Crédit aux entrepreneurs : la machine tourne à plein régime !

Dans un marché du crédit atone, leurs concours de trésorerie sont en hausse de 10,5% et leurs crédits d’investissement augmentent de 45%. Les bénéficiaires sont des entrepreneurs réalisant un chiffre d’affaires de 500 000 DH à 3 MDH et exerçant surtout dans le commerce, les services et l’artisanat. En plus de la volonté des banques d’accompagner cette population, le statut de l’auto-entrepreneur commence à faciliter l’accès au crédit.

Les entrepreneurs sont parmi les premiers à profiter du financement bancaire ces derniers temps. A fin octobre, alors que les crédits de trésorerie aux entreprises privées sont en baisse de 1,2% (140 milliards de DH) et les crédits à l’équipement en très légère hausse de 1,2% (92 milliards), les entrepreneurs individuels, eux, ont bénéficié de 13,6 milliards de DH de crédits de trésorerie et de 11,8 milliards de crédits d’investissement, respectivement en hausse de 10,5% et 45%. Pour les banquiers, il s’agit d’un très bon signal qui illustre que cette population entreprend, fait tourner les affaires, enregistre des besoins et est, surtout, de plus en plus servie par le secteur bancaire. Constat d’autant plus intéressant, lorsque l’on sait que cette population (qui comprend les professions libérales, les petits promoteurs immobiliers, les entreprises individuelles qui exercent des activités commerciale ou artisanale, l’industrie de proximité…) constitue une bonne frange du tissu productif, dominé à 92% par la TPE, selon l’estimation d’Inforisk.

En général, les bénéficiaires des crédits sont des structures réalisant un chiffre d’affaires allant de 500 000 DH à 3 MDH et exerçant en premier lieu dans le commerce, les services et les métiers de l’artisanat. Des banquiers expliquent cette bonne orientation du crédit aux entrepreneurs par la grande volonté affichée du secteur bancaire à accompagner les opérateurs de ce segment qui constitue le potentiel de développement futur des banques. «L’entrepreneur et la TPE d’aujourd’hui sont la PME structurée et le grand groupe de demain», souligne-t-on dans le secteur.

Clientèle rentable malgré des risques plus élevés

Dans cet esprit, plusieurs banques de la place ont prévu des enveloppes au financement des entrepreneurs individuels et de la TPE. Les plus impliqués à ce jour, Attijariwafa bank qui consacre 5 milliards de DH à 20 000 TPE (deux campagnes) et la BCP qui offre des taux préférentiels à cette cible. Les autres banques développent des produits spécifiques pour cette même clientèle. Avec la volonté de s’attaquer de front à ce filon, l’offre de crédits et services financiers a suivi et est aujourd’hui nettement plus étoffée. Un banquier relève que même si la clientèle a un profil de risque spécial, le business est très rentable. «Aujourd’hui, les entrepreneurs individuels, dont une majorité de forme juridique personne physique, pèsent 20% de notre PNB, et représentent un potentiel énorme dans l’équipement en produits», confie le responsable du marché de l’entreprise d’une grande banque. Cet accompagnement bancaire est très visible dans les chiffres de la Caisse centrale de garantie (CCG). Ses engagements au titre de Damane express (couvrant 70% des crédits aux entrepreneurs dans la limite de 1 MDH) sont en hausse de 60% à fin septembre. Les principaux secteurs bénéficiaires de la garantie sont l’industrie (27%), le commerce et distribution (27%) et le BTP (22%).

Force est de constater que le statut de l’auto-entrepreneur, qui compte à octobre environ 34 000 inscrits, commence aussi à avoir des retombées sur l’accès au crédit. «Pour l’établissement bancaire, comme pour l’ensemble des partenaires de l’entrepreneur, avoir le statut donne plus de crédibilité à l’opérateur», analyse un responsable de Maroc PME.

Un bémol cependant, les crédits aux entrepreneurs spécialisés dans la petite promotion immobilière sont en retrait de 8%, à 18 milliards de DH. Les turbulences qui prévalent encore sur le secteur poussent les banques à étudier avec beaucoup plus de précaution leur décision d’octroi, d’où une baisse du flux d’affaires sur les dernières années.

Les entrepreneurs individuels de moins en moins risqués

En dépit des risques, force est de constater que les créances en souffrance de cette clientèle continuent leur tendance baissière. A fin octobre, l’encours a été ramené de 6,3 à 4,6 milliards de DH, soit une baisse de 27,4%. C’est une tendance qui se confirme d’année en année. En 2015, l’encours des crédits difficile a régressé de 12%. Selon les banquiers sondés, ce recul s’explique par plusieurs facteurs. Déjà, toutes les banques ont mis en place des systèmes de scoring spécifiques à cette population. Ce qui leur permet d’évaluer et de prévenir les possibilités de défaillances. «Nous avons mis en place un traitement similaire à la distribution de crédit aux particuliers. Donc le risque n’est plus un frein pour traiter avec les entrepreneurs et la TPE», ajoute le banquier. En deuxième lieu, les montants en jeu (généralement des sommes modiques par rapport aux échéances des PME et des groupes) sont plus faciles à rembourser.

Pour le responsable de Maroc PME, l’entreprise individuelle est beaucoup moins risquée que ce que l’on pense. Il explique qu’avec des crédits de 10 000 à 60000 DH en moyenne et des redevances très légères, les bénéficiaires finissent souvent par rembourser. «Ils sont très réguliers et rigoureux parce qu’ils ne veulent pas mettre en danger leur outil de subsistance, qui représente souvent leur projet de vie», nuance un responsable chez Inforisk. Ceci est d’autant plus vrai que, pour une majorité de ces entrepreneurs, les patrimoines personnels et professionnels se chevauchent. Le directeur développement d’une banque ajoute une autre raison à cette amélioration du risque des entrepreneurs. Il explique que sur les quatre dernières années, à l’instar de plusieurs secteurs et métiers, l’entreprenariat individuel a amorcé un processus d’assainissement qui a écarté du marché les plus risqués. «Dans des conjonctures difficiles, le marché élimine automatiquement les opportunistes et les acteurs qui ne sont pas du métier et garde ceux qui peuvent honorer leurs engagements vis-à-vis de tous leurs partenaires dont le banquier», explique-t-il.