Dakhla : la destination séduit mais la capacité litière reste encore faible

La ville ne compte que quatre établissements classés et pas plus de 1 500 lits au total. Il lui en faut au moins 3 000.
Des investisseurs ont misé sur la ville et ne l’ont pas regretté.
Sports nautiques, pêche sous-marine, randonnées dans le désert, la ville développe déjà  son label.
Dakhla Attitude, le Calipau, Bab Al BaharÂ…, les pionniers racontent.

Elle a tout pour être une destination de charme exceptionnelle : le climat, la faune, la flore, la beauté des sites… Dakhla, qui crèche presque à la pointe de la péninsule du même nom (d’où le nom de la ville), est ce qu’on peut appeler un coin de paradis. La presqu’île, longue d’une trentaine de kilomètres environ, offre déjà les caractéristiques d’un site hors pair : à l’ouest l’Océan avec ses plages d’un fin sable blanc, à l’est la lagune, d’une beauté rarissime. Déjà, à l’approche de la ville par les airs, une sensation étrange saisit le visiteur. Vue du ciel, Dakhla et sa lagune offrent un paysage digne des cartes postales de ces destinations lointaines qui font rêver.
Une fois à terre, la ville tient sa promesse. Premier contact du visiteur avec la ville : le vent. Renseignements pris, Dakhla s’avère être un des sites les plus venteux sur le continent : 300 jours de vent sur 365. Désagrément ? Pas forcément, puisque le vent se trouve être à l’origine même du succès de la ville. Comment ? Tout simplement parce qu’elle offre le site idéal pour les amoureux des sports nautiques et de la glisse comme le surf, windsurf, planche et char à voile…C’est ce que les initiés appellent dans leur jargon un spot. Il y a 9 ans, un Marocain, Soufiane Hamaini, a découvert le spot avec des amis. Champion mondial d’un sport naissant, le kitesurf, Soufiane, installé à Essaouira et Tarifa, avait auparavant entendu parler de Dakhla. Il décide un jour, en 2000, de venir voir. Il y revient l’année suivante, puis l’année d’après et ramène avec lui de plus en plus de kitesurfers. En 2003, il décide de monter avec des amis un camp de surfers pour loger ses copains. La bande ira planter ses tentes à la pointe du dragon, à 25 km au nord de Dakhla, au pied d’une petite montagne, au bord de la lagune et surtout en plein milieu du spot là où les vents sont les plus favorables. En tentant l’aventure, ces surfers pionniers ne savaient peut-être pas que leur camp de fortune allait déboucher sur un gros business quelques années plus tard. Aujourd’hui, Dakhla est devenue une étape majeure du championnat mondial de kitesurf. Même plus. Sur les huit étapes que compte le tour, deux sont au Maroc, Essaouira et Dakhla.
«C’est une destination naissante pour laquelle il faut construire une vision». Les propos sont du ministre du tourisme, Mohamed Boussaïd, qui ne cache pas qu’il est lui aussi «tombé amoureux de la ville».

Quatre établissements classés à peine pour 1 500 lits
Cependant, les chiffres sont têtus et le chemin sera long. Aujourd’hui, la ville de Dakhla ne dépasse pas encore la barre des 3 000 à 4 000 touristes par an, et, pour en faire une destination à part entière, il en faut plus. Pour y arriver, il faudra lever des freins. Le premier réside dans la capacité litière. C’est que les hôtels et autres établissements classés de la ville se comptent sur les doigts d’une main, quatre en tout et pour tout, mis à part une nuée de petits hôtels non classés au centre-ville. Or, déjà pendant la période du Festival de musique de la ville, tenu généralement début mars, il a fallu faire des restrictions aux arrivées de touristes. Où loger tout ce beau monde qui ne demande qu’à visiter la baie ?
Selon les estimations du ministre du tourisme, Dakhla, au lieu des 1 500 lits actuellement disponibles, a besoin au bas mot de 3 000 à 4 000 lits. Il faut en déduire qu’il faudra attirer plus d’investisseurs dans le secteur hôtelier mais pas pour n’importe quels projets. «Surtout pas de gros projets qui vont dénaturer le site mais des établissements à taille humaine pour garder le cachet», précise le ministre. Aujourd’hui, les projets, il faut le dire, ne sont pas nombreux. On retiendra, à titre d’exemple, un complexe touristique en cours de construction sur la rive-est de la baie juste en face de la ville. L’initiateur du projet est le propriétaire du Palais Rhoul de Marrakech.
Deuxième frein important au développement du tourisme en particulier et de l’activité économique de manière générale, la desserte aérienne. Aujourd’hui, la ligne Casa-Dakhla est assurée par la RAM à raison de quatre vols par semaine. Les autorités de la ville, avec à leur tête le wali, Hamid Chabar, jugent ce niveau encore insuffisant, d’autant plus que la liaison enregistre des taux de remplissage élevé : 90%. Toutefois, selon M. Chabar, , la direction de la RAM a confirmé qu’elle ajoutera de nouvelles fréquences sur la ville dans les semaines qui viennent pour atteindre, à terme, le palier d’un vol par jour. Mais ce n’est pas suffisant car en plus d’une liaison Casa-Marrakech, la ville est un parfait produit pour des séjours combinés avec d’autres destinations. Elle peut, selon le ministre du tourisme, profiter des flux de touristes qui viennent à Marrakech ou encore ceux des Iles Canaries qui viendraient à Dakhla pour une durée de 3 ou 4 jours.
Hormis ces contraintes, Dakhla présente manifestement des atouts et des potentiels qui ne demandent qu’à être exploités. Des étendues de terres encore inexploitées et, comme le souligne le wali, relevant du domaine privé de l’Etat, donc pouvant être aliéné, ce qui élimine le problème foncier auquel sont confrontés les investisseurs dans d’autres villes. La ville, mais surtout sa région, regorge de sites pittoresques de curiosités pouvant faire le bonheur des touristes portés sur l’aventure et le sport. La diversité de la faune marine ne peut pas laisser indifférents les amateurs de pêche sportive. Et certains sont prêts à venir de très loin et payer cher pour s’adonner à leur passe-temps favori à Dakhla.
Ce sont également les amateurs de surf et de kitesurf qui sont prêts à débourser des sommes consistantes pour glisser sur les vagues de la ville. Dans le complexe de surf, Dakhla Attitude, ils trouveront un camp de surf sympathique et bien équipé : bungalows avec tout le confort exigé, spa, installations pour les sportifs, café restaurant… Bref, tout ce qu’il faut pour qu’ils s’adonnent à leurs sports en toute quiétude.
Maintenant, pour paraphraser Bernard Vivien, patron de la seule maison d’hôtes de la ville, le Calipau, «le chemin est long, il y a tant de choses à faire encore mais il faut laisser le temps à la ville de développer doucement son produit». En tout cas, pour l’instant, si la ville ne draine pas encore les gros groupes de touristes, à l’instar d’autres destinations comme Marrakech ou Agadir, elle a du moins un noyau de clients fidèles qui l’ont découvert un jour et qui, depuis, y reviennent à chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Autre curiosité, à une vingtaine de kilomètres de Dakhla, à l’approche de l’hiver, des nuées de caravanes, conduites par des retraités européens viennent investir les lieux pour y passer quatre à six mois. La raison, la beauté du site, mais également l’ensoleillement et le climat très doux. A Dakhla, même pendant les nuits hivernales, la température se maintient au-delà de 15°.