Dakhla-Oued Eddahab, l’eldorado agricole des provinces du Sud

Onze délégations étrangères dont six d’Europe et cinq d’Afrique et plusieurs centaines d’agriculteurs de la région ont répondu présent. Sur une surface de 1 000 ha, la filière des primeurs produit annuellement pas moins de 65 500 t de tomates et de melons destinés à l’export. La filière cameline permet d’assurer l’approvisionnement de la région en viande rouge et constitue une source de revenus considérable pour les populations.

La vocation agricole de la région Dakhla-Oued Eddahab se confirme. En effet, des unités de production modernes –qui n’ont rien à envier à ceux d’Agadir ou de Berkane– se sont installées ces dernières années dans ce territoire pour produire des primeurs, à l’instar de plusieurs variétés de tomates et du melon destinés à l’export. En plus de cette filière à forte valeur ajoutée, les produits du terroir ainsi que la filière cameline ont été dopés par le pilierII du Plan Maroc Vert. Fait inédit à noter, la région de Dakhla accueille une des rares unités d’élevage d’autruches en Afrique du nord

C’est dans ce contexte que la Chambre d’agriculture a décidé d’organiser depuis 2016 la Foire agricole internationale de Dakhla (FAID), dont la deuxième édition s’est tenue du 27 au 29 septembre. Organisée sous le thème «Nourrir l’Afrique, nourrir le monde», cette édition a été marquée par une présence importante d’acteurs internationaux publics et privés aussi bien africains qu’européens.

Sur une superficie de 3 000 m2, deux grands chapiteaux ont accueilli respectivement le pôle «produits du terroir» et le pôle «entreprises et institutionnels» invitant le grand public et les professionnels à découvrir le tissu agricole régional. Panels, visite des sites de productions, conférences, séances de conseil agricole, expositions…, une programmation riche a été au rendez-vous durant les trois jours qu’a duré la foire.

Par ailleurs, il y a lieu de noter que cette grand-messe agricole unique en son genre dans les provinces du Sud a coïncidé avec la 13e étape du Village itinérant du conseil agricole qui a élu domicile sur le site de la foire. «Tout comme la FAID, le village de l’ONCA aspire à la mise en valeur de l’agriculture marocaine et ses produits du terroir, et ce, en tablant sur le paradigme proximité, qui vise à mettre à la disposition des acteurs agricoles les connaissances, outils et moyens pour une agriculture performante et durable. Des objectifs en phase avec le Plan Maroc Vert», peut-on lire dans un communiqué de l’organisateur du village itinérant, à savoir l’Office national du conseil agricole (ONCA).

Une activité agricole quasi inexistante à l’époque coloniale

En marge de la manifestation, le président de la Chambre d’agriculture de Dakhla, Ahmed Baba Amar, a expliqué à La Vie éco qu’à l’époque où le Maroc avait récupéré cette province en 1979, l’activité agricole tout comme le tissu économique moderne étaient inexistants et se réjouit du fait qu’une économie locale a maintenant vu le jour. «Et en regardant de près ce qui a été fait depuis, nous pouvons dire que la région a connue une métamorphose», souligne-t-il.

Selon lui, la reprise de l’activité agricole remonte à 1981 quand l’Etat a redistribué 35 ha à quelque 70 petits agricultures à raison de 0,5 ha par personne. D’autres programmes et actions ont été mis en œuvre jusqu’à ce que le PMV ait donné le coup d’accélérateur nécessaire pour doter la région d’une vocation agricole.

La majorité des grands projets –qui occupent à ce jour une surface de 1 000 ha– ont profité du soutien et des subventions du pilier 1 puisqu’ils ont vu le jour après 2008 alors que l’agriculture solidaire a eu sa part d’intérêt à en juger par les nombreuses coopératives bénéficiaires du pilier 2 du PMV. Du côté de la filière animale et compte tenu de la sécheresse structurelle caractérisant le Sahara, le ministère de tutelle met constamment en place un système d’appui aux éleveurs de la filière cameline en subventionnant le prix d’achat des aliments de bétail ou en finançant les forages de puits, à en croire Ahmed Baba Amar.

En effet, la filière cameline permet d’assurer l’approvisionnement de la région en viande rouge et constitue une source de revenus considérable pour les populations, en l’occurrence rurale ou semi-nomade vivant entre villes et parcours.

Prévu dans le cadre des projets du nouveau modèle de développement des provinces du Sud, un projet d’exploitation de 5 000 ha supplémentaires verra le jour après la concrétisation de l’unité de dessalement de l’eau de mer dont les études seront finalisées prochainement, toujours selon notre interlocuteur.

Des primeurs à haute valeur ajoutée

A une dizaine de kilomètres du centre-ville de Dakhla, de grandes serres troublent le décor désertique à quelques encablures de la route nationale N°1. C’est dans cette zone que les tomates produites dans la région de Dakhla ont été plantées par la Société agricole de Tawarta.

Lancée en 2002 et dotée d’une superficie de 56 ha, l’unité de production du groupe Soprofel produit chaque année pas moins de 5600 tonnes de tomates cerises et d’autres variétés de tomates. Elle emploie 600 ouvriers agricoles dont 500 saisonniers et est équipée d’un système d’irrigation localisée économe en eau.

«Nous sommes les premiers à s’être établis dans la région en 2002 avant que d’autres groupes comme les Domaines agricoles et le groupe franco-marocain Azura ne s’implantent dans la région. 90% de notre production est destinée à l’export sur le marché européen et russe», explique Mohammed Khbiz, responsable de l’unité qui nous fait la visite guidée.

D’après les chiffres les plus récents de la Direction régionale d’agriculture de Dakhla (DPA), la production végétale globale de la région atteint 65500 t dont 44 000 t de tomates, 20 000 t de melon et 1500 t de cultures fourragères. 

Un projet unique en Afrique du nord

Toujours dans la périphérie de Dakhla, un autre projet pour le moins avant-gardiste fait la fierté de la profession agricole de la région. Il s’agit de l’unique unité d’élevage d’autruche au Maroc lancée par le Groupe Derhem. Aménagée sur 2 ha, cette unité exploite 200 têtes pour alimenter occasionnellement le marché en viandes d’autruches ou approvisionner des amateurs de petit élevage. Elle sert également d’attraction pour les touristes qui déboursent une dizaine de dirhams pour y accéder. Outre la viande et les œufs, des sous-produits comme le cuir, les plumes et l’huile issue de la graisse d’autruche servent d’intrants pour des produits de textile, de literie, de décoration et de bien-être. A ce jour, ces produits dérivés ne sont pas produits au Maroc puisque la filière en est encore à ses balbutiements. «De temps à autre, nous commercialisons de la viande localement à 90 DH le kg, mais ça reste de petits volumes par rapport au potentiel de production. Cette niche est appelée à se développer comme en Occident si les nutritionnistes communiquent sur ses bienfaits», explique M. Belaabal, responsable de l’unité et un des rares spécialistes de l’élevage d’autruches au Maroc.