Défense commerciale dans l’acier : Maghreb Steel s’impatiente, la tutelle temporise

Le ministère de l’industrie précise que la phase d’investigation est à  un stade avancé, mais elle n’est pas encore achevée. En attendant, la société du groupe Sekkat est de plus en plus fragilisée : ses ventes ont encore chuté en juillet et août et 350 employés ont été licenciés.

Les temps sont de plus en plus durs pour Maghreb Steel. En juillet, la poursuite de la frénésie des importations d’acier, essentiellement en provenance d’Europe, a induit une baisse de la production des métallurgistes de plus de 60%. L’impact a été de grande ampleur sur la société du groupe Sekkat. «Nos ventes des mois de juillet et août ont été catastrophiques. Et on s’attend à ce que la reprise qui se laisse entrevoir en septembre ne bénéficie encore une fois qu’aux importations», apprend-on auprès du management de la société. Pas plus tard que le mois dernier, sa direction a dû licencier 350 employés, rajoutant par là le fardeau social aux difficultés que traversent l’entreprise. «Si les mesures antidumping tardent à être adoptées, ces licenciements pénibles et douloureux continueront et l’usine connaîtra des périodes d’arrêt plus ou moins longues, voire un arrêt total de l’activité», s’alarment les responsables de la société.

Il faut rappeler que l’enquête commanditée par Maghreb Steel auprès du ministère de l’industrie et du commerce a été ouverte en novembre 2012 après que les importations des produits plats, notamment la tôle galvanisée et le laminé à froid, ont enregistré une montée en flèche, respectivement de 225% et 238% entre 2011 et 2012. Depuis cette date, les métallurgistes, et particulièrement Maghreb Steel, ont du mal à comprendre tout le retard accusé pour apurer ce dossier. Selon eux, aucune décision n’a été prise à ce jour, même si le volet investigation est bouclé, et que de nombreuses lettres de rappel insistant sur le caractère urgent des mesures à adopter ont été adressées à qui de droit.

L’échantillon des produits objet de l’enquête a été élargi

Du côté du département du commerce extérieur, le propos est très clair : «La phase investigation est à un stade avancé. Mais elle n’est pas encore achevée. Nous nous entretenons régulièrement avec le management de Maghreb Steel et nous n’avons jamais laissé comprendre que l’enquête est bouclée. Le fait qu’ils confirment cela de leur propre chef sera vu d’un mauvais œil de la part des exportateurs européens puisque nous sommes tenus de les informer de l’avancement de l’enquête au même titre que les nationaux. Cela s’apparente à de la connivence contre les Européens», informe une source très bien placée au sein du département. A en croire cette dernière, si l’enquête a été demandée en novembre 2012, le ministère ne s’est pas saisi effectivement du dossier que fin janvier 2013. De plus, l’échantillon des produits qui peuvent être touchés par le dumping a été élargi et, du coup, le département a adressé de nouveaux questionnaires aux exportateurs en plus des demandes d’information. Par conséquent, une bonne partie du calcul a dû être refaite. «Sachant qu’avec ces péripéties nous restons toujours dans la norme mondiale du délai imparti pour des enquêtes similaires», nuance-t-on auprès de la tutelle. Cela dit, une source officieuse au ministère affirme que les calculs préliminaires recoupés avec les réponses des exportateurs démontrent clairement l’existence de pratiques de dumping dans ce dossier. «Nous sommes convaincus de la cause du secteur et nous comprenons parfaitement l’urgence et la sensibilité de la situation, mais nous devons construire l’argumentaire selon les normes retenues en la matière sans états d’âme, surtout qu’il s’agit du premier partenaire commercial du pays», nuance-t-elle.