Dans les dédales du Marché de gros de Casablanca

1,4 Mt de marchandises y transitent chaque année, 25 000 personnes arpentent ses allées tous les jours. Le marché de gros des fruits et des légumes de Casablanca est classé 20e au niveau mondial.

Quelques minutes avant la levée du soleil, nous y accédons via son grand portail donnant sur le boulevard Driss El Harti à quelques encablures de la préfecture de Ben Msick Sidi Othmane. Comme la plupart des visiteurs, il n’est pas question de s’y aventurer à pied. Non pas pour des raisons de sécurité, loin de là, mais surtout pour éviter de se perdre dans les 34 hectares.

Avec ses nombreux passages surveillés, le portail du marché ressemble plus à un poste frontière qu’à celui d’un lieu commercial. Les camions et autres véhicules chargés de fruits et légumes frais doivent emprunter des passages précis où s’effectuent la pesée et l’établissement de la facture. «En guise de garantie de traçabilité, les chauffeurs des véhicules de transport des fruits et légumes laissent leur carte grise à l’entrée et ne la récupèrent qu’à la sortie après avoir présenté la même facture cacheté par le grossiste», nous explique un fonctionnaire communal. Mais comment différencie-t-on les véhicules chargés mandatés par les grossistes de ceux qui viennent s’approvisionner ? «Il suffit d’observer les ressorts pour savoir si le véhicule est chargé ou non», explique un agent de sécurité, au regard plein de malice. Ils sont au total 40 agents d’une société privée, en plus des agents de la police et des forces auxiliaires qui assurent la sécurité des lieux.

«Des caméras de vidéosurveillance sont installées au niveau de toutes les zones sensibles du marché», indique un autre responsable de Casa-prestations, la société de développement locale en charge de la gestion du marché depuis 2015.

Après la pesée et l’établissement de la facture, les camions livrent leur chargement. Les grossistes sont par la suite invités à payer leur dû quelques heures ou, au plus tard, quelques jours. Dans la zone des magasins où sont exposés les fruits de saison et d’autres qui sont parfois conservés depuis des semaines, des ouvriers s’affairent à décharger les cargaisons. D’autres font le contraire. Tous les magasins sont équipés de leur propre système de froid. «La banane est parmi les fruits les plus sensibles. Cette cargaison vient d’arriver d’Agadir. Après 4 jours le temps qu’elles mûurissent, il faut les vendre dans les 48 heures pour ne pas risquer la perte de la valeur», nous expliquent un grossiste, qui inspecte le déchargement de ses bananes.

60 MDH pour la mise à niveau

S’ils sont réputés pour avoir des marges un peu plus importantes que les grossistes de légumes, les risques qu’ils supportent sont tout aussi conséquents. «Plus le fruit est facilement périssable, plus le risque est gros. Beaucoup ont perdu leur capital suite à de mauvais calculs, des pannes dans le système de froid ou des intempéries», commente un autre grossiste.

Un peu plus en avant vers le centre du marché, des plantes herbacées – dont le persil – sont exposées dans des salles de vente. Cette marchandise provient généralement des localités avoisinantes de la zone de Casablanca-Settat. Un peu plus loin, place à la vente sur camion des légumes. Chaque carreau ou groupe de carreaux est dédié à une d’entre elles.

Construit en 1986 à l’époque où les marchés de gros venaient de faire leur apparition au Maroc, celui de Casablanca est une véritable fourmilière. Grossistes, petits agriculteurs, commerciaux de grandes entreprises et exploitations agricoles, importateurs, exportateurs, gros et petits détaillants, porteurs, fournisseurs de la grande distribution, de l’hôtellerie et de la restauration collective…Tout ce beau monde débarque chaque jour à partir de 4 heures jusqu’à midi, voire plus. Ils viennent de Casablanca et des quatre coins du pays. «Le marché de gros est en train de faire peau neuve. Un investissement de 60 MDH est en cours de réalisation pour sa mise à niveau» , annonce notre source à Casa Prestations. Réfection des modules de magasins, réparations des gouttières des eaux pluviales, nouveau bloc sanitaire, construction de deux salles de vente de persil, remise en l’état des armoires électriques, réfection et renforcement de l’éclairage et l’assainissement… Ce ne sont là que les travaux achevés depuis 2017. Reste le grand chantier lié à l’asphaltage très attendu par les usagers. «Les porteurs et les triporteurs souffrent le martyre avec cette chaussée en très mauvais état», nous précise un grossiste. Depuis sa construction, aucun investissement d’entretien ou de réfection n’avait été réalisé.

Mieux, la nouvelle direction du marché veut instaurer la culture du service. «Fini le temps où les taxes étaient perçues comme une redevance sans contrepartie. Il s’agit désormais d’offrir un package de services aux usagers pour améliorer l’attractivité du marché de gros», poursuit notre source à Casa prestations. Exemple : un système de gestion des emplacements vient d’être instauré dans 7 des 20 carreaux que compte le marché. En plus du programme d’investissements, l’organisation interne de la direction du marché a été revue par Casa-prestations. Bien qu’ils soient des fonctionnaires communaux, ses ressources humaines sont désormais intéressées aux résultats. C’est un moyen de les valoriser et de les inciter à redoubler d’effort. Le résultat est visible. «Les recettes sont passées de 115 MDH en 2014 à 138 millions en 2017 malgré l’ascension des marchés parallèles», confie notre source.