Commissions : les banques ont décroché le jackpot en 2016 !

Les revenus issus des prestations facturées à la clientèle ont progressé de près de 10%, deux fois plus que les meilleures progressions affichées sur les quatre dernières années. Les augmentations de tarifs sur une large palette de prestations pour la clientèle des particuliers et des entreprises expliquent, entre autres, cette performance.

Les banques ont tiré le gros lot sur les opérations facturées à la clientèle en 2016. D’après les chiffres tirés des dernières communications financières, les huit principaux établissements de la place ont empoché pour près de 6 milliards de DH de commissions (en base sociale qui reflète le comportement de l’activité au Maroc). C’est une progression de près de 10% par rapport à 2015, soit le double des meilleures progressions annuelles sur les 4 dernières années, calculées par Bank Al Maghrib. «Le secteur renoue ainsi avec les rythmes de croissance à deux chiffres qui avaient cours sur la période d’avant 2010, marquée par un développement soutenu des ouvertures de comptes et les premières retombées pour les établissements de leur stratégie de diversification dans les services liés aux activités sur titres, l’assurance, l’ingénierie financière…», observe un professionnel.

L’année avait pourtant mal commencé. Le 1er avril 2016, toutes les banques s’étaient en effet engagées à rendre gratuites six opérations (accès à la banque digitale, le recalcul du code PIN de la carte bancaire…) venues s’ajouter à 16 autres offertes aux clients à titre gracieux depuis 2010. S’ajoutent à cela des arrêtés des ministères de l’industrie et des finances entrés en vigueur en avril dernier aussi qui sont venus compléter la loi sur la protection des consommateurs et qui ont introduit de nouveaux plafonds pour les frais de dossier des crédits immobiliers et pour les indemnités de remboursement anticipé qui y sont rattachés.

L’utilisation des moyens de paiement rapporte gros

«Mais ces aménagements n’ont que très peu affecté le cœur du business des banques», nuance-t-on parmi les professionnels. Les établissements tirent en effet la plus grosse partie de leurs commissions de l’utilisation des moyens de paiement par la clientèle. Avec près de 2 milliards de DH de produits, ces services ont procuré au secteur le tiers de ses revenus sur prestations en 2016 (dans la lignée de leur poids historique), et cette proportion dépasse même 40% pour les plus grandes banques. Il se trouve, en fait, que les tarifs des commissions prélevées sur moyens de paiement ont au contraire augmenté. Frais de virement au Maroc ou à l’étranger, retrait d’espèces par chèque guichet ou déplacé, rejet de chèque… Des hausses ciblées dépassant parfois 30% ont été opérées.

Les banques en ont fait de même pour les moyens de paiement placés auprès de la clientèle des professionnels et des entreprises. Là encore, aucune piste n’a été négligée pour consolider les revenus et les clients se retrouvent à payer plus cher, entre autres opérations, les frais de certification de chèque, le télépaiement de la CNSS, l’escompte de chèque, l’encaissement de lettre de change ou même la délivrance de ces instruments de paiement. Les banques continuent aussi de surfer sur l’explosion des opérations par carte pour doper leurs revenus sur moyens de paiement. Elles ont encore réussi à faire croître le stock de cartes détenues par la clientèle de 8,8% sur toute l’année 2016, à 12,9 millions. En soi, cela draine un supplément de revenus, d’autant plus qu’il y en a qui ont augmenté les prélèvements sur certaines de leurs cartes toutes gammes confondues, destinées à un usage local ou international.

Globalement, les paiements par carte ont augmenté de 10% en volume et en valeur, à 308 millions d’opérations totalisant 262,2 milliards de DH. Plus spécifiquement, il faut relever les très fortes progressions enregistrées sur les canaux à plus forte valeur ajoutée pour les banques : progression de plus de 63% des paiements effectués par carte internationale, hausse de 25% des paiements sur GAB et de 47% des paiements en ligne…

«Pour toutes ces opérations, on fait payer au client des frais de traitement par notre plateforme mais il n’y a pas que cela. Ces transactions donnent aussi lieu dans la plupart des cas à des frais accessoires sur lesquels on ne communique pas spontanément», avoue un directeur d’agence bancaire. Par exemple, le paiement en ligne sur un site e-commerce étranger donne lieu chez certains établissements à une commission de quelques dizaines de DH pour le déblocage en une fois de la dotation en devises prévue à cet effet par la réglementation, suite à quoi le client acquitte des frais pour chaque opération.

Hausse des tarifs des services sur compte

L’autre grande source de commissions reste les opérations sur compte qui ont rapporté un peu plus de 1,5 milliard de DH en 2016, 9% de plus que l’année d’avant. La santé de fer de ce poste peut étonner lorsqu’on connaît l’importance donnée aux offres packagées qui, par leur tarification forfaitisée, procurent, en théorie, des revenus moindres. «Mais le fait est que les ouvertures de nouveaux comptes permettent de compenser cela par un effet volume», assure un professionnel. La tendance ne faiblit pas, ainsi qu’il est possible de le deviner à travers les 37 milliards de DH qui se sont ajoutés aux dépôts de la clientèle en 2016 (+4%). Mais à vrai dire, pour gagner à tous les coups, les banques ont là encore augmenté les tarifs des services sur compte. Cela concerne les frais de tenue de compte hors pack, dont les comptes en DH convertibles qui, habituellement, ne donnaient lieu à aucun frais. Les packs n’y échappent pas non plus, qu’ils concernent les particuliers ou les entreprises d’ailleurs.

Mais au-delà des revenus issus de la gestion du compte, l’enjeu à présent est de renforcer le taux d’équipement du client. «Les objectifs commerciaux se chiffrent aujourd’hui, entre autres, en nombres de produits que chaque client doit détenir», fait savoir un directeur d’agence. Dans cet effort, les équipes commerciales ne font pas toujours preuve de transparence vis-à-vis du client. «A l’ouverture d’un nouveau compte il arrive que l’on intègre, parmi les contrats à signer, des produits accessoires, sans préciser au client qu’il peut ne pas souscrire à ces compléments», reconnaît un conseiller commercial.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui les banques parviennent à tirer de plus en plus de revenus de sources autres que les traditionnels moyens de paiement et gestion de compte. Dans le lot, la vente de produits d’assurance se démarque de plus en plus et la tendance est appelée à monter en régime avec le renforcement de plus en plus de groupes bancaires dans les métiers de l’assurance.