Contrat programme agrumicole : 5 000 ha de verger déjà  renouvelés

Le programme table sur le renouvellement et l’extension de 50 000 ha d’ici 2018.
Le retard de mise en Å“uvre dû à  l’attente des textes d’application est en train d’être rattrapé.
Les agriculteurs parlent de pénurie de plants certifiés et du manque de terrains.

Où en est le contrat  programme signé en avril 2008 entre les professionnels du secteur agrumicole, les groupes exportateurs et le gouvernement ? Aux dernières évaluations, on n’est pas loin, pour cette année, de 4 500 à 5 000 ha qui ont été concernés soit par le renouvellement soit par l’extension du verger – ce qui représente tout de même 10% de l’ensemble des 50000 ha de l’ensemble du programme d’ici 2018, avec 20 000 ha pour l’extension et les 30000 restants à renouveler. Ahmed Derrab, secrétaire général de l’Association des producteurs d’agrumes au Maroc (Aspam), un des signataires du contrat, c’est au Gharb, à Beni-Mellal et à Chichaoua que le programme s’est déployé avec le plus de vigueur. Dans le Gharb, l’opération est portée par le fait que la ressource hydrique est disponible mais aussi par le fait que nombre de professionnels du Souss ont jeté leur dévolu sur la région.
D’ailleurs, cette région, tout comme Berkane, est retenue au titre du renouvellement du verger tout en l’adossant à des programmes drastiques d’économies d’eau. On retiendra aussi qu’entre 700 et 800 ha ont été renouvelés dans la région de Sebt El Guerdane (région d’Agadir) qui renaît après le fameux programme d’approvisionnement de la région en eau à partir du complexe Mokhtar Soussi.
Pour ce qui est des raisons du retard de déploiement du contrat-programme, elles sont de différentes natures. Il y a eu, bien sûr, une période de vide juridique qui a suivi la signature dans la mesure où il fallait attendre la promulgation des textes et des arrêts. Puis ensuite, il a fallu toute une période de sensibilisation et d’information des producteurs sur les avantages mais aussi les contraintes de la nouvelle approche. Car si l’Etat s’engage à accompagner l’extension et le renouvellement à hauteur de 12 000 DH par ha, il exige que les plants soient certifiés, explique Mme Khadija Chikri de la direction des filières agricoles. Le cahier des charges comprend également aussi bien l’économie d’eau et l’installation de systèmes d’irrigation localisée (goutte-à-goutte sous différentes formes) que la mécanisation totale du secteur, sa modernisation ou encore l’introduction de nouvelles variétés…. D’autres sujets sont à l’ordre du jour comme l’augmentation de la densité à l’hectare et qui de 300 arbres devrait passer à 450 arbres comme ce qui se fait ailleurs dans le monde.
En fait, l’enveloppe totale dédiée au contrat programme porte sur 9 milliards de DH. Et il ne porte pas seulement sur la composante agricole. La mise à niveau concerne toute la filière, qu’il s’agisse de conditionnement, du renforcement de la capacité frigorifique, du transport ou encore de l’exploration de nouveaux marchés.

Entre 700 et 800 ha renouvelés à Sebt El Guerdane

Avec ce programme, le Maroc ambitionne de porter sa production d’agrumes qui est autour de 1,3 million de tonnes (550 000 tonnes à l’export et autour de 800 000 tonnes au marché local et près de 50 000 tonnes à la transformation) à 2,9 millions de tonnes en 2018. Cette production accompagnera le développement de la demande aussi bien intérieure qu’extérieure. Ahmed Derrab est convaincu que l’export absorbera facilement 1,3 million de tonnes (avec le renforcement de la présence marocaine sur le marché russe ou au Singapour, sans compter le marché chinois et japonais) alors que le marché local sera demandeur de 1,4 million de tonnes tandis que le secteur de la transformation, à l’horizon 2018, ne se suffira pas de moins de 200 000 tonnes. Pour le secrétaire de l’Aspam, «ce programme paraît trop ambitieux, mais il faut bien se dire que si nous ne le réalisons pas, avec l’augmentation de la demande intérieure, nous risquons de devenir importateurs d’oranges, ce qui serait un comble pour un secteur qui pèse 5 milliards de DH dont 3,5 milliards à l’export seulement et dont 150000 familles vivent rien que dans les 90 000 ha de vergers». En fait, selon les dernières statistiques du département de l’agriculture, le verger agrumicole s’étend sur plus de 92 000 hectares dont près de 80 000 ha effectivement productifs (un nouveau verger ne commence à produire qu’à la quatrième année de sa plantation).

Le Gharb, Béni-Mellal, Berkane et Chichaoua plus favorables que les autres régions

Du côté des producteurs, la mise en œuvre du contrat-programme n’est pas de tout repos. Les professionnels, bien qu’ils adhèrent de manière unanime, disent connaître quelques difficultés pour réaliser leurs projets. Ils estiment, en effet, que les 12 000 DH/ ha est une mesure attrayante (contre 7 800 DH auparavant) et que le plan lui-même tient la route, sachant qu’avec les anciennes mesures le verger agrumicole est passé, en 20 ans, de 72 000 ha à ce qu’il est actuellement. Les difficultés dont se plaignent certains professionnels se rapportent premièrement à la disponibilité des plants certifiés, deuxièmement aux difficultés qu’ils rencontrent pour obtenir des autorisations de forages et enfin au manque de terrains pour les extensions.
Au ministère, on est attentif à ces doléances et des discussions sont en cours avec les gestionnaires des différents bassins pour faciliter les autorisations pour les forages. Mais pour le reste, on explique que les pépiniéristes ne peuvent pas emmagasiner à perte les plants, certains d’entre eux ayant été contraints à détruire une partie de leur stock. Il appartient, donc, aux agriculteurs de faire des prévisions et de faire leurs demandes suffisamment à l’avance pour ne pas créer des engorgements et des déficits factices qui pourraient nourrir d’éventuelles spéculations. Quant à la disponibilité des terres, tout dépend des régions et la troisième opération de cession des terres Sogeta/ Sodea est une opportunité que les producteurs devraient saisir notamment.