de blé tendre échappe au calendrier prévu

C’est le cas également pour le sucre et le butane.
Dans une étude sur le sujet, la Banque mondiale lie la réforme
de la filière céréalière à celle du secteur
agricole.
Les minotiers souhaitent une révision des marges de mouture en vigueur
depuis 1988.

Sur les 27 produits et services dont les prix sont encore soutenus et/ou administrés, au moins trois le resteront au-delà de juillet 2006, date théorique de libéralisation des prix fixée dans la loi sur la concurrence et les prix : le butane, le sucre et la farine nationale de blé tendre (FNBT). L’enveloppe destinée à subventionner ces produits est d’ailleurs prévue dans la Loi de finances pour 2006.

Si pour le butane et à un degré moindre le sucre, le statu quo était prévisible, il en est autrement de la FNBT dont le soutien est jugé non seulement inefficace mais en plus générateur de difficultés pour l’industrie de la minoterie. Bien plus, une réforme transitoire de la filière, préparée par les ministères des Affaires générales et de l’Agriculture, en concertation avec les professionnels du secteur meunier, devait démarrer en juillet 2004. Sans succès. Depuis, les professionnels espéraient que l’échéance de juillet 2006 allait, enfin, être l’occasion de concrétiser cette réforme. Une fois de plus, celle-ci est renvoyée sine die, les services de M. Talbi Alami, ministre des Affaires générales du gouvernement, continuant toutefois de prendre les avis des uns et des autres sur la formule optimale pour mener à terme ce chantier. «Notre souci est de sortir du système de contingentement. Mais ce dossier à multiples facettes n’est pas aussi simple à régler qu’il en a l’air», confie un proche de M. Alami.

En effet, contrairement au gaz butane, par exemple, dont le démantèlement de la subvention n’aurait d’impact que sur les consommateurs des couches populaires les plus fragiles, la libéralisation de la filière FNBT, elle, aurait des retombées non seulement sur les consommateurs mais aussi sur les producteurs de cette catégorie de blé, sur les organismes stockeurs et peut-être même sur certains minotiers. C’est pourquoi, au ministère des Affaires générales, l’idée est d’inscrire cette réforme dans le cadre plus général de celle du secteur agricole.

La survie des petits producteurs en question
C’est d’ailleurs cette approche qu’a préconisée la Banque mondiale lorsque les autorités marocaines lui avaient demandé, il y a un an, son avis sur la réforme transitoire (voir encadré) que l’on s’apprêtait à mettre en place. Après un séjour au Maroc du 18 au 28 avril 2005, la mission de la Banque mondiale avait en effet conclu, dans un mémorandum non encore publié, que cette réforme comportait certes des aspects positifs mais était également de nature à générer des «conséquences néfastes» à trois niveaux.

D’abord sur la production : selon la Banque mondiale, les plus petits producteurs seraient affectés négativement par les exigences très élevées de la filière en matière de qualité et d’homogénéité des livraisons. Il est en effet connu que les producteurs de blé tendre sont de petits agriculteurs, opérant sur des superficies très réduites et disposant de peu de moyens. Résultat, leur production est souvent de qualité moyenne voire médiocre, ce qui explique que l’Etat leur garantit un revenu fixe et élevé au moyen d’une protection à la frontière.

Ensuite, deuxième niveau, la minoterie : il s’agit ici des minoteries qui dépendent en grande partie de la FNBT. Avec la libéralisation et donc l’élimination du système des quotas, celles-ci perdraient l’essentiel de leurs revenus et pourraient même disparaître.

Enfin, troisième niveau, les consommateurs : pour la Banque mondiale, il y aurait un risque de voir les prix augmenter pour le consommateur, en raison notamment d’un «comportement oligopolistique potentiel» qui verrait le jour si la filière de la transformation se réduisait à un nombre limité de grandes minoteries industrielles.

A partir de là, la Banque mondiale estime qu’il serait préférable que le Maroc prépare une réforme de la filière céréalière comme première étape d’un processus de mise à niveau de l’économie agricole.

Objectif de la réforme : augmentation de l’efficacité de l’agriculture
Tout le problème de la libéralisation de la filière du blé tendre réside à ce niveau : comment introduire la concurrence dans ce secteur, protéger les agriculteurs et bien sûr ne pas faire reposer les conséquences d’une telle ouverture sur le consommateur ? Le mémorandum de la Banque mondiale s’y est penché en fixant d’abord les objectifs de la réforme et en proposant les outils pour la réaliser. Les objectifs : l’augmentation de l’efficacité de l’agriculture; une plus grande efficacité des ressources budgétaires destinées au soutien du développement rural ; l’amélioration du pouvoir d’achat des consommateurs. Concernant les outils, la Banque propose l’élimination pure et simple de la subvention de la FNBT, mais en même temps une réduction de la protection tarifaire afin d’éviter toute augmentation des prix à la consommation ; et un accompagnement de la réforme en vue d’aider les segments de la population les plus vulnérables.

Si les pouvoirs publics avaient renoncé à mettre en œuvre la réforme transitoire de la FNBT, c’est sûrement pour travailler sur cette option suggérée par la Banque mondiale et qui paraît tomber sous le sens. Les minotiers semblent bien comprendre cette logique, mais estiment que d’ici à l’aboutissement de cette réforme globale, l’Etat devrait au moins réviser les marges de mouture, fixées à 18,80 DH depuis 1988, alors que «pour les moulins artisanaux, cette marge est de 30 DH». Sans oublier, ajoutent-ils, les frais d’approche, de transport, etc. A chacun ses problèmes. Une chose est sûre : cette compensation de la FNBT, rares sont les citoyens qui la retrouvent en achetant leur farine. Une subvention pour rien ?

Rares sont les citoyens qui profitent effectivement du système de subvention existant.

La réforme qui n’a pas eu lieu

En gros, la réforme transitoire soumise par le gouvernement marocain à l’appréciation de la Banque mondiale visait à supprimer le contingentement de 10 millions de quintaux de blé tendre, actuellement en vigueur, et de redéployer la compensation (de 143 DH le quintal) concernant cette quantité vers une subvention forfaitaire de 30 DH par quintal de blé écrasé pour un écrasement annuel de 31,7 millions de quintaux. Dans ce schéma, la subvention au stockage (2 DH le quintal chaque quinzaine) est maintenue, et les «régions excentrées» devaient bénéficier d’un traitement spécifique.
La profession des minotiers (plus d’une centaine d’unités industrielles, sans parler d’un nombre infiniment plus grand de moulins artisanaux) avait espéré une décantation à travers cette réforme, dans le sens où la concurrence ferait le tri et, au final, permettrait d’offrir aux consommateurs des produits variés et, pourquoi pas, à bas prix. Aujourd’hui, la filière est saturée et la plupart des minotiers travaillent à 60 ou 70 % de leur capacité.