Crèches privées : jusqu’à  2 200 DH par mois pour faire garder son enfant !

Les tarifs ont fortement augmenté ces dernières années : au minimum 1 000 DH par mois actuellement. Les établissements les plus chers justifient leurs prix par la qualité des prestations. D’autres pratiquent des prix trop élevés par rapport aux services proposés.

L e travail des mères, l’indisponibilité ou l’éloignement des grands-parents ou de la famille et la rareté des nurses font le bonheur des crèches. De plus en plus de jeunes couples y ont recours pour pouvoir vaquer à leurs activités professionnelles ou tout simplement par souci de voir leur progéniture acquérir quelques connaissances de base avant l’entame du cycle primaire. Comme chaque rentrée scolaire, c’est donc le rush pour trouver la «bonne crèche». Car en plus de la qualité souhaitée, la bonne crèche obéit à des critères subjectifs. «Il faut qu’elle ne soit pas trop éloignée du domicile, que le coût soit abordable et que l’encadrement soit de qualité», comme l’explique la directrice d’un établissement à Casablanca. Bien entendu, la classification des critères varie d’une famille à une autre.

Deux à trois éducatrices pour 15 enfants

Mais, majoritairement, les parents sont en premier lieu soucieux du coût, qui d’ailleurs augmente régulièrement. Selon plusieurs responsables de crèches que La Vie éco a rencontrés et qui ont tenu à garder l’anonymat, pour des raisons de concurrence ou de réputation de l’établissement, la facture mensuelle variait entre 700 et 1 000 DH au début des années 2000, en plus des frais d’inscription qui atteignent 2 000 DH. Aujourd’hui, nous en sommes bien loin. Il faut prévoir entre 1 500 et 2 200 DH par mois, en plus des frais d’inscription qui se montent désormais à 3 000 DH. Ces tarifs ne sont toutefois pratiqués que par les crèches quelque peu huppées et bien situées. Dans d’autres, le tarif moyen est de 1 000 DH par mois, sans compter les frais d’inscription de 1 500 DH.
Cet écart est essentiellement lié à la qualité du service, se défend-on. «Pour avoir des prestations de qualité, surtout qu’il s’agit d’enfants en bas âge, il faut investir dans l’encadrement humain et dans les équipements. Sans compter qu’il faut, pour être dans un quartier bien situé, payer cher le foncier, surtout dans des villes comme Casablanca ou Rabat», commente une directrice.
A l’évidence, la prestation de la crèche n’est pas circonscrite à la garde des enfants. «Aujourd’hui, nous sommes bien loin du concept de pure et simple garderie d’enfants. Ceux-ci doivent s’épanouir et s’ouvrir sur l’environnement dès leur plus jeune âge. C’est pourquoi nous proposons plusieurs prestations en fonction des tranches d’âge», indique la directrice d’une crèche. Il est vrai en fait que plusieurs établissements proposent des activités ludiques, des jeux instructifs permettant de développer la psychomotricité des enfants, des sorties pour la découverte de l’environnement, du théâtre, du chant, de la danse et enfin en dernière année, soit avant la maternelle, une initiation à la lecture et à l’écriture. Globalement, ces prestations sont assurées en arabe et en français. Cependant, précisent les responsables des crèches, les parents mettent l’accent sur l’apprentissage de la langue française en vue de faire passer, dès la première année de maternelle, le test d’entrée aux écoles françaises.
Il reste que la demande croissante attire dans le secteur des entrepreneurs non outillés pour le métier et ne disposant pas de compétences nécessaires. Au delà de l’éventail de prestations présenté dans les brochures, c’est le savoir-faire des éducatrices qui reste la pierre angulaire de la qualité. L’expérience racontée par cette mère de famille qui a placé son enfant de 18 mois en demi-journée dans une crèche à Casablanca –à 1 200 DH par mois- ! est éloquente. Elle s’est vue reprocher par une des éducatrices le fait que son enfant soit «mal élevée», alors que la petite fille n’a que 18 mois ! Un exemple parmi tant d’autres…
Notons que les crèches sont régies par la loi 40-04 publiée au Bulletin officiel du 20 novembre 2008. Chaque année, elles accueillent en moyenne une centaine d’enfants de trois mois révolus à quatre ans, généralement répartis en classe de 15 et encadrés par deux à trois éducatrices. Sans compter les aides éducatrices qui sont chargées de donner les biberons ou encore de changer les enfants. Mais ce n’est pas la règle car, dans plusieurs cas, les éducatrices n’ont pas d’aide et assurent elles-mêmes une prise en charge totale des enfants et encore faut-il qu’elles soient formées pour assurer le minimum. Le secteur souffre manifestement d’un manque de ressources humaines qualifiées. Il n’existe pas de filière de formation d’éducatrices, et les crèches sont parfois contraintes de recruter des puéricultrices qu’elles forment en interne ou bien se rabattent sur des institutrices du primaire.