Coût du travail : le Maroc plus cher que ses concurrents

En dépit de la maîtrise de la croissance du coût salarial,
la main-d’œuvre au Maroc est chère parce que la productivité
du travail est faible.
Mais la compétitivité est de moins en moins déterminée
par le coût du travail et de plus en plus par la qualité des produits.

La compétitivité par le coût du travail dans le secteur industriel marocain a vécu. Il n’est donc pas étonnant de constater une dégradation des parts de marché à l’export, comme le souligne le ministère des Finances dans une récente étude élaborée par la DPEG (Direction de la politique économique générale). Cette contre-performance s’explique, selon l’étude, par «un accroissement salarial important» depuis une quinzaine d’années, en particulier suite aux différentes revalorisations du SMIG (7 fois entre 1988 et 1996), alors que dans le même temps la productivité est restée faible, en tout cas n’a pas évolué au même rythme que les hausses de salaires. Dans une branche à forte intensité de main-d’œuvre comme le textile et l’habillement par exemple, les salaires au Maroc, indique l’étude de la DPEG, sont deux fois plus élevés qu’en Chine et quatre fois plus qu’en Inde, alors que la productivité du travail dans ces deux pays est presque la même qu’au Maroc.

Le SMIG a augmenté sept fois en huit ans !

Au cours de la seconde moitié des années 80, le Maroc disposait d’un avantage compétitif par rapport à la majorité des pays industrialisés et par rapport à certains pays émergents comme la Corée du Sud et Taïwan. Le taux de croissance annuel du coût salarial au Maroc au cours de cette période était de 4,3 % contre 17 % pour les pays formant actuellement la zone euro. Mais cette compétitivité, il faut le souligner, le Maroc la devait moins à des performances en matière de productivité (plutôt faible comparativement à la plupart des pays développés et émergents) qu’à une maîtrise des augmentations de salaires. Cette équation a changé à partir de 1989 : depuis cette date en effet et jusqu’au milieu des années 90, le taux de croissance du coût salarial a été ramené à 3 %, et ceci grâce à une amélioration de la productivité de 4,1 % en rythme annuel moyen, contre seulement 0,4 % entre 1885 et 1988. Résultat : le Maroc avait le plus faible coût de main-d’œuvre en comparaison pratiquement avec l’ensemble des pays émergents.
Mais les choses se sont dégradées : à partir de 1997-98, malgré une progression très faible du coût salarial (1,1 %) et un taux de croissance annuel moyen de la productivité de 2,6 %, le Maroc commençait à perdre de sa compétitivité-coût en raison, non seulement de la contraction des coûts salariaux en Europe (4 % seulement au lieu de 17 % en 1985-1988) et dans les pays émergents, mais aussi d’une forte augmentation de la productivité réalisée par ces derniers. Avec l’augmentation du SMIG décidée dans le cadre du dialogue social du 30 avril 2003, les charges pesant sur l’entreprise seront naturellement augmentées.

Une nouvelle donne : la compétitivité sociale

En réalité, la compétitivité par le coût salarial est une logique aujourd’hui dépassée. Bien sûr, le salaire est une composante du coût de production, mais ce n’est pas (ou plus) la plus déterminante. «(…) Il est illusoire de vouloir améliorer la productivité avec des employés insuffisamment qualifiés», souligne la DPEG. La preuve : à rémunération égale, un ouvrier chinois, parce que mieux formé, est deux fois plus productif qu’un ouvrier marocain. Ce problème de qualification se pose avec plus d’acuité dans les secteurs ou les branches à forte intensité de main-d’œuvre, comme la confection où le salaire intervient pour près de 60 % du prix de revient.
«Le coût du travail en lui-même ne veut plus rien dire. Les Allemands sont chers et pourtant ils vendent bien. Les gisements de productivité, il faut les chercher dans la qualité du produit, dans le respect des délais de livraison, dans la formation», déclare Abdelali Berrada, directeur de l’Amith (Association marocaine de l’industrie du textile et de l’habillement).
Et puis, le salaire, la couverture sociale, l’hygiène au travail font aujourd’hui partie de ce que l’on appelle la compétitivité sociale. «La compétitivité sociale est de plus en plus exigée, y compris par nos clients et donneurs d’ordre», confie M. Berrada.
Au total, tout le monde est aujourd’hui conscient qu’il est difficile de bâtir sa compétitivité sur le coût de la main- d’œuvre, «même s’il faut rester vigilant sur ce paramètre». Ne serait-ce que pour tenir compte de l’inflation, les salaires ne peuvent rester figés