Déchets plastiques : 220 000 tonnes échappent au recyclage chaque année

Une dizaine d’opérateurs formels s’activent dans la collecte et la revalorisation.
Le kilo de déchets est revendu à  4 DH aux transformateurs.
Sita, en collaboration avec Plastisam, et un groupement d’intérêt économique d’Agadir réalisent des projets modèles.

« Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme», disait le célèbre chimiste Antoine Lavoisier au XVIIIe siècle. En matière de gestion et de revalorisation des déchets, le Maroc n’applique cette maxime qu’avec parcimonie. En l’absence de tri sélectif dans les collectivités locales (voir encadré), seuls les déchets industriels sont plus ou moins bien traités. C’est notamment le cas du plastique. Pourtant, les possibilités de valoriser ces déchets sont énormes. A l’étranger, Sita UK, filiale de Suez Environnement, et son partenaire Cynar, viennent ainsi d’annoncer la possibilité de transformer à l’échelle commerciale le plastique en carburant pour diesel immédiatement utilisable pour les véhicules. Au Maroc, on en est malheureusement encore loin. Les investisseurs locaux restent frileux, même si les technologies de traitement du plastique, bien que complexes, existent bel et bien. Une poignée d’opérateurs seulement exercent dans le domaine de façon formelle. «Plus de 90% de la récupération de plastique est assurée par le secteur informel», assure Younes Damir, directeur d’exploitation à Sita Maroc. «Nous récupérons le plastique chez nos clients industriels. Reconditionné en balles ou en vrac, il est ensuite acheminé vers Plastisam, un fabricant de plastique indépendant agréé par Sita», poursuit-il. Le plastique collecté est alors broyé et transformé en granulés qui seront mélangés à des granulés bruts pour donner du film plastique, matière première du sac plastique.
Sur le marché, le plastique collecté est en effet revendu à près de 4 DH le kilo aux filières compétentes pour traitement et valorisation. Sita en collecte environ 50 tonnes chaque mois, soit 600 tonnes chaque année.

Le produit fini issu des déchets recyclés 30% moins cher que le classique

Dans la région d’Agadir a été mis en place un groupement d’intérêt économique (GIE) qui rassemble 4 sociétés, à savoir la Compagnie marocaine des cartons et des papiers (CMCP), Aqua Flore Protect, la Société d’exploitation de verreries au Maroc (SEVAM) et Replay Plast, spécialisée dans la transformation des plastiques vierges ou recyclés. Afin de mettre en place une collecte formelle, Thierry Cahuzac, DG de Replay Plast, a créé, il y a 3 ans, la société Programme de gestion environnementale, responsable et solidaire (Progrès). Cette dernière est constituée autour d’une charte à laquelle le producteur de déchets (l’adhérent) se soumet. Cette charte compte déjà 800 adhérents, dont les Domaines royaux.
«Nous procédons d’abord à un audit de l’adhérent afin d’estimer son besoin. Par la suite, nous lui fournissons une formation pour organiser le tri sélectif et tout l’équipement nécessaire. Nous organisons également la collecte avec nos propres moyens en veillant à la traçabilité. Certains de nos employés sont d’ailleurs issus de l’informel. Nos services sont gratuits», explique M. Cahuzac. Et de poursuivre que «tous ces déchets sont revalorisés matière et non brûlés. L’intégralité de nos revenus proviennent des produits obtenus après transformation que nous revendons à l’adhérent jusqu’à 30% moins cher que les produits classiques».
L’exemple le plus symbolique du succès de Replay Plast et de Progrès est l’engagement pris par les armateurs de la pêche hauturière d’Agadir. Ceux-ci ont décidé de ramener, à leur retour de campagne de pêche, les bouteilles en plastique vides, soit près de 6 millions de bouteilles. Replay Plast se charge de les transformer en feuillards, ces liens qui servent à maintenir un emballage quelconque, revendus aux armateurs. «Le poids des déchets ramenés équivaut au besoin en produits finis», ajoute M. Cahuzac.
Chacun y trouve donc son compte. Replay Plast reverse également 10% des revenus issus de cette transformation à l’association des Amis du Port pour subvenir aux besoins de fonctionnement de l’association et au bien-être de ses membres (dépenses de santé). «Nous traitons environ 4 000 tonnes de plastique par an. Et pourtant 220 000 tonnes de déchets plastiques ne sont pas valorisées chaque année», souligne M. Cahuzac. Reste à donner les capacités aux opérateurs de bonne volonté de pouvoir se développer et offrir ainsi aux récupérateurs informels un débouché sérieux, où les prestations sociales seront assurées.