Crédit à  la consommation : le grand nettoyage est amorcé

Eqdom, Wafasalaf, Salafin et Assalaf Chaabi tirent leur épingle du jeu.
La baisse du TEG et les nouvelles normes de provisionnement révèlent la fragilité du secteur.

Comme on devait s’y attendre, les résultats semestriels des sociétés de crédit à la consommation confirment les anticipations des analystes qui prévoyaient des soubresauts pour le secteur. En effet, l’entrée en vigueur de la circulaire 19/G/2002 de la banque centrale, qui durcit les normes de provisionnement, et la baisse continue du TEG (taux effectif global), fixé à 14,02 % depuis le 1er octobre, ont fait vaciller bon nombre de sociétés dont quelques grosses pointures telles Diac Salaf, SOFAC, Crédor et BMCI Salaf. Cette «vérité» des comptes a mis à nu les matelas de créances en souffrance, jusqu’alors moins patentes, écornant sérieusement la rentabilité affichée au 30 juin 2003. Ainsi, les résultats nets sont globalement en repli de 8% malgré l’expansion appréciable du PNB (+9 % en moyenne). Toutefois, les grosses cylindrées comme Eqdom, Wafasalaf, Salafin et Assalaf Chaabi arrivent à tirer leur épingle du jeu. L’adossement de ces dernières à de grands groupes bancaires n’est sans doute pas étranger à cette distinction.

La LOA, nouvelle panacée… et nouveau risque
Pour Eqdom, l’absorption de Sogecrédit semble avoir été bien digérée et réussie au niveau organisationnel comme en témoignent les indicateurs financiers. Le PNB (produit net bancaire) a enregistré une hausse de 16 % à 230 MDH, tandis que le résultat net marque une remarquable évolution de 30 % à 65,1 MDH, malgré l’effort maintenu de provisionnement. Les dotations pour créances en souffrance totalisent ainsi 70 MDH, en progression de 11 % par rapport à l’exercice précédent.
Parallèlement, la société a judicieusement géré son refinancement. Le résultat est que les charges d’intérêt sont en recul de 17 % suite à des levées de fonds opportunes sous forme de BSF (bons de société de financement) dont l’encours s’est hissé à 1,5 milliard de dirhams (+23 %).
Quant à Wafasalaf, elle se montre toujours très agressive commercialement. Son réseau en continuelle expansion lui permet de garder sa deuxième place avec une part de marché de 21,6 %.
Pour le premier semestre, elle a réussi à dégager un résultat net en progression de 25 % à 35 MDH. Toutefois, l’expansion des encours des crédits à la clientèle à 3,43 milliards de dirhams (+4,9% contre +2,3 % pour les secteurs) et la progression corrélative de 9 % de la marge d’intérêt ne sauraient masquer quelques fausses notes qui risquent de jaillir au grand jour à la fin de l’année: l’activité LOA (location – de voiture – avec option d’achat) est toujours déficitaire (- 6 MDH) et le coefficient d’exploitation se dégrade sérieusement de 10 points et atteint 46,4 %.
Après cinq années seulement d’existence, Salafin, la filiale de la BMCE, est apparemment sur la bonne voie. Les bénéfices cumulés ont déjà atteint 31 MDH (pour un capital de départ de 100 MDH) et le total bilan a dépassé 1,3 milliard de DH, ce qui le situe au sixième rang en terme de taille. Fer de lance de son activité, le produit LOA (location option achat), sur lequel la société a misé dès le départ avec une maîtrise évidente de ses rouages, devient prépondérant aussi bien pour le PNB, auquel il contribue à hauteur de 97 %, que pour le bilan, dont les immobilisations données en crédit bail représentent 70 %. Résultat: son PNB réalise la meilleure progression du secteur avec +50 % à 38,4 MDH, tandis que le bénéfice net épouse une tendance encore plus affirmée avec une croissance de 93 %, à 6,7 MDH.
Toutefois, la force de Salafin risque de devenir aussi son talon d’Achille ! En effet, la régression du crédit classique, suite à la décision d’abandonner certains produits jugés assez risqués, risque de rendre la société tributaire du seul produit LOA. La dynamisation du produit Salaf Wadif lancé à destination des fonctionnaires et la révision de la stratégie de commercialisation du crédit revolving devront permettre à la société d’éviter cet écueil.
Enfin, et toujours parmi celles qui tirent leur épingle du jeu, après une longue traversée du désert où les déficits cumulés ont totalisé 74 MDH (pour un capital de 165 MDH), Assalaf Chaabi, filiale de la BCP, reprend des couleurs. Tous les indicateurs ont viré au vert.
Le PNB grimpe à 65 MDH, soit une hausse de 24% comparativement au même semestre de l’année précédente. Conjuguée à cette performance, la maîtrise des charges permet au coefficient d’exploitation de se replier à 29,7 %, l’un des meilleurs ratios du secteur.
En définitive et malgré le maintien du même niveau de provisionnement, le bénéfice net explose en progressant de 113 % à 25,9 MDH.  

Les petits et moyens auront du mal à survivre
Du côté des autres sociétés, on relève que la Sofac continue sa descente aux enfers. Pour le jeune directeur général, qui hérite d’une gestion approximative, ce ne sera sans doute pas une partie de plaisir.
La crise persiste et le groupe BMCE qui avait, un moment, des velléités sur la société devrait se réjouir de ne s’être pas davantage aventuré. En effet, la situation se corse à tous les niveaux. L’encours de crédits nets est en recul de 23 % à 171 MDH, entraînant une baisse de 30 % de la marge d’intérêt. Le PNB, lui, cède 15 % et le RBE (résultat brut d’exploitation) chute de -30 % à cause de l’absence de maîtrise des charges d’exploitation en hausse de 5 %.
Pour Diac Salaf, les résultats du premier semestre 2003 sont assez décevants, à l’instar du précédent exercice. Si le PNB a été sauvé (+14 % à 35,6 MDH), grâce aux «autres produits bancaires» qui dégagent exceptionnellement 9,5 MDH, le bénéfice s’est limité à
500 000 DH eu égard au niveau des dotations aux provisions qui ont totalisé 17,2 MDH, en augmentation de 167 % par rapport au premier semestre 2002. Et, visiblement, la société est loin d’être au bout de ses peines car le sous-provisionnement est encore manifeste. Elle devrait vraisemblablement se résigner à plomber sérieusement ses résultats prévisionnels 2003 et 2004.
Acred, filiale d’AXA Assurances Maroc, réalise également un bilan semestriel mitigé. Son chiffre d’affaires ainsi que sa part de marché (4,4 % contre 4,8 % un an auparavant) sont en baisse malgré la mise en place d’un plan de développement ambitieux pour la réussite duquel des cadres d’AXA Crédit (du pool bancaire d’AXA France) ont été envoyés en renfort. Le PNB stagne à 26,4 MDH et la productivité se dégrade avec un coefficient d’exploitation qui se détériore de 31 %. Toutefois le relâchement des provisions autorise une nette hausse du bénéfice qui s’est établi à 2,8 MDH.
A son crédit toutefois, elle dispose d’un portefeuille relativement plus sain que les autres sociétés du second groupe. Mais tout de même, avec un taux de contentieux de 35 %, elle doit encore faire ses preuves pour pouvoir entrer dans la cour des grands.
Enfin, il est à relever que les petites structures, qui n’ont généralement qu’un petit réseau, ne survivront certainement pas à la mise à niveau du secteur à moins de s’offrir en pâture à des acteurs plus gros en quête d’amélioration de parts de marché