Cramer, enseigne historique de l’électroménager, se réoriente vers l’ameublement

Elle invoque le manque de rentabilité de l’activité, la concurrence déloyale de la grande distribution et les pratiques commerciales des fournisseurs.
A l’avenir, l’enseigne vendra des meubles d’importation en bois massif, des accessoires et des tapis.

C’est la fin de l’aventure Cramer. La chaîne de magasins, la première à s’être spécialisée, depuis 1996, dans la distribution de l’électroménager, devient Cramer Home. Les treize magasins de la chaîne commercialiseront, dans quelques semaines, des articles d’ameublement. Les points de vente franchisés entameront, une fois la liquidation des stocks de l’électroménager, leur réaménagement selon un cahier des charges qui leur a été soumis par le franchiseur.
Le changement d’activité a été décidé, explique-t-on chez Cramer, suite à de nombreuses difficultés qui ont entaché les relations de l’enseigne avec les fournisseurs locaux des marques. Deux problèmes majeurs, explique la direction de Cramer, ont poussé l’enseigne à abandonner le secteur de l’électroménager. D’une part, il invoque les politiques promotionnelles pratiquées par les maisons mères. Selon lui, ces dernières lancent certains articles (en particulier le brun) à un prix donné et décident d’une importante baisse dans la semaine qui suit la mise sur le marché. Une baisse que les revendeurs sont obligés de répercuter tout en subissant l’effet sur la valeur de leur stock. Par ailleurs, les fournisseurs, et c’est un autre reproche que leur fait Cramer, pratiquent des prix différents, en tout cas plus bas, avec les grandes surfaces. Pour le D.G. de Cramer cette différence, qui peut atteindre jusqu’à 4 000 dirhams, est de plus en plus dénoncée par les clients de l’enseigne dont la plupart n’ont pas hésité à s’en détourner pour aller dans les grandes surfaces. Le deuxième problème signalé par Cramer est relatif au service après-vente. Les fournisseurs, reproche l’enseigne, ne respectent pas leurs engagements en matière de garantie. Ce qui donne lieu le plus souvent à des litiges entre les clients et l’enseigne qui n’est qu’un intermédiaire, et partant, ternit la réputation de sa société.
En gros, pour Cramer l’abandon de l’électroménager est dû à la désorganisation du secteur, au manque de sérieux des fournisseurs et à l’absence d’une association des professionnels de l’électroménager. En revanche, dans le secteur de l’électroménager, on donne une autre version. Quelques professionnels avancent que Cramer change d’activité suite à des difficultés financières. Selon ces mêmes sources, l’enseigne serait en redressement judiciaire et a même laissé d’importantes ardoises auprès de ses fournisseurs notamment LG et Whirlpool.

L’enseigne affirme ne pas avoir de dettes auprès des marques d’électroménager

Jointes par La Vie éco, les représentations locales de ces deux marques ont démenti ces affirmations. Le groupe coréen annonce que l’enseigne a apuré ses arriérés dont le montant s’élevait à 17 MDH et Whirlpool, de son côté, affirme ne pas avoir de différend commercial avec le distributeur..
Cramer, de son côté, nie avoir des dettes auprès de ses fournisseurs et ajoute même ne pas être en relation directe avec eux dans la mesure où l’entreprise effectue ses achats auprès d’une centrale d’achat. Laquelle centrale, portant le nom de Electrogroupe, est, selon ses détracteurs, une entité créée par Cramer qui aurait structuré en société distincte chacun des treize magasins composant la chaîne pour pouvoir échapper à ses créanciers. Ce que dément totalement l’enseigne de l’électroménager qui affirme que tous les magasins sont des franchisés. Quoi qu’il en soit, et en dépit des accusations, aucune preuve chiffrée et démontrée d’arriérés non payés n’a été fournie.
A l’heure actuelle, les franchisés, à qui le changement d’activité a été proposé, étudient le cahier des charges qui leur a été soumis et certains ont même entamé des travaux de réaménagement. Dans quelques semaines, selon le DG de Cramer, débutera la commercialisation de meubles (salons, salles à manger, chambres à coucher) ainsi que des accessoires notamment des tapis. Les meubles, haut et moyenne gamme, sont en bois massif et importés d’Italie, d’Indonésie et de Chine. Les responsables de Cramer n’avancent pas encore de prévisions relatives à la nouvelle activité mais ils sont optimistes, estimant que le secteur de l’ameublement est porteur. De plus les marges y sont plus intéressantes, 20 à 25%, par rapport à une marge qui s’est fortement réduite (5 à 6%) dans l’électroménager, depuis dix ans, dans le sillage de la disparition des prix de référence et celui de la baisse des prix.