Commerce extérieur : le Maroc veut être plus agressif sur le marché russe

La balance commerciale penche en faveur de la Russie : 16 milliards importés par le Maroc pour seulement 2 milliards d’exportations. Au-delà  d’une simple volonté de partenariat, l’objectif du Maroc est surtout de limiter l’aggravation du déficit commercial.

L’annonce par l’Association marocaine des exportateurs (Asmex) de la priorité qu’elle accorde au marché russe, dans le cadre de son programme promotionnel 2013-2015, est venue conforter la remise au goût du jour du dossier du partenariat économique entre les deux pays. Le marché russe est aujourd’hui clairement considéré comme une cible prioritaire au même titre que l’UE, les Etats-Unis ou encore l’Afrique. En effet, si l’Asmex prévoit une série de manifestations commerciales agressives pour les trois prochaines années sur ce marché, c’est surtout parce que, depuis plusieurs mois, les deux pays ont multiplié les échanges diplomatiques et économiques au point que chacun d’eux annonce désormais l’autre comme un partenaire stratégique. Ministères des affaires étrangères, de l’habitat, du tourisme ou encore association professionnels… tout le monde s’y met ! «Les relations entre le Maroc et la Russie sont anciennes. Toutefois, elles n’ont connu une progression notable que dans une période récente», confirme l’Institut royal des études stratégiques (IRES) dans une récente note présentée à l’occasion d’une rencontre organisée par l’association d’amitié Maroc-Russie.

Il faut dire en effet que dans l’échiquier des échanges extérieurs du Royaume, la Russie est déjà présente… et en force. A en croire les statistiques de l’Office des changes, le pays est en effet le huitième partenaire commercial du Maroc avec une contribution de l’ordre de 3,5% (à fin 2011) dans le total des échanges du Royaume. Cependant, et à l’instar de plusieurs autres pays, les échanges se soldent par un déficit commercial considérable. «La progression plus forte des importations par rapport aux exportations a engendré un déficit commercial en défaveur du Maroc», commente l’IRES. En effet, si les échanges commerciaux se sont nettement raffermis entre les deux pays durant la dernière décennie, cela a principalement profité au partenaire russe qui a réussi à faire passer ses exportations de 2,7 milliards de DH en 2000 à plus de 16,5 milliards en 2011. En parallèle, les exportations marocaines n’ont bondi que légèrement pour passer de 644 MDH en 2000 à 2,15 milliards de DH en 2011. C’est dire l’aggravation du déficit qui a découlé du renforcement du partenariat économique entre les deux pays. C’est là l’une des raisons majeures qui explique aujourd’hui la forte mobilisation de la partie marocaine en vue d’accroître les exportations vers ce pays.

Des parts de marché à prendre dans l’agroalimentaire, le textile et les dérivés de phosphates

Si les importations en provenance de Russie ont explosé, c’est principalement en raison de la nature des produits demandés. A la lecture des statistiques, les produits énergétiques, principalement l’huile brut de pétrole, le gazoil et le fuel, représentent la grande partie du volume. Le reste est constitué principalement de soufre brut et d’acier en fer. Or, vu la dernière flambée des cours des produits énergétiques, quoi de plus normal que de voir la facture des importations atteindre le niveau affiché actuellement. En contrepartie, les exportations marocaines vers la Russie se limite aux agrumes, dont le pays est le principal client du Maroc, à la farine et poudre de poisson (un nouvel accord de coopération en matière de pêche maritime a été signé en 2012), à la tôle, aux tomates fraîches et au poisson frais, soit des produits dont la valeur ajoutée reste très limitée. Selon l’Asmex, les exportations vers la Russie sont principalement composées de produits primaires soumis à des contraintes de capacité de production et des fluctuations climatiques.

Dès lors, il est difficile d’entrevoir un quelconque rééquilibrage de la balance commerciale sur ce marché tant que la structure même des produits échangés reste identique. Quelques pistes sont d’ailleurs déjà explorés dans ce sens. Pour l’IRES, «le potentiel du marché russe est considérable, notamment au niveau de certains secteurs où l’offre marocaine dispose d’atouts compétitifs certains». C’est notamment le cas du secteur agroalimentaire du fait que la Russie est considéré aujourd’hui comme le premier importateur mondiale de produits agricoles. Dans ce contexte, l’huile d’olive et l’huile d’argan pourrait s’ajouter aux fruits et légumes pour développer davantage l’offre marocaine. La pêche et le textile, ou encore les phosphates et dérivés sont également des segments où le Maroc semble suffisamment armé pour rivaliser avec des concurrents potentiels. La montée en puissance des métiers mondiaux du Maroc pourrait par ailleurs constituer une opportunité de renforcer les exportations marocaines vers ce marché. C’est dire aujourd’hui que le marché russe est à même d’absorber une grande partie des produits phare de l’export marocain. Mais à l’instar des échanges sur d’autres marchés, le Maroc a surtout besoin d’une agressivité commerciale qui lui permettrait de redresser la barre.