Crédit à  la consommation : la production baisse, les créances en souffrance s’accumulent

L’évolution positive de l’encours global masque les difficultés du secteur.
Les crédits à  l’équipement
des ménages s’effondrent : -27%.
Crédit auto : moins de voitures financées mais des montants plus importants en raison de la diminution de l’apport personnel.
En 2010, la priorité sera donnée
à  la réduction des créances en souffrance.

Le crédit à la consommation vit une année particulièrement pénible. Après avoir réalisé des évolutions historiques en 2007 et en 2008, les sociétés de financement accusent le contrecoup de la crise économique.
Les chiffres globaux relatifs à l’encours global du crédit à la consommation publiés par l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF) pour les 9 premiers mois de cette année ne le montrent peut-être pas, mais, dans le détail, la situation est plus que préoccupante. En effet, tels que publiés par cette association, les chiffres relatifs à l’encours des crédits à la consommation affichent un bon 9% de plus qu’à fin septembre 2008 avec un encours global (il comprend non seulement les nouveaux crédits, mais également les anciens majorés des intérêts de base et les intérêts de retard) de 38 milliards de DH contre 35,3 un an auparavant. Ventilé par utilisation, il fait apparaître que les crédits auto et les crédits personnels tirent leur épingle du jeu en réalisant respectivement une évolution positive de 9,8%, et 12,2% alors que les crédits d’équipements et le revolving accusent un repli de 27% et de 3,9%.
Mais la réalité est bien différente car l’encours aurait pu croître de manière moindre en raison de remboursements de crédits qui théoriquement devaient se faire. Les créances en souffrance ont enregistré une hausse vertigineuse de 19% pour s’établir à 3,8 milliards de DH contre 3,2 à fin septembre 2008. Elles représentent désormais 10% du montant de l’encours global (38 milliards de DH). «La montée en puissance des créances en souffrance était prévisible dès le début 2009 en raison de l’augmentation des impayés. Par conséquent, plusieurs sociétés de financement avaient doublé leurs dotations nettes de reprise aux provisions», analyse un professionnel du crédit.
En effet, la publication des chiffres des sociétés de financement au terme du premier semestre 2009 montre bien que ces dotations sont passées de 105 MDH à 284 millions, soit une croissance de 170% (cf. La Vie éco du
2 novembre 2009. www.lavieeco.com)
Un malheur n’arrivant jamais seul, ces organismes de crédit ont vu leur production nette de crédit chuter de
8% à fin septembre dernier pour passer à 11,4 milliards de DH contre 12,4 milliards un an auparavant.
Et ce sont les crédits d’équipement qui ont été le plus touchés avec un plongeon de 27%. «La chute des crédits à l’équipement prouve si besoin est que le crédit à la consommation se porte très mal en 2009. D’ailleurs, tous les professionnels de ce secteur s’attendent à terminer cette année sur une baisse de 10% environ», souligne la même source.

Faible visibilité pour les mois à venir

Le crédit auto ne va guère mieux. Et si l’encours de ce type de crédit affiche une évolution positive, il en va autrement pour la production qui s’est dépréciée de 12% à fin septembre dernier pour s’établir à 3,7 milliards de DH contre 4,2 milliards de DH durant la même période de l’année dernière. Le nombre des voitures financées a également chuté de 17%, à 31 450. Signalons que le marché de l’automobile  a accusé un recul de 8% depuis début 2009. A fin novembre, il ne s’est écoulé que 85 689 véhicules contre
93 258 à la même période de l’an dernier.
Pour compenser cette baisse, le montant moyen de financement des véhicules a, quant à lui, augmenté pour passer de 112 000 DH à 120 000 DH. «L’augmentation du montant moyen de financement correspond en fait à la baisse de l’épargne et donc de la part de l’autofinancement. En d’autres termes, tout ce qui augmente le montant moyen de financement fait baisser l’apport personnel», explique un analyste financier spécialiste des crédits à la consommation.
En ce qui concerne 2010, les professionnels restent perplexes et assurent que le manque de visibilité les empêchent de faire des projections. Ils s’accordent néanmoins à dire que la réduction du taux de créances en souffrance reste un chantier prioritaire.
C’est d’ailleurs ce qui se dégage de la traditionnelle réunion du 4e trimestre du conseil de l’APSF qui s’est tenue jeudi 3 décembre et qui a enregistré pour la première fois la participation d’Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib.
Lors de cette réunion, des chantiers importants tels que la mise en place du dispositif de médiation de l’association, le fonctionnement du crédit bureau qui vient de démarrer, l’organisation prochaine des premières assises nationales du factoring ainsi que de la lutte contre le risque de surendettement des ménages ont été discutés.