De la microfinance islamique ? L’expérience de la THAILANDE pourrait bien marcher au Maroc

La pratique rencontre un succès dans ce pays qui ne compte que 15% de musulmans. La zakat pour les très pauvres, des crédits sans intérêts pour les pauvres et la Mourabaha pour les relativement pauvres.

Le Maroc a emprunté le chemin de la finance islamique assez tardivement, puisque les premiers produits de financement halal, dits «alternatifs» n’ont été introduits qu’à fin 2007. Ces produits n’ont jusqu’à ce jour pas rencontré de succès, malgré une demande palpable, en raison d’un coût élevé par rapport aux financements classiques. Cela dit, la finance islamique est appelée à se développer, surtout avec l’arrivée de l’actuel gouvernement qui prépare l’ouverture du système bancaire aux établissements «purement» islamiques.

Un autre filon devrait dans ce cadre intéresser les pouvoirs publics et les professionnels, celui de la microfinance islamique. Plusieurs pays ont tenté l’expérience et la pratique a bien marché, même dans des contrées où la population musulmane est faiblement représentée.

C’est le cas par exemple de la Thaïlande qui compte à peu près 68 millions d’habitants dont seulement 15% de musulmans. Le pays a introduit la finance islamique en 1998. Comme au Maroc, il a commencé par ouvrir le champ aux banques traditionnelles pour commercialiser des produits de financement halal. Mais en 2003, la Islamic bank of Thailand, établissement spécialisé en finance islamique, est né et, depuis, plusieurs établissements et nouveaux produits halal ont vu le jour (l’assurance islamique, le leasing islamique, les fonds d’investissement islamiques, les sukuks…).

L’activité peut être lucrative pour les organismes financiers

Pour ce qui est de la microfinance islamique, c’est la Islamic bank of Thailand qui est la plus active sur ce créneau. Ce qui est étonnant, c’est qu’on compte plus de non-musulmans que de musulmans parmi ses clients pour ce type de produits (60 à 70%). L’établissement propose principalement quatre produits adaptés aux besoins et aux profils des clients. Ainsi, pour les personnes en situation très difficile (qui peinent notamment à se nourrir et à s’habiller), ce sont les fonds de la «zakat» que collecte la banque qui leur sont reversés sans contrepartie. Pour les pauvres, ils bénéficient de microcrédits sans intérêts pour financer de petites activités commerciales ou artisanales. Les bénéficiaires ne remboursent que le principal selon un échéancier adapté à leur situation. Pour les pauvres, on accorde des prêts moyennant des frais financiers fixes et non des intérêts. Quant aux personnes relativement pauvres, c’est la micro-Mourabaha qui est utilisée, autrement dit la banque achète le matériel et les matières nécessaires au démarrage d’un petit projet et les revend au bénéficiaire moyennant une petite marge.

Ce système, à côté des produits islamiques destinés à la clientèle «bancable», ne manque pas d’être rentable. La Islamic bank of Thailand a en effet vu son encours de crédit croître de 39% en 2011, à 3,7 milliards de dollars, et ses bénéfices s’envoler de 59%, à plus de 57 millions de dollars .