Crowdfunding : le Maroc s’y met, depuis l’étranger

Plus de 3,5 MDH ont déjà  été collectés par le crowdfunding pour le Maroc.
L’appel à  la générosité publique étant strictement réglementé, le lancement de plateformes 100% marocaines n’est pas possible.

Le financement participatif, ou crowdfunding pour les anglicistes, a débarqué au Maroc il y a belle lurette, mais à des milliers de kilomètres de nos frontières. C’est en effet sur des plateformes de crowdfunding étrangères que des projets en lien avec le Maroc ont d’abord été financés grâce à cette méthode. Rendue possible, comme tant d’autres innovations, par Internet et les réseaux sociaux, l’émergence de cette méthode de financement désintermédié, qui met en contact directement le porteur de projet avec l’immense communauté de potentiels contributeurs que sont les internautes, a facilité le lancement d’initiatives avant-gardistes. Production de films, de musique, de spectacle ou de jeux vidéos, projets caritatifs, développement d’un produit high-tech, création de société, on trouve aujourd’hui de tout sur les plateformes de crowdfunding, généralistes ou spécialistes, qui se comptent par centaines. Sur le site de la plateforme française Kisskissbankbank, qui a récolté depuis mars 2010, date de son lancement, 24,57 millions d’euros, les projets concernant le Maroc occupent une dizaine de pages. Parmi eux, une flopée de projets concerne l’organisation d’un rallye dans le désert pour le propre compte du porteur de projet, sans réelle valeur ajoutée. C’est peut-être pour cela que Kisskissbankbank ne répertorie sur sa mappemonde que 21 projets au Maroc, dont 4 pour lesquels la collecte a atteint le montant préalablement fixé par le porteur de projet. «Depuis 2010, sur les 117 projets que nous avons recensés (sur plusieurs plateformes ndlr), 70 projets ont effectivement été financés par crowdfunding au Maroc. Plus de 3,5 MDH ont ainsi été collectés à travers le monde pour soutenir des projets au Maroc. Les projets culturels, solidaires et humanitaires représentent 90% des fonds collectés», révèle le premier baromètre du crowdfunding au Maroc, réalisé par Happy Smala, petit-frère de Smala & co, pionnière en matière de crowdfunding au Maroc. Si la tendance se poursuit, l’étude prévoit que le marché du crowdfunding au Maroc dépasse les 10 MDH dès 2016.

Une plateforme logée en France veut soutenir 20 à 30 projets marocains en 2015

Depuis quelques mois, une poignée d’entrepreneurs ont lancé, ou tentent de le faire, des plateformes de crowdfunding dédiées au Maroc. C’est le cas par exemple de Smala & co lancé en juin 2014 par deux Français installés dans le pays ou de Cotizi qui a proposé pendant un temps la collecte d’argent en ligne pour offrir un cadeau. Si la première continue de fonctionner depuis la France où elle est basée, la deuxième a dû finalement être gelée, en attendant que la législation en vigueur autorise le financement participatif. La loi 004-71 relative aux appels à la générosité publique est stricte à cet égard : «II ne peut être organisé, effectué ni annoncé d’appel à la générosité publique sur la voie et dans les lieux publics ou chez les particuliers par quelque personne et sous quelque forme que ce soit, sans autorisation du secrétaire général du gouvernement. Par appel à la générosité publique, il faut entendre toute sollicitation adressée au public en vue d’obtenir au profit total ou partiel d’une œuvre, d’un groupement ou de tiers bénéficiaires, des fonds, des objets ou produits, par un moyen quelconque (notamment quête, collecte, souscription, vente d’insignes, fête, bal, kermesse, spectacle, audition) indépendamment des loteries qui sont régies par des textes qui leur sont propres». C’est donc pour contourner le problème que Smala & co est basé en France et collecte des fonds en euros.

Depuis fin 2014, la plateforme accepte les chèques en dirhams. Depuis son lancement, elle a récolté 50 000 DH pour 2 opérations réussies sur les 7 lancées.
«En 2015, notre objectif est de recevoir 200 projets, d’en lancer entre 20 et 30 et de dépasser 1 MDH de collecte», confie Arnaud Pinier, co-fondateur de Smala & co. Un autre  obstacle se met en travers de la route du crowdfunding au Maroc. «La collecte des fonds pour compte de tiers est assujetti à un agrément bancaire délivré par la Banque centrale» nous confie un entrepreneur de la sphère digitale. S’ajoute à cela la question du code accordé par l’Office des changes pour ces transferts venus de l’étranger. La question réglementaire reste donc ouverte. «Le Maroc doit offrir un cadre légal, transparent et vertueux au crowdfunding. Celui-ci crée de la valeur, de l’emploi. Il serait dommage de se priver de cette source de financement, d’autant que le financement traditionnel devient difficile pour les jeunes entrepreneurs», explique M. Pinier. De son côté, Cotizi se cantonne pour l’instant à la collecte de fonds pour le compte d’associations autorisées par le SGG. «Ces associations sont autorisées à utiliser tout moyen pour la collecte de fond donc nous sommes un moyen. Il serait contreproductif de ne pas autoriser ce système, sachant que nous ne nous rémunérons pas pour ce type de collecte» déclare Soufiane Guerraoui, co-fondateur de Cotizi.