Crédit conso : Salafin rattrape son retard en termes de part de marché

L’absorption de Taslif permettra à la filiale de BMCE Bank de monter à 12% des parts de marché. Jusqu’ici, la société privilégiait un développement peu soutenu mais rentable. La diversification du mix produits sera renforcée.

Le rapprochement initié en juin 2015 entre BMCE Bank of Africa et Saham Assurance se poursuit. Les deux groupes ont officialisé, lundi 26 janvier, la fusion de leurs filiales dans le crédit à la consommation, Salafin et Taslif. En vertu de cet accord, la première absorbera la seconde avec pour ambition de devenir un grand groupe homogène, performant et dynamique dans le secteur du crédit à la consommation. «Un plus un sera supérieur à deux», a affirmé Brahim Benjelloun Touimi, président de BMCE Bank of Africa.

A deux, elles seront mieux outillées pour faire face au ralentissement que traverse ce secteur depuis plus de dix ans. Une perte de vitesse expliquée notamment par une relative baisse de la demande, une montée des risques dans un environnement empreint d’incertitudes, une politique d’octroi de crédits plus sélective, ainsi qu’une concurrence plus accrue des banques de la place.

Le secteur est également marqué par la domination d’un nombre réduit d’acteurs, souvent adossés à des banques. Sur 15 sociétés, sept captent plus de 85% de l’activité, la première étant Wafasalaf qui détient une part de marché de 33% (à fin 2016). Le rapprochement stratégique entre les deux entités impactera incontestablement la configuration du secteur dans le sens où le nouvel ensemble détiendra 12% du marché pour des encours de crédits de 4,5 milliards de DH et se hissera parmi les acteurs de référence en termes de Produit Net Bancaire (1 milliard de DH), de résultat net et de rentabilité, avec un ratio de solvabilité à plus de 20%.

En analysant les réalisations de la société absorbante Salafin, l’on constate qu’elle fait preuve d’une grande résilience depuis 2014. Après une phase difficile de 3 ans ayant engendré une chute de ses encours, en raison des mutations du secteur mais également à cause de facteurs intrinsèques (dérapage des charges et du coût du risque…), le spécialiste du crédit à la consommation a enchaîné les performances financières. A fin juin 2017, il a réalisé une hausse qualitative de son PNB de 2%, à 185,3 MDH. Cette croissance est due à la fois à une amélioration des produits d’intérêt concomitamment à la réduction du coût de refinancement, et  à une amélioration de la marge sur commissions à l’international (près du tiers de l’activité).

Sur le même trend, le résultat brut d’exploitation s’est raffermi de 6%, à 138,5 MDH et le résultat net de 3,6%, à 71MDH. Les encours de crédits ont également progressé de 2,4%, à 2,47 milliards de DH, en rupture avec la stagnation observée durant les derniers exercices.

Une structure financière solide

A l’occasion d’une valorisation de Salafin effectuée en mars 2017, les analystes d’Attijari Intermédiation avaient noté que la société, dans sa stratégie de développement privilégiant la rentabilité financière aux parts de marché, évolue volontairement à contre-courant en poursuivant sa concentration sur le développement du crédit personnel (non affecté) tout en maintenant une évolution positive -mais inférieure au marché- de ses financements automobiles. Ainsi, les crédits auto ne représentent plus que 45,3% de ses encours 2016 (53% pour le marché) contre 48,7% à fin 2011. Une stratégie coûteuse en termes de part de marché, avec un repli de celle de Salafin de 6,6% en 2011 à 5,9% en 2016. Toutefois, elle permet à la société de préserver ses marges opérationnelles ainsi que la rentabilité financière de ses activités et celle des actifs gérés. Avec cette absorption, Salafin rattrapera son retard en termes de poids sur le marché tout en maintenant sa profitabilité.

Quoi qu’il en soit, les analystes pensent que la société devrait tirer davantage sa croissance du développement de l’activité génératrice de commissions Fee Business (prestations de services pour d’autres sociétés financières)  aussi bien au Maroc qu’en Afrique subsaharienne. Globalement, elle présenterait le profil d’une compagnie qui dispose d’une activité équilibrée et profitable. Ceci apparaît particulièrement dans la diversification des contributeurs au PNB mais également au niveau des indicateurs de rentabilité avec une marge nette de 37,3% et un ROE en amélioration continue à 21,6% à fin 2016. Une diversification du mix produits qui sera certainement renforcée suite à l’absorption de Taslif avec le lancement de nouveaux produits. Salafin affiche également une structure financière solide compte tenu de son ratio de solvabilité élevé (19,6%).