Croissance : près de 4,5% en 2015, pas plus de 2% en 2016

La croissance économique a été de 4,6% au troisième trimestre de 2015 et devrait s’établir à 4,7% au quatrième. Sur les trois premiers mois de 2016, la hausse du PIB ne dépasserait pas 2%, selon le HCP.

Trimestre après trimestre, la croissance économique en 2015 a suivi un trend haussier, culminant à 4,7% au dernier quart de l’année, selon les estimations du Haut commissariat au plan (HCP). Portée par une excellente année agricole, avec notamment une production céréalière record (115 millions de quintaux), l’activité économique globale pour l’ensemble de l’exercice serait ainsi en hausse de 4,5% environ.

Quels sont les facteurs qui ont stimulé la croissance au quatrième trimestre (et même d’ailleurs au troisième où le PIB avait augmenté de 4,6%)? Il y a d’abord les activités agricoles qui ont réalisé une valeur ajoutée en hausse de 14,5%, certes en léger recul par rapport aux 15,9% enregistrés au trimestre précédent. Il y a ensuite une légère amélioration de la valeur ajoutée des activités non agricoles, atteignant 2,1% contre 1,7% au troisième trimestre. Ce redressement de la composante non agricole de la croissance, explique le HCP, est surtout le fait des industries manufacturières (+2%), en particulier les industries agroalimentaires (+3,2%) et des IMME (+3%) qui ont profité de la demande extérieure adressée au secteur de l’automobile, dans le dernier cas, et aux conserves de poissons et de légumes dans le premier. Le secteur de la construction, en difficulté depuis quelque temps, serait également de retour, aussi bien dans sa composante bâtiment que de celle des travaux publics. Après une baisse de 0,3% au troisième trimestre, la valeur ajoutée du BTP aurait progressé de 0,8% au quatrième. L’augmentation des ventes de ciment de 8,8% en serait l’illustration.

L’activité électrique se serait également bien comportée avec une valeur ajoutée en hausse de 4,3% (contre 5,8% un trimestre plus tôt), tandis que la production des minerais non métalliques aurait crû de 3,6%. Le secteur tertiaire, indique le HCP, reste quant à lui sur sa dynamique entamée dès le début de l’année, même si les activités d’hébergement et de restauration ont évolué à la baisse (-1%).

Cette offre est tirée principalement par une demande intérieure assez dynamique, estiment les analystes du HCP. Ainsi, la consommation des ménages aurait augmenté de 3,5%, après 3,3% un trimestre plutôt, en lien notamment avec la hausse de l’emploi rémunéré et la modération des prix à la consommation. L’investissement, pour sa part, serait en hausse de 3,7%, porté principalement par le BTP et, dans une moindre mesure, par l’industrie.

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Cette amélioration de l’activité, relevée principalement au cours des deux derniers trimestres de 2015, devrait toutefois connaître un ralentissement au cours des trois premiers mois de 2016. Pour le HCP, qui établit cette prévision, c’est «le retournement à la baisse des activités agricoles» qui serait à l’origine de ce ralentissement. Même si la production des agrumes, des cultures fruitières et de l’élevage devrait afficher «une croissance soutenue», la récolte des céréales, des légumineuses et des cultures fourragères ne manquerait pas, elle, de se replier. Ceci en lien avec le recul de la pluviométrie automnale, d’une part, et l’effet de base, d’autre part, précise le HCP. Sous cette hypothèse, la valeur ajoutée agricole baisserait de 3,4% au premier trimestre 2016.

Amélioration anticipée de la demande étrangère

Le problème est que cette décroissance des activités agricoles, par l’effet principalement de la baisse de la production céréalière, ne serait pas compensée par celles des secteurs non agricoles. Le HCP estime en effet que la valeur ajoutée de celles-ci augmenterait au premier trimestre 2016 de 2,2% au lieu de 2% à la même période de 2015. Ce n’est pas significatif comme augmentation pour pouvoir rattraper la baisse de la valeur ajoutée agricole. Résultat : le PIB pour ces trois premiers mois de 2016 ne dépasserait pas 2% selon le HCP, au lieu de 4,1% à la même période de 2015.

Pourtant, le commerce mondial devrait évoluer dans un contexte jugé relativement favorable, eu égard à la baisse des prix des matières premières, notamment ceux de l’énergie ; ce qui, selon le HCP, devrait générer une amélioration de la demande étrangère adressée à l’économie marocaine estimée à 3%. Cette demande devrait profiter surtout aux industries manufacturières (+2,1% de hausse de sa valeur ajoutée), en particulier à l’automobile. Le secteur minier aussi devrait tirer profit du raffermissement de la demande étrangère.

Pour l’ensemble de l’année 2016, on l’a déjà vu, la Banque centrale, lors de la réunion de son conseil le 22 décembre 2015, a révisé fortement à la baisse sa prévision initiale de croissance, la ramenant finalement à 2,1%. Auparavant, le HCP, dans son Budget économique exploratoire publié en juin 2015, avait prévu une hausse du PIB ne dépassant pas 2,6%. Cela n’a pas empêché le FMI, quelques mois après, en octobre précisément, de livrer des prévisions assez optimistes : 4,9% pour 2015 et 3,7% pour 2016. Rappelons ici qu’au début de l’année 2015 et encore au printemps, l’institution de Breton Woods prévoyait une croissance de…5% en 2016. Le ministre des finances, pour sa part, maintient sa prévision de croissance de 3%.

Dans quelques jours, le HCP publiera son Budget économique prévisionnel 2016 où, cette fois, il affinera ses prévisions de juin dernier, à la lumière des évolutions observées entre-temps et des mesures introduites dans la Loi de finances de l’exercice. Que va-t-il annoncer, notamment en ce qui concerne la croissance en 2016 ? Nul ne sait pour l’instant, mais tout semble indiquer qu’il sera amené à réviser à la baisse sa prévision de juin dernier. Une hausse du PIB de 2% en 2016 serait probablement le niveau maximum à atteindre, dans un contexte où la valeur ajoutée agricole sera, à tout le moins, mécaniquement négative.

C’est que le PIB non agricole n’arrive même pas à retrouver son niveau moyen enregistré sur la période 2007-2012, à savoir 4% par an en moyenne. Ce qui amène certains analystes à considérer que le problème de l’économie marocaine est moins les variations conjoncturelles de la production agricole que l’atonie de la croissance non agricole. En 2013 et 2014, en effet, la valeur ajoutée des activités non agricoles avait crû respectivement de 1,9% et de 2%. Avec l’accroissement des impôts nets des subventions nets affectant les produits, respectivement de 14,7% et 13,4%, le PIB non agricole augmentait de 3% en 2013 et 3,1% en 2014, au lieu de 4,7% en 2012, 5,2% en 2011 et 4% en 2010. Il faut néanmoins souligner ceci : sur la période 2007-2012, la croissance était portée principalement, et même exclusivement en moyenne annuelle, par la demande intérieure. La demande extérieure ayant, elle, contribué négativement à cette croissance. Les problèmes de déséquilibres macroéconomiques intervenus par la suite ont pris leur source, au moins en partie, dans cette configuration de la croissance.

Les activités de services, appelées aussi activités tertiaires, représentent quelque 52% du PIB selon les nouveaux comptes nationaux base 2007. Jusqu’à une date récente, ces activités n’étaient pas concernées par les enquêtes de conjoncture trimestrielles auprès des chefs d’entreprises. Ce vide est désormais comblé. Le HCP vient en effet de publier une enquête de conjoncture trimestrielle couvrant les services marchands non financiers et le commerce de gros. Selon les anticipations des chefs d’entreprises opérant dans les services marchands non financiers, pour le quatrième trimestre 2015, la situation se présente sous un jour plutôt favorable. Et cela concerne aussi bien l’activité globale du secteur que l’emploi, anticipés à la hausse l’un et l’autre. Dans le commerce de gros, les opérateurs anticipent également une hausse des ventes, mais une stabilité aussi bien des effectifs employés que des carnets de commandes.