Comment restaurer la compétitivité des secteurs soumis à  la concurrence étrangère

La croissance soutenue des importations, au moins jusqu’en 2013, a profondément affecté les activités de biens et services échangeables. Il est recommandé dans le cadre de la Stratégie nationale de l’emploi de baisser le coût salarial unitaire.

Le Haut commissariat au plan (HCP) le dit depuis pas mal de temps : la satisfaction de la demande intérieure par des importations en croissance soutenues (au moins jusqu’en 2013) est un modèle de croissance qui a atteint ses limites. Pour au moins une raison : il soutient l’activité chez les fournisseurs et détruit ou affecte profondément les entreprises domestiques. Beaucoup partagent aujourd’hui ce constat. Dans le processus de formulation de la stratégie nationale pour l’emploi (SNE), il est clairement indiqué que les secteurs des biens et services échangeables, c’est-à-dire plus simplement les secteurs soumis à la concurrence étrangère, sont ceux qui ont le plus souffert des importations. En particulier les industries de transformation.
C’est pourquoi dans le cadre de cette SNE, il est recommandé de réduire les charges pesant sur les salaires dans ces entreprises, moyennant soit des crédits d’impôts, soit des primes à l’emploi. Ceci, argumente-t-on, afin de restaurer la compétitivité de ces unités en termes de coût salarial unitaire. Soit dit en passant, le projet de Loi de finances 2015 contient déjà quelques mesures de cette nature, comme l’exonération du salaire brut mensuel plafonné à 10 000 DH et la prise en charge par l’Etat des charges sociales, dans la limite de 5 salariés pour les entreprises nouvellement créées.

Et cependant, la compétitivité ne s’obtenant pas que par la baisse du coût salarial, il faudrait parallèlement améliorer la productivité. A ce niveau, ce qui est recommandé, c’est de miser sur le capital humain de ces entreprises afin, entre autres, de réduire le turnover «préjudiciable au développement des compétences dans la durée». La manière de fidéliser les salariés dans leur entreprise serait, suivant les cas, d’adopter des statuts spécifiques pour chaque activité ou branche d’activités, de mettre en place des filets de protection afin que, en période de baisse de commandes, les travailleurs n’aillent pas se recaser ailleurs.
L’observation que l’on pourrait faire à ce niveau, c’est qu’en effet les créations d’emplois dans certains secteurs ou certaines branches peuvent être tributaires de l’aide que l’Etat déciderait de leur apporter, en particulier sous forme d’allègements des charges fiscales et sociales. Mais ce serait une aide en pure perte si, face à la concurrence étrangère (découlant de l’ouverture de l’économie), les entreprises aidées ne parvenaient pas à améliorer substantiellement la qualité de leurs produits et services. C’est finalement là le nœud du problème. Aider à créer des emplois, c’est certainement une excellente chose, encore faut-il que l’entreprise parvienne à survivre et même à se développer par elle-même. Sinon, ce serait une forme de subvention que l’Etat devrait accepter de supporter. S’il peut…

C’est pourquoi, la qualification des ressources humaines, source d’innovation, de valeur ajoutée, est la clé de la compétitivité, et, au-delà, des créations d’emplois.