Comment les professionnels voient l’accord

Khadija Doukkali
Présidente de la Fédération des industries de la mer
«Les Européens doivent s’impliquer dans des projets à terre»
Je suis contre un accord basé sur l’extraction de la ressource uniquement car des projets de partenariat plus intelligents peuvent aboutir à une meilleure valorisation du poisson. Le stock C du pélagique présente encore des potentialités de pêche. Il faut aussi réaliser des investissements à terre. Les Européens peuvent s’impliquer dans des projets d’aquaculture et de chantiers navals pour mettre à niveau la flotte marocaine et faire travailler la main- d’œuvre locale. En fin de compte, nous ne sommes ni fermés à un nouvel accord, ni trop gourmands. Aujourd’hui, la richesse qui sera créée devra profiter à tout le monde. Il est important que les Européens soient davantage soucieux de préserver la ressource marocaine.

Karim Ayouche
DG Groupe LGMC industries
«La conserverie doit accéder à la ressource au même titre que les Européens»
En dehors de la manne financière des redevances, qui, si elle est habilement négociée, pourrait être autrement plus conséquente que par le passé, il y aura un effet collatéral bénéfique pour notre industrie. En effet, il paraît impensable qu’en cas de nouvel accord avec l’UE sur les pêcheries de pélagiques, que l’on empêche une nouvelle fois l’industrie marocaine de pouvoir s’intégrer en amont en ne lui donnant pas accès à la ressource alors qu’on le ferait et à un niveau incomparable pour la flotte de l’UE.

Hassan Sentissi
Président de la FENIP
«Il faut des inci-tations pour intéresser les Européens à investir sur place»
Aujourd’hui, nous avons plusieurs pêcheries qui sont surexploitées. C’est le cas de la crevette et du poulpe. Mais ce n’est pas pour autant que l’accès à la ressource est interdit. Les Européens peuvent pêcher d’autres espèces, notamment le poisson migrateur, au-delà de 50 miles. De plus, vu que nous connaissons mal encore les espèces des eaux profondes marocaines, ils peuvent se lancer, à titre expérimental, dans ces pêcheries. Les Européens sont aussi les bienvenus dans l’industrie des intrants. En plus, notre flotte est vieille et nécessite une mise à niveau. C’est une occasion pour eux pour qu’ils s’impliquent dans la modernisation des bateaux en lançant des chantiers navals offshore. Il est donc nécessaire d’augmenter l’attractivité du Maroc à travers des avantages fiscaux et fonciers notamment.

Abderrahmane Elyazidi,
SG du Syndicat des officiers et marins de la pêche hauturière
«La moitié des marins à bord des bateaux européens doivent être marocains»
Le Maroc ne peut plus se permettre le luxe d’augmenter la pression sur ses ressources surexploitées par l’introduction d’un nouvel effort de pêche ni national ni étranger.
Mais si un accord est incontournable, le Maroc ne doit pas céder sur sa souveraineté, notamment la limitation des quantités à pêcher, l’obligation de débarquer toutes les prises dans les ports marocains et d’équiper tous les navires par les balises permettant leur suivi permanent par satellite ainsi que l’obligation d’avoir 50% de marins marocains dont des officiers à bord de chaque navire.
Et en tout état de cause, toute démarche de négociation devra être faite en concertation étroite avec la profession comme c’est le cas chez les Européens.