Déficit budgétaire à  4.8% du PIB en 2013, mission impossible ?

La prévision est fondée sur un dénominateur (PIB) qui s’est avéré inférieur à  celui escompté au moment de l’élaboration du budget. L’inflation, sauf à  augmenter les prix, ne devrait pas dépasser 2% au lieu de 2.2% prévus par le gouvernement.

Le premier trimestre de l’année ne s’est pas encore écoulé que des interrogations fusent ici et là sur le niveau du déficit budgétaire prévu pour cet exercice. 4,8% du PIB, comme cela est prévu par le ministère des finances, est-ce réalisable ?

La Loi de finances de 2012 avait été votée sur la base d’une prévision de déficit de 5% du PIB. Résultat des courses : 7,4% de déficit ! Qu’est-ce qui ferait qu’en 2013, ce ratio retomberait à 4,8% ? Des charges de compensations moindres et une croissance économique un peu plus vigoureuse qu’en 2012 ? C’est à voir !

D’abord, les charges de compensation. Leur montant prévu au titre de 2013 est de 40 milliards de DH. En y ajoutant les arriérés, ces charges montent à 51 milliards. C’est d’ailleurs ce chiffre qui apparaît dans le bulletin statistique des finances publiques, publié par la Trésorerie générale du Royaume (TGR). Les charges de compensation pour 2013 sont établies sur la base d’un prix moyen du pétrole de 105 dollars le baril et d’une parité de 8,50 dirhams pour un dollar. On peut penser également (simple hypothèse) que dans la détermination du niveau des charges de compensation, on a dû tenir compte des retombées partielles de la réforme du système de compensation.

On le sait maintenant, cette réforme a peu de chance d’aboutir cette année, même si techniquement elle est finalisée ; le gouvernement devant se concerter avec les partis politiques, les syndicats et la société civile pour opérer les réglages ultimes. Cela veut dire que sauf révision à la hausse des prix de certains produits subventionnés, ou chute significative des prix internationaux des matières premières importées et objet de compensation, la charge pour 2013 risque d’atteindre le même niveau qu’en 2012, soit plus de 55,95 milliards de DH.

Certes, les prévisions du début de l’année concernant le prix du Brent -référence pour les acheteurs marocains- indiquaient un léger recul du cours du pétrole, en liaison avec le tassement de la demande mondiale que générerait une croissance économique atone.

51 milliards de charges de compensation

Pour le moment, cependant, rien de tel ne se manifeste vraiment. Mardi 5 mars, le Brent cotait à un peu plus de 110 dollars le baril, mais en ce domaine, il faut se dépêcher de préciser que tout peut arriver, une hausse fulgurante comme une chute brutale ; la sensibilité des cours du pétrole aux évènements qui peuvent se dérouler ici et là étant très forte.

S’agissant de la croissance, les prévisionnistes sont en effet optimistes, la situant à 4,8% (HCP) au lieu des 4,5% prévus par le gouvernement. Le Haut commissariat au plan avance même le scénario d’une progression de l’activité de 5,4% sous l’hypothèse que les conditions climatiques qui ont prévalu à la fin de l’année 2012 et au début de 2013 se poursuivent jusqu’au printemps. Pour l’instant, les pluies sont au rendez-vous, pourvu que cela continue.
Le hic, cependant, est que la prévision de déficit du gouvernement a été faite sur une base qui n’est plus tout à fait la même que celle qu’il prévoyait au moment de l’élaboration de la Loi de finances. Il tablait sur un taux de croissance réel du PIB de 3,2%, et finalement celui-ci n’a été que de 2,7%. D’autre part, l’inflation prévue à 2% et qui devait ainsi apporter un surcroît d’augmentation du PIB nominal ne s’est pas réalisée ; elle a été de 1,3% selon le HCP. Du coup, le PIB en terme courant, qui devait se situer à 849,5 milliards à fin 2012 2012, s’est finalement établi à 834,9 milliards de DH. C’est 15 milliards de moins, et cela compte pour le calcul du déficit budgétaire. En 2013, le niveau d’augmentation du PIB nominal aura comme base 834,9 milliards et non 849,6 milliards. Par ailleurs, le supplément de hausse de ce PIB qu’apportera l’inflation devrait être légèrement inférieur : 2% selon le HCP au lieu de 2,2% selon les Finances. Moyennant cela, le dénominateur auquel on rapportera le montant du déficit ne sera pas celui escompté.

Supposons maintenant que le taux de croissance en 2013 atteigne non pas 4,5% mais 4,8%, que l’inflation s’établisse à 2% et que le déficit budgétaire, en valeur, ne dépasse pas le montant des charges de compensation, soit 51 milliards de DH, contre 62,13 milliards en 2012. Sous cette hypothèse, pourtant relativement favorable, le déficit budgétaire ressortirait à 5,7% du PIB. Le solde négatif pourrait être un peu ou beaucoup plus élevé que ces 5,7%, mais il est difficile d’imaginer moins…