Création de sociétés : l’esprit d’entreprendre a résisté à la crise

• Au vu des circonstances très contraignantes de la pandémie, la création d’entreprises est restée sur une bonne dynamique en 2020.
• A Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, le nombre de nouvelles créations a reculé d’environ 3% seulement !
• En face, les 6 612 liquidations recensées officiellement en 2020, en baisse de 22%, ne donnent pas la vraie image de la réalité ! Les spécialistes prévoient une explosion des faillites en 2021 !

L’esprit de l’entreprise aurait tenu tête à la crise. Au vu des péripéties très contraignantes dans lesquelles s’est déroulée l’année, le monde des affaires s’attendait à un arrêt quasi-net de l’aventure entrepreneuriale. Rien de tout cela ! La détermination des porteurs de projets a largement pris les pronostics à contre-pied.
A en croire les données de l’Office marocain de la propriété intellectuelle et commerciale (OMPIC), 83 806 entreprises personnes morales et physiques ont été créées en 2020, contre un peu plus de 94 000 en 2019 ! La contre-performance ne dépasse pas donc les 12%, sur une année exceptionnelle, à tous les niveaux. Au pic de la crise pandémique, l’élan de création s’est maintenu même en bas régime. D’après les données consultées par La Vie éco sur le baromètre en ligne de l’OMPIC, l’on a enregistré 6 122 créations dans la région de Casablanca-Settat entre le 1er janvier et le 31 mai 2020, 2 605 dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, 2 473 pour Marrakech-Safi, 1 940 à Fès-Meknès et 965 à Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Au fur et à mesure que l’impact de ce contexte particulier et l’onde de choc sur les activités économiques se rétrécissaient, le rythme de naissance des entreprises s’accélérait jusqu’à approcher les 10 000 créations mensuellement. À fin 2020, l’on a relevé un petit ralentissement de la création des entreprises avec un peu moins de 8 900 créations en décembre. Ce qui correspond, cependant, au même nombre de naissances d’entreprises en 2019, traduisant ainsi un bon dynamisme de fin d’année malgré la crise. Un bémol toutefois, la désaffection des sociétés individuelles a été très prononcée cette année. Selon les données du rapport annuel de l’OMPIC, pas plus de 43 913 créations ont été faites, en chute libre de 33,7% sur un an. En 2019, la baisse n’était que de 4,47% !
Par régions, les créations d’entreprises reflètent toujours le dynamisme économique du pays. Si la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima a enregistré une forte baisse de 36,5% avec 10 773 entreprises créées en 2020, de même que l’Oriental, qui a vu le nombre de créations d’entreprises diminuer de 31% (5.504 créations), les régions Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra ont fait montre de résistance face à la crise ! Les créations d’entreprises y ont reculé très légèrement de 2% et 2,8% seulement en 2020. Par secteur, la structure des créations n’a pas connu de grands changements. Le commerce concentre, à lui seul, 39% des créations d’entreprises. Il est suivi par le secteur du BTP, les activités immobilières et les services divers.

Pour s’extirper du chômage, la création d’entreprises a servi d’exutoire pour rebondir
Pour expliquer ce trend, plusieurs raisons sont avancées par les spécialistes. La principale cause de cette baisse est à lier à la conjoncture difficile qui a marqué l’économie nationale, et les restrictions liées à la crise sanitaire. Entre limitation des déplacements à l’intérieur et à l’extérieur du pays et confinement, sans oublier la multiplication des gestes barrières et la paralysie de certains pans de l’Administration, la crise a joué un grand rôle dans cette appréhension généralisée à produire et à investir. Aussi, il ne faut pas perdre de vue qu’environ le tiers des entreprises ont dû procéder à des licenciements en 2020. Ce qui correspond à un nombre important d’employés et de cadres qui se sont subitement retrouvés sans occupation. Et du moment que le ralentissement de l’économie rendait le marché de l’emploi non demandeur et peu propice au recrutement, la création d’entreprises s’est imposée en tant qu’alternative pour rebondir et retourner à l’activité. Aussi, selon les experts, la mise en place de programmes de soutien aux entreprises, tel que le programme Intelaka, ainsi que des différents modes de financement aux entreprises durant la crise, comme Damane Oxygène ou Damane Relance, a joué un rôle dans cette forte reprise des créations d’entreprises vers la fin de l’année.
En dehors de cette raison macro-économique liée à la conjoncture, plusieurs CRI avaient notifié à leurs usagers en avril 2020 que le service de dépôt des dossiers de création d’entreprises n’acceptait plus de nouveaux dossiers depuis et cela à cause de l’arrêt des services de gestion du Registre de commerce des tribunaux. Et ce n’est pas que la création qui était suspendue, mais toutes les opérations relatives au Registre du commerce également.
Cette suspension du dépôt des dossiers de création d’entreprises a concerné tous les CRI du pays. Aussi, certains CRI avaient suspendu ce service non à cause de la pandémie et des mesures sanitaires qui l’accompagnent mais parce qu’il ne fait plus partie des missions des CRI nouvelle génération.
En face, les liquidations d’entreprises ont totalisé 6 612 cas en 2020, en baisse de 22% par rapport à 2019. Ce qui fait d’elles la chute la plus remarquable en vingt ans. Cependant, cette baisse de 22% ne renseigne pas sur la réalité du monde des affaires ! Elle ne signifie pas qu’il y a moins d’entreprises en souffrance ou en faillite. Cette baisse dans le nombre des défaillances s’explique par plusieurs facteurs, notamment le ralentissement de l’activité des tribunaux de commerce pendant le confinement. Cette période de ralentissement a été ponctuée par une augmentation assez nette du trafic au niveau des tribunaux de commerce au cours du mois de juillet qui a été freinée par les vacances judiciaires du mois d’août. Ce qui pousse les spécialistes à ne pas écarter la possibilité d’assister à une explosion des faillites en 2021 !


La dématérialisa-tion de la création d’entreprises bloquée !

La loi sur la création en ligne des entreprises se fait attendre! Le texte publié au Bulletin officiel n°6745 du 21 janvier 2019 fixe l’entrée en vigueur après la publication des «textes d’application dans un délai n’excédant pas un an». Une échéance qui renvoie au 21 janvier 2020, c’est-à-dire un retard de plus d’un an déjà. Aucun projet de décret n’a vu le jour. Le délai réglementaire du 21 janvier 2020 n’a pas été respecté. Le faux départ de la loi sur la création d’entreprise en ligne n’est pas sans conséquences. Ainsi, au lieu de créer leur entreprise via la plateforme de l’OMPIC, les utilisateurs devront faire appel aux CRI, actuellement en pleine mutation après l’adoption de leur nouvelle loi. Actuellement, en vertu du nouveau cadre régissant l’activité des CRI, ces derniers n’assurent plus le rôle de guichet unique pour la création d’entreprise. Ils ne sont plus amenés à jouer ce rôle au sens classique de dépôt des dossiers, mais doivent apporter une assistance et une aide aux investisseurs pour réaliser les procédures administratives nécessaires à la création d’entreprise.