Confusion autour de la valeur des importations en provenance de Chine

Selon le bureau de liaison chinois à Casablanca, elles se sont chiffrées,
en 2003, à 5,26 milliards de DH, alors que l’Office des changes n’a
comptabilisé que 4 milliards sur 11 mois.
La sous-facturation pourrait expliquer ce décalage.
Depuis 1999, les importations en provenance de Chine ont pratiquement doublé.

Depuis quelques mois, l’invasion du marché marocain par les produits chinois suscite l’inquiétude de nombre d’opérateurs économiques. Quel est l’état et la nature de ce commerce ? Est-il aussi important qu’on le dit ? C’est que nous avons essayé d’appréhender à travers les statistiques officielles nationales, mais aussi à travers d’autres statistiques obtenues auprès de sources chinoises officieuses. Car au bureau commercial de l’ambassade de la République de Chine à Rabat, on nous a affirmé ne détenir que les chiffres fournis par la Direction de la statistique, ce qui est une manière élégante d’esquiver la question. Et pour cause, entre les chiffres officiels de l’Office des changes et ceux que nous avons obtenus ailleurs, il y a une différence énorme qui mérite qu’on s’y arrête. En effet, pour les 11 premiers mois de l’année 2003, les importations chinoises au Maroc ont représenté, selon les statistiques de l’Office des changes, 4,13 milliards de DH, alors que nos exportations vers ce pays totalisent seulement 514 MDH.

3 866 produits différents ont été importés en 2003

D’un autre côté, et sur une durée d’un mois supplémentaire, puisqu’il s’agit de toute l’année 2003, les statistiques établies par le bureau de liaison chinois à Casablanca, qui travaille en collaboration avec l’ambassade de Chine, indiquent que les importations marocaines en provenance de ce pays atteignent 5,26 milliards de DH. La différence entre les deux statistiques s’établit ainsi à un peu plus d’un milliard de DH, ce qui mérite au moins une question, en attendant de trouver une explication. Ne serait-ce pas là le différentiel correspondant à cette fameuse sous-facturation à la douane dont on parle de plus en plus ? Tout plaide en effet en faveur de cette hypothèse puisqu’il ne s’agit aucunement de marchandises de contrebande, mais bien au contraire de marchandises déclarées arrivées par conteneurs dans les ports du pays, celui de Casablanca principalement.
De quels produits s’agit-il? On peut dire que le Maroc importe tout et n’importe quoi, puisqu’on a pu comptabiliser, en 2003, l’entrée de pas moins de 3 866 produits en tout genre (jouets, fil à coudre, déchets et débris de cuivre, câbles divers en acier, pneus, vaisselle, montres, télécopieurs, appareils téléphoniques, diverses sortes de bibelots…). Il y a bien sûr le thé, sous différentes formes, qui arrive en tête, avec près de 600 MDH, soit 11,3 % de la valeur globale. En dehors du thé vert, pour lequel le Maroc est le premier importateur au monde, seuls 9 produits importés pèsent pour plus de 1% chacun dans les importations totales en provenance de Chine. On note en particulier les produits électroménagers (télévisions, appareils téléphoniques, vidéos…). Le poids des autres produits est donc négligeable.

Les bureaux de liaison : tête de pont du commerce chinois

Selon un homme d’affaires marocain importateur de tissu chinois, la grande diversité des produits importés tient au fait que, depuis une dizaine d’années, beaucoup de Marocains se déplacent en Chine pour acheter «n’importe quoi, sans vraiment savoir ce qui est commercialisable et ce qui ne l’est pas, ce qui crée une grande confusion sur le marché». Mais, ajoute-t-il, «ce n’est pas là l’essentiel, ce qui l’est c’est que le commerce chinois est fortement encadré et soutenu par l’Etat (chinois bien sûr)» . Selon cet importateur, il existerait même une caisse de compensation pour garantir aux fabricants un prix minimum pour leurs exportations.
Ce soutien s’explique aussi par le travail des bureaux de liaison établis un peu partout dans le monde. Ces bureaux, spécialisés par groupe de produits, recueillent les besoins des clients et les mettent en contact avec les fournisseurs chinois. Celui de Casablanca va même au-delà: il assure le suivi, reçoit les échantillons, fait les cotations… bref tout le suivi.
Il n’est donc pas étonnant que les exportations annuelles marocaines en valeur représentent l’équivalent d’un mois d’importations de produits chinois