De l’aéronautique au coaching

Après 17 ans chez Maroc Aviation, filiale d’Airbus, il choisit de rester au Maroc pour y créer un cabinet de conseil. Il fait partie des principaux acteurs qui ont contribué à l’organisation du secteur. La création de l’écosystème de Boeing lui permettra de booster son activité d’accompagnement des entreprises aéronautiques souhaitant s’installer au Maroc.

Bruno Igounenc Président d’Experis Conseil
Bruno Igounenc
Président d’Experis Conseil

Il est né en France et a passé son enfance au Sénégal avant de mener sa carrière presque exclusivement au Maroc. Bruno Igounenc fait partie de ces Français qui, par choix et/ou au gré des affectations des parents, ont passé l’essentiel de leur vie ailleurs que dans l’Hexagone. Après avoir commencé sa carrière dans l’aéronautique chez Maroc Aviation (filiale d’Airbus) en 1990 en tant que contrôleur de gestion, il y est retourné en 1997 pour la diriger pendant 17 ans. «C’était une belle aventure qui a duré 17 ans où l’entreprise a gagné en volume d’affaires et en complexité des produits à assembler. On est passé de 80 à 400 personnes en 10 ans», s’enorgueillit-il. Bruno Igounenc se voit ensuite proposer un poste en France ou à Dubaï qu’il a «naturellement» refusé. «Il est évident pour moi que mon pays est le Maroc. Je ne me voyais pas vivre ailleurs», dévoile-t-il. Marié à une Maroco-hollandaise et père de 3 enfants, il a privilégié une vie de famille à Casablanca. Il optera ainsi pour l’entreprenariat et crée, en 2014, Experis Conseil, un cabinet spécialisé dans le coaching, le consulting et l’accompagnement des entreprises opérant dans l’aéronautique qui souhaitent s’installer au Maroc.

Un des fondateurs du GIMAS 

Mais avant cela, cet homme de 49 ans, diplômé de l’INSEEC Bordeaux, a commencé sa carrière en 1990 dans le contrôle de gestion chez l’équipementier aéronautique Sogerma, filiale d’EADS (avant son changement de nom). Quatre années plus tard, il rejoint Saunier International, l’entreprise familiale en France. «Saunier était spécialisée dans la distribution de pneumatique. J’ai décidé de rentrer pour aider mon père à constituer un réseau de distribution et mettre en place une nouvelle marque sous licence Pirelli. Deux ans et demi plus tard, Airbus me confie la direction générale de sa filiale marocaine, Maroc Aviation», indique Bruno Igounenc. A l’époque, le secteur aéronautique faisait ses premiers pas. Au début, l’activité se cantonnait aux pièces de fauteuils première classe et aux pièces en composite. Le degré de complexité s’est développé progressivement au bout d’une décennie. «Nous avons prévu d’atteindre (et nous avons atteint) 75% d’intégration locale dans les fauteuils business class fabriqués au Maroc. Pour ce faire, nous avions besoin de partenaires et fournisseurs afin de développer la valeur ajoutée marocaine. En outre, il fallait parler d’une seule voie avec le ministère de tutelle. C’est pour cela que nous avons créé, avec un noyau de chefs d’entreprises, et ce, dès 1999, le GIMAS (Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales)», déclare-t-il.

Aujourd’hui, le secteur de l’aéronautique est composé de plus de 110 entreprises et emploie directement 13000 personnes mais contribue aussi à plus de 30 000 emplois indirects. Maroc aviation emploie, pour sa part, 400 personnes. «Maroc Aviation est constitué aujourd’hui d’équipes 100% marocaines et compte 0 expatrié dans ses rangs», dit non sans fierté Bruno Igounenc. Cela dit, toute histoire a une fin. Au bout de presque deux décennies à la tête de la filiale marocaine d’Airbus, l’ex-patron de Maroc Aviation choisit la voie du conseil.

Il s’est mis à son compte pour avoir plus de liberté

«Les multinationales sont tellement pragmatiques qu’elles en deviennent froides. J’ai préféré maîtriser mon destin en retrouvant plus de liberté et en étant acteur d’une expérience qui privilégie un peu plus les relations humaines et travaille même à les améliorer», argumente M. Igounenc. Ce passionné des océans choisira de s’installer dans des bureaux situés sur le boulevard de la Corniche en face de la mer et du phare de Casablanca. C’est là qu’il accueille ses clients. «Dirigeants d’entreprises, grands patrons ou hauts cadres viennent avec une problématique propre. Que ce soit une réorientation de carrière, l’impact d’une fusion-acquisition ou un simple besoin d’arrimer les équipes, il faut que la personne coachée trouve ses propres réponses pour avoir vraiment envie de les appliquer. Ma mission est de l’accompagner dans sa prise de conscience, permettant de dépasser les obstacles éventuels, et faire émerger des solutions avec lesquelles elle se sent “alignée”», précise le dirigeant devenu coach formé à HEC Paris.

Ayant lui-même fait appel à un coach après son départ d’Airbus, il connaît le potentiel de ce métier qui répond à des besoins spécifiques. «Il y a un besoin important en coaching, mais l’offre a peut-être besoin d’être un peu plus structurée. Ces métiers ne sont pas toujours bien connus, et l’on confond souvent coaching et formation, conseil ou même thérapie. Le coaching peut permettre à la personne de se reconnecter avec elle-même pour se “redéployer”. Derrière mon envie de changer de métier, il y avait le besoin de “sortir de sa zone de confort”, de se renouveler et de continuer à “repousser sa ligne d’horizon”», explique-t-il.

Sa seconde mission consiste, elle, à accompagner les entreprises qui souhaitent s’implanter dans l’aéronautique au Maroc. Certaines ont déjà fait appel à Experis Conseil. D’autres suivront, surtout après l’annonce de la création de l’écosystème Boeing à Tanger. «Cela permet un formidable effet d’image et consolide le positionnement du Maroc sur la carte aéronautique mondiale. Avec Airbus et Bombardier, Boeing vient boucler la liste des constructeurs aéronautiques présents directement ou indirectement au Maroc. Beaucoup de sous-traitants travaillent en même temps avec plusieurs d’entre eux», dit-t-il. Si les carnets de commandes de Boeing et d’Airbus sont bouclés pour les dix prochaines années, ceux de Bruno Igounenc ne le seront pas encore, certes, mais l’engouement des avionneurs ne faiblit pas. Experis Conseil s’attend à une amélioration certaine de son activité accompagnement des entreprises aéronautiques dans un pays qui offre un environnement propice à son développement.