Croissance : le Plan prévoit 1,6% en 2007 et 5,8% en 2008

Le taux de croissance pourrait s’améliorer au deuxième semestre 2007
La prévision pour 2008 se base sur une reconduction de l’actuelle Loi de finances et une récolte de 60 millions de quintaux.

Quand l’agriculture va, tout va… C’est si vrai au Maroc que le fléchissement de la production agricole – céréalière surtout – durant la campagne 2006/2007, enregistrant un petit volume de 20,5 millions de quintaux, contre 93 millions une année auparavant, a fait brusquement chuter le niveau de la croissance économique. Selon les estimations du Haut commissariat au plan (HCP), le PIB croîtrait en effet de 1,6% en 2007, contre 8% en 2006, en raison notamment de la baisse de la valeur ajoutée du secteur primaire de 17,2%. Et cette baisse, nous dit le HCP, aurait été plus accentuée n’était l’évolution «satisfaisante» des autres cultures végétales.

Mais, ce qui a permis d’éviter une réédition de la situation de 1999 où la croissance était presque nulle, c’est surtout la consolidation des performances des activités non agricoles. Le HCP estime en effet que les secteurs secondaire et tertiaire (BTP, industries de transformation, tourisme, télécommunications et services financiers) réaliseraient cette année une valeur ajoutée en progression de 4,7%. En revanche, les secteurs de l’énergie, des transports et du commerce ne connaîtraient pas d’évolution significative, ils seraient même en situation de stagnation.

Toutefois, rien n’est définitivement joué : pour peu que les exportations maintiennent leur niveau de progression (+12% depuis 2005) et que les investissements s’accroissent au courant du deuxième semestre de cette année, la croissance pourrait encore s’améliorer, estiment les conjoncturistes du HCP.

Le secteur tertiaire de plus en plus prépondérant
Cette activité économique interviendrait dans un contexte marqué par un niveau d’inflation légèrement en-dessous (2,6%) de celui enregistré en 2006 (3,2%). Concernant les emplois du PIB, la consommation finale serait moins soutenue (+5,8%) qu’en 2006 (+7%), en raison notamment de la baisse de la consommation des ménages, consécutivement aux résultats défavorables de la campagne agricole. Par contre, la consommation des administrations publiques connaîtrait, elle, une hausse de 9,4%, un rythme bien supérieur à celui de 2006 (+ 4,6%). L’investissement brut, autre partie des emplois du PIB, s’améliorerait légèrement en passant de 31,6% en 2006 à 31,% du PIB.

Sur cette base, le HCP a tenté d’explorer la situation qui devrait prévaloir en 2008, mais ces prévisions ne tiennent pas compte des changements qui pourraient intervenir à l’autonome prochain (après les élections législatives de septembre). Autrement, les prévisions pour 2008 sont établies sur la base de l’actuelle Loi de finances, nonobstant les aménagements fiscaux ou autres que le futur gouvernement déciderait ou non de mettre en place.

Selon des sources au HCP, les hypothèses sur lesquelles sont construites les prévisions pour 2008 concernent la réalisation d’une récolte céréalière moyenne de 60 millions de quintaux, la reconduction de la politique budgétaire actuelle de l’Etat (hausse des investissements publics et incitations au secteur privé) et le renforcement de la demande étrangère adressée au Maroc, suite au maintien d’une croissance mondiale robuste (4,9%, soit le même niveau estimé pour 2007).

Sous ces hypothèses, les activités non agricoles poursuivront leur progression, grâce notamment à l’expansion des investissements, des exportations et de la consommation des ménages, la croissance en 2007 serait de 5,8%. En effet, le HCP prévoit le maintien du rythme de progression du secteur non agricole (5% au lieu de 4,7% en 2007), avec toutefois une évolution notable du tertiaire qui prend une part de plus en plus importante dans la croissance économique.

La part du secteur tertiaire dans le PIB atteindrait 63,3% en 2008 au lieu de 63,1% en 2007 et 61,3% en 2006. Il dégagerait une valeur ajoutée en hausse de 5,2% en 2008, contre 4,7% en 2007. Les exportations de biens et services (y compris les recettes de voyages) croîtraient de 10,8%, tandis que les importations de biens et services (y compris les dépenses de voyage) connaîtraient une hausse de 12,9% contre 14,5% en 2007 ; le niveau élevé des importations en 2007 ayant résulté notamment sous l’effet de la sécheresse et donc l’importation de produits agricoles.

Quant aux prix, leur accroissement devrait continuer à être maîtrisé grâce au soutien de l’Etat des produits énergétiques, notamment. L’inflation serait ainsi de l’ordre de 2,4%.

Zoom
Faut-il changer la date des législatives ?

La Loi de finances 2008 connaîtra-t-elle des problèmes de calendrier ? Avec les élections législatives qui auront lieu le 7 septembre prochain, les délais nécessaires pour l’annonce des résultats et la constitution du nouveau gouvernement, la future équipe aura-t-elle le temps de jeter un coup d’œil sur le projet de budget en préparation ? Surtout, quel contenu donner à ce projet, sachant que la future majorité qui devra le défendre devant le Parlement ne sera connue qu’une fois le projet ficelé ? En fait, ces questions sont plus théoriques que pratiques.

Le projet de Loi de finances ne devrait pas varier par rapport à l’actuelle Loi de finances et, si modifications il y a, un texte rectificatif sera introduit au Parlement.

En 2002, le gouvernement Youssoufi sortant avait tout simplement reconduit la Loi de finances de 2002 pour 2003.
Malgré tout, le calendrier actuel mérite d’être revu. L’ouverture du Parlement en octobre étant trop proche des élections, il serait plus indiqué de changer cette date (pour mars ou avril par exemple) pour laisser le temps nécessaire à la préparation de la Loi de finances.