De nouvelles opportunités pour les entreprises de BTP

Principaux avantages : accès à des marchés de grande taille et réforme des avances sur marché.

Lesecteur du BTP a désormais son contrat-programme. Il était temps. Contribuant à hauteur de 42,5 % (soit 42 milliards de DH) à l’effort d’investissement national, à 5,6% du PIB hors agriculture et employant plus d’un demi-million d’actifs, l’entreprise marocaine de BTP souffre malgré tout d’un déficit d’image, selon l’appréciation de Bouchaïb Benhamida, président de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP).
Mal perçue par l’opinion publique, l’entreprise de BTP est souvent exclue, de fait, des grands marchés d’infrastructures au profit de ses concurrentes étrangères. Certes, la profession traîne des lacunes de toutes sortes : sous-capitalisation (39 % des entreprises de BTP ont un capital social égal à 100 000 DH et seulement 26 % ont un capital supérieur à un million de DH), faiblesse de l’encadrement (2% de cadres seulement et 2,3 % de techniciens), forte dépendance de la commande publique (70 % de l’activité). En outre, les entreprises du BTP sont de création récente (70 % ont moins de 15 ans), de taille modeste (seules 67 sur 2 800 entreprises organisées réalisent un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions de DH), et elles se caractérisent par une très grande précarité (beaucoup disparaisent avec ou sans dépôt de bilan) et des modes d’organisation et de gestion inadaptées.
Et, cependant, pour que l’entreprise marocaine de BTP devienne performante, compétitive, elle doit certes se mettre à niveau, sur tous les plans, mais cela restera insuffisant tant que l’environnement dans lequel elle évolue n’aura pas changé. C’est donc un double effort qui est exigé : l’effort des professionnels, d’un côté, celui des pouvoirs publics, de l’autre. C’est cela, en fait, l’objet du contrat- programme signé lundi 28 juin entre le gouvernement et la FNBTP.

Suppression du privilège de l’Etat en matière de nantissement
Que contient donc ce contrat-programme ? D’a-bord, les engagements du gouvernement. Ceux-ci portent sur des aspects institutionnels, techniques, financiers et réglementaires. Citons-en quelques-uns. Primo, la réforme du système de qualification et de classification des entreprises. Derrière ce barbarisme, se cache en fait un enjeu énorme : selon la qualification qui lui est donnée et la catégorie dans laquelle elle est classée, une entreprise peut ou ne peut pas participer à un marché public. Le système en vigueur à ce jour comprend seulement cinq classes d’entreprises qui sont échelonnées selon un chiffre d’affaires allant de 2 à 50 millions de DH. Le contrat-programme introduit de nouvelles classes : 50 à 150 MDH, 150 MDH à 300 MDH et 300 MDH et plus. L’objet de cette réforme, comme l’explique le président de la FNBTP, c’est de permettre aux entreprises nationales de soumissionner pour les grands marchés d’infrastructures, au même titre que les entreprises étrangères. Deuzio, le dimensionnement des marchés du BTP de sorte qu’ils correspondent aux capacités des entreprises marocaines. C’est, pour les professionnels, le point capital de ce contrat-programme. Il faut dire que cette réforme est déjà entrée dans les faits puisque les entreprises marocaines participent aujourd’hui aux projets de construction des grands stades et de l’autoroute Settat-Marrakech. «Il faut le dire, le mérite en revient à Karim Ghellab», confie M. Benhamida.
Tertio, la réforme de la législation (qui date de 1948) régissant le nantissement des marchés publics : il s’agit de supprimer le privilège accordé à l’Etat et rendre le nantissement inattaquable lorsqu’une entreprise a procédé à la cession de sa créance à une banque. Quarto, l’élaboration d’un texte réglementaire sur les conditions d’octroi et de remboursement des avances sur marché : il s’agit en fait de généraliser ces avances à tous les marchés, car, aujourd’hui, elles ne sont accordées qu’aux marchés internationaux. Enfin, cinquième et dernier point, l’amélioration de la structure organisationnelle et financière de la Caisse marocaine des Marchés (CMM) : le gouvernement s’engage notamment à lui donner plus de moyens, à travers sa recapitalisation, en particulier.
On le voit, ces engagements du gouvernement visent tous à aider l’entreprise marocaine à soutenir la compétition, l’objectif sous-jacent étant de favoriser la naissance de «champions nationaux» en matière de BTP. Quant aux engagements de la FNBTP, ils se résument essentiellement à des actions de sensibilisation, de formation et de collaboration avec les pouvoirs publics