Crédit carbone : potentiel de financement de 850 MDH par an pour le Maroc

7 millions de tonnes de crédit carbone à  vendre dans le cadre des MDP Une soixantaine de projets de mécanismes de développement propre sont à  l’étude au Maroc.

Qui a dit que l’environnement ne rapportait rien ? Depuis la mise en ratification du protocole de Kyoto qui vise la réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, en 2005, les projets respectant l’environnement sont – étrangement – devenus séduisants ! Explication : le marché mondial des mécanismes de développement propre (MDP), dont le crédit carbone se chiffre à plus de 60 milliards de dollars. Signalons d’abord que le crédit carbone correspond à un mécanisme économique et financier élaboré dans le cadre du protocole de Kyoto et visant à récompenser l’instauration de technologies de réduction des émissions dans les pays en voie de développement et, surtout, à les monnayer. En clair, les entreprises d’un pays peuvent dépasser leur quota d’émission de gaz à effet de serre, mais, en échange, elles doivent financer des projets qui permettront à d’autres pays de réduire d’autant leur niveau de pollution.

L’assaut des intermédiaires
Si, au début, le marché n’intéressait pas beaucoup les industriels, ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à lorgner la manne du crédit carbone. Et il n’y a pas que les industriels qui s’y mettent puisque de gros fonds financiers se précipitent sur le créneau. Le dernier en date est le Fonds capital carbone Maroc (FCCM), dont la création vient d’être annoncée par la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) qui en détient 50%, les 50% restants étant détenus à parts égales par la Caisse (française) des dépôts et consignations (25%) et la Banque européenne d’investissement (25%). Créé en janvier 2007 et doté d’une capacité de 200 MDH, «ce fonds entend encourager les projets de développement propre et les énergies renouvelables», explique Hassan Laâziri, directeur général d’Accès Capital Atlantique, filiale de la CDG qui assure la gestion dudit fonds. Mais, derrière les déclarations d’engagement et de développement propre se cache une autre raison. Et comme à l’accoutumée, elle est sonnante et trébuchante. M. Laâziri le confirme d’ailleurs : «Aujourd’hui, l’environnement se révèle être un investissement assez rentable à terme».
Rentable pour qui ? Initialement destiné aux pays industrialisés qui achètent le crédit carbone auprès des pays en voie de développement, ce marché est de plus en plus investi par des intermédiaires qui ne sont autres que les fonds dédiés, comme celui de la CDG. Ceux-ci achètent le crédit carbone d’une entreprise donnée en finançant un projet de développement propre (parc éolien, décharge, énergie solaire). Le projet est alors financé en contrepartie du crédit carbone. Lorsque ce dernier est acquis, le fonds peut le revendre sur le marché international aux firmes industrielles des pays développés (à l’exception des Etats-Unis qui refusent toujours de ratifier le protocole de Kyoto).
«Le crédit carbone se comporte alors comme une action en Bourse. Acheteurs et vendeurs se retrouvent d’ailleurs dans une Bourse mondiale du crédit carbone pour effectuer leurs opérations d’achat et de vente», explique Ali Agoumi, représentant de la société Ecosecurities au Maghreb. Cette société fait partie des rares concurrents de la CDG au Maroc. Mais s’ils sont encore rares, les concurrents ne sont pas moins compétents. «Le marché marocain des MDP attire de plus en plus de gros opérateurs mondiaux tel qu’EDF (ndlr : Electricité de France). Il existe une soixantaine de fonds dédiés au crédit carbone dans le monde et une dizaine d’entre eux investissent progressivement le marché national», souligne M. Laâziri.

Le crédit carbone coûte environ 11 euros la tonne
Il faut dire qu’il existe aujourd’hui une soixantaine de projets en cours de validation par l’autorité nationale MDP Maroc. Dépendante du Secrétariat chargé de l’environnement, cette autorité est compétente pour délivrer l’approbation écrite qui confirme que le projet est volontaire, conforme aux critères nationaux et qu’il contribue au développement durable et propre du pays. Sur la soixantaine de projets actuellement à l’étude, on retrouve quelques gros marchés tels que la centrale thermo-solaire de Aïn Béni Mathar, développée par l’ONE, qui représente un crédit carbone de 993 000 tonnes par an. Il y a aussi la station de captage et brûlage en torchère de biogaz de la nouvelle décharge de Casablanca, avec une valorisation énergétique en option générant un crédit carbone équivalant à 500 000 tonnes par année. Ces projets ont une durée de vie moyenne de dix ans. Mais certains vont même jusqu’à 20 ans, voire 50 ans. Sachant que le crédit carbone coûte aujourd’hui 11 euros la tonne sur le marché international, les projets pouvant atteindre des crédits de 500 000 tonnes, par exemple, rapportent jusqu’à 60 MDH par an à l’entreprise vendeuse.
«Les projets à l’étude dans le portefeuille Maroc peuvent rapporter jusqu’à 7 millions de tonnes de crédit carbone par an», renchérit M.Agoumi, soit, au cours actuel du marché, 77 millions d’euros ou encore 850 MDH/an. Pour lui, si le marché d’acquisition de crédit carbone est de plus en plus investi par les intermédiaires, celui de la vente est toujours dominé par l’ONE et les cimentiers.