Dakhla : quand le maraîchage défie les conditions climatiques

Sur les 5 000 ha ouverts à l’agriculture, moins de 20% ha sont exploités par les maraîchers. Une première, une entreprise de conditionnement opérera bientôt à partir de Dakhla n Le manque de main-d’œuvre est un des obstacles au développement de la filière.

Qui aurait parié que les étendues arides du Sahara marocain seraient un jour une terre propice au maraîchage, une activité consommatrice d’eau? En tout cas, la région de Dakhla, qui a accueilli du 27 au 29 septembre la troisième édition de la Foire agricole internationale Dakhla-Oued Eddahab (FAID), abrite actuellement deux zones agricoles dédiées essentiellement aux cultures maraîchères, à savoir Taouarta au nord de la péninsule et la nouvelle zone agricole située sur la route d’Aousserd. Si la région Dakhla-Oued Eddahab a ouvert l’année dernière 5 000 ha à l’agriculture, la superficie occupée par les maraîchers ne dépasse pas actuellement 1 000 ha dont 800 exploités par quatre groupes maraîchers de la région d’Agadir, et le reste par des jeunes entrepreneurs.

Ce qui manque entre autres à cette filière, qui exporte toute sa production en Europe, est, si l’on en croit les exploitants, une unité de conditionnement sur place, qui leur épargnera d’avoir recours à des opérateurs installés à Agadir. Mais, aux dernières nouvelles, AMB Process, entreprise belgo-marocaine spécialisée en machines de conditionnement et d’emballage, est entrée en négociations avec les autorités locales pour préparer son installation. Selon Claude Fraissinet, directeur associé, AMB Process a déjà des clients dans le secteur de la pêche, un atout qui permettra une pénétration plus facile dans la filière maraîchère.

Deux récoltes par an

La région de Dakhla possède à la fois de grands atouts mais plusieurs inconvénients. Comparée aux autres régions agricoles du Maroc, la région permet plus d’une unique récolte annuelle de la tomate-cerise et du melon, les deux seules variétés qui y sont cultivées pour l’instant. C’est ce que nous confirme Lahcen Elmokadem, directeur de Maraîchage du Sahara Dakhla qui exploite 250 ha dans la région. «Ici, nous commençons la récolte avant Agadir où se trouve notre plantation principale. C’est un grand avantage. Nous bénéficions aussi de conditions de production parfaites», a-t-il souligné. Outre les conditions climatiques optimales et l’abondance des eaux souterraines, les opérateurs apprécient le très bon rendement de leurs parcelles.

En revanche, en plus du conditionnement, la région dépend d’Agadir en matière de logistique. Cette dépendance s’est accentuée avec la suppression de la ligne maritime entre les deux villes. Seule alternative, les maraîchers transportent leurs marchandises par route et attendent avec impatience les projets structurels annoncés dans le cadre du programme de développement de la région. Parmi ces derniers, le projet de dédoublement de la route nationale entre Dakhla et Tiznit, longue de plus de 1000 km, et l’incontournable nouveau port de Dakhla.

Pour ne rien arranger, le secteur de l’agriculture fait face au manque de main-d’œuvre et au défi du changement climatique. En effet, les forages engendrent des coûts de plus en plus élevés et les précipitations sont infimes. Deux problèmes qui risquent de faire augmenter les dépenses de tous les producteurs agricoles (voir encadré).

«Les superficies maraîchères connaîtront indubitablement une grande expansion à Dakhla. Pour le moment, les producteurs n’utilisent pas du matériel de pompage, ce qui signifie que la ressource en eau est facile à exploiter et les forages ne sont pas profonds, deux grands avantages. Mieux, l’eau est très douce, surtout dans le nord de la région. Or, l’appauvrissement de la nappe est inévitable et il vaut mieux prendre ce paramètre en compte dès maintenant. Aussi, le problème auquel il faut s’attaquer le plus rapidement possible, c’est la main-d’œuvre. Les maraîchers ont du mal à en trouver dans la région. En ce qui concerne les autres obstacles que connait la filière, notamment le manque d’unités de conditionnement, je pense que le problème va être résolu. Une fois que la superficie exploitée et la production justifieront une présence des unités de conditionnement sur place, cela se fera très vite. Concernant le projet du port, il sera d’une grande utilité. C’est le moins que l’on puisse dire. Tous les ingrédients sont réunis pour qu’un tel ouvrage soit construit et pour qu’il joue le rôle qui lui est assigné. En tout cas, je pense que la région a les moyens d’attirer davantage de producteurs, malgré les obstacles cités».

L’édition 2018 de la FAID a été organisée autour de la thématique «L’agriculture face aux changements climatiques». Si ce sommet scientifique vise à mettre en avant les opportunités et le potentiel de la région en matière d’agriculture, sa mission principale est de mettre la lumière sur l’impact du changement climatique sur ce secteur. Dakhla peut surtout bénéficier de ce qu’offre la science comme alternatives à la saturation des nappes aquifères. Pluie artificielle, production d’eau fraîche, technologies innovantes, fertilisation par le CO2, nouveaux modèles de financement, etc. Toutes ces solutions ont été débattues à la FAID par des chercheurs mondiaux, dont le professeur vietnamien Nguyen Huu Ninh, membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GEIEC) qui a reçu le prix Nobel en 2017.