu’elles n’adressent leurs conseils qu’aux clients qui souhaitent transférer leurs comptes chez elles, sans s’attarder sur le cas de ceux qui souhaiteraient les quitter. Ces banques mettent aussi à la disposition de la clientèle sur leur site web un guide. Ce référentiel arrêté lui aussi avec BAM détaille les étapes à suivre par les clients pour changer de banque en attirant l’attention sur plusieurs points de vigilance (délais à respecter, documents à fournir…) et en fournissant les modèles de lettres à envoyer pour accomplir la procédure (demande de modification de la domiciliation, demande de clôture de compte…). L’étape suivante pour les établissements consistera en la communication en agence, apprend-on auprès du GPBM. «Plusieurs banques éditent actuellement le guide de la mobilité bancaire afin de commencer à le distribuer à travers leur réseau». Pour forcer le trait, le GPBM devrait communiquer au niveau de tout le secteur sur le dispositif pour bien le faire connaître du grand public.

Pas de bouleversements dans le secteur à court terme

Reste à savoir si la mécanique est aussi bien huilée sur le plan technique. L’on apprend que le groupement a jusqu’à ces derniers jours demandé à BAM des éclaircissements au sujet du fonctionnement du dispositif. «Il s’agissait de questionnements que nous tenions à lever pour harmoniser les pratiques sur tout le secteur. Ces points sont à présent tranchés et la procédure est aujourd’hui techniquement au point», fait-on savoir auprès du GPBM. Mais dans la profession on se montre moins catégorique. «Les canaux de communication entre les banques ne sont pas encore pleinement efficaces et ils le sont encore moins avec des organismes externes. Cela complique toujours la tâche pour les demandes de changement de domiciliation de salaires, de prélèvements, d’autorisations de paiement…», explicite un directeur de banque. Sur ce plan, le GPBM est bien conscient que son effort de communication doit aussi concerner divers organismes (gestionnaires de réseaux, employeurs privés et publics…) appelés eux aussi à mettre la main à la pâte pour que le dispositif tienne ses promesses.

En somme, le temps que le tout se mette en place, il n’y aura pas lieu de parler de bouleversement pour les clients de banque dans l’immédiat. En tout cas, on reste loin du big-bang que vit actuellement le marché bancaire en France où c’est toute une loi sur la mobilité bancaire qui est entrée en vigueur ces derniers jours.