Concession du transport public à  Rabat : colère des sociétés privées

Le privé accuse les autorités de vouloir favoriser les groupes étrangers

Les termes du cahier des charges sont jugés trop restrictifs

Seuls trois opérateurs locaux ont souscrit à l’appel à manifestation d’intérêt.

L’appel à manifestation d’intérêt pour la gestion déléguée du transport urbain dans les préfectures de Rabat, Salé, Skhirat et Temara a provoqué un malaise chez une grande partie des concessionnaires marocains de ces villes. En effet, l’ouverture des plis, en début de ce mois, a révélé que seules trois sociétés marocaines sur un total de dix ont soumissionné au sein de groupements conduits par des investisseurs étrangers, dont le français Vivendi et l’espagnol Alsa, déjà présents à Marrakech. Les autres sociétés présentes sur le terrain depuis 1986 ou 1991 ont refusé de participer, estimant que les termes du cahier des charges les éliminent d’office. Notamment la disposition stipulant que, pour prétendre à être chef de file, une entreprise doit avoir géré un parc d’au moins 200 autobus durant sept ans.

Ali Motiî , PDG de la société Ahssan Bus, explique que «la taille imposée aux sociétés pour prétendre à être chef de file ressemble plus à une condition éliminatoire», en précisant qu’«aucune société opérant à Rabat, ou ailleurs, n’a jamais géré un tel parc». Reste, selon lui, la possibilité d’aller «supplier» un opérateur étranger pour entrer dans son groupement, et subir sa politique, car le chef de file devra détenir 30% du capital de la future société, selon les termes de l’appel à manifestation d’intérêt.

Deuxième reproche fait aux autorités, les contrats des privés, accordés en 1986 et en 1991 pour une période de 10 ans renouvelable, courent toujours. Ceux de 1991 renouvelés en 2001 courent jusqu’en 2011.

Le privé propose trois concessionnaires au lieu d’un seul
Pour les concessions qui ont débuté en 1986, déjà renouvelées une fois, les intéressés affirment que cette fois-ci leurs contrats sont renouvelés par tacite reconduction, puisque les autorités n’ont pas répondu dans les délais prévus aux demandes de renouvellement émanant des opérateurs privés.

Le troisième motif de mécontentement est que les autorités locales sont décidées à accorder un monopole en optant pour une seule entreprise concessionnaire. Les transporteurs proposent pour leur part que la wilaya installe une compagnie à Rabat, une à Témara et une troisième à Salé. Ces trois sociétés arboreront les mêmes couleurs et auront l’obligation de pallier, le cas échéant, la défaillance éventuelle de l’une d’entre elles.

Enfin, Ali Moutiî, pour montrer que les gestionnaires de la ville veulent à tout prix favoriser un groupement mené par un étranger, attire l’attention sur le style employé par les rédacteurs de l’appel à soumission. Il est écrit, relève-il, que «les candidats étrangers sont libres de s’associer à un ou plusieurs partenaires marocains…». Et pourquoi pas l’inverse, conclut-il ?

Des questions et des inquiétudes auxquelles les pouvoirs publics n’ont pas apporté de réponse puisque, à l’heure où nous mettions sous presse, les différents responsables locaux chargés du dossier étaient toujours injoignables.