Comment les agents immobiliers au Maroc font face à  la crise

Le marché reste toutefois porteur : 5% seulement des transactions transitent par des agences immobilières.
La Forêt reste centrée sur le moyen et haut standing et le luxe et tente de le développer.

Le ralentissement que connaît le marché du logement ne concerne plus seulement la promotion immobilière. Il a fini par s’étendre à toutes les professions qui gravitent tout autour. C’est notamment le cas pour les agents immobiliers qui constituent un relais entre le promoteur et le client final. Même s’ils emploient des termes différents pour évoquer la situation actuelle du marché, ils semblent d’accord sur un point : la baisse des transactions immobilières, les ventes surtout, ravive la concurrence. Ce faisant, chaque agence se met en position d’attaque, mais les stratégies diffèrent fondamentalement. Quand certains agents prônent un élargissement de la clientèle-cible, d’autres restent attachés à leur politique de niche et recentrent leur activité sur les segments classiques tels que le haut standing et le luxe.

Moins de 5% des transactions immobilières passent par les agences
Parmi ceux qui ont opté pour la première voie, il y a Century 21. L’enseigne, qui dispose d’une vingtaine de bureaux à travers le pays, a officialisé son entrée sur le marché des logements économiques et/ou de moyen standing. Le lancement de la franchise Wakalati le 7 mai dernier prouve, si besoin est, l’intérêt porté à ces segments de marché. «Avant de créer la franchise, nous avions déjà travaillé avec le holding public d’aménagement Al Omrane pour commercialiser ses logements dans des quartiers populaires. Et c’est là que nous avons remarqué que les segments inférieurs offraient également de belles opportunités», raconte Samir Benmakhlouf, président de Century 21 Maroc. Avant d’ajouter que même si «les commissions qui dépendent du prix de vente ne sont pas aussi importantes que dans le moyen et le haut standing, le volume des appartements à commercialiser, plus important, et la fréquence des opérations rendent ces segments très intéressants financièrement».
Les franchises Wakalati traitent des biens dont le prix tourne autour  d’une moyenne de  500 000 DH. L’incursion dans ce marché devrait permettre à Century 21 d’augmenter le pourcentage de ses ventes de logements neufs dans son chiffre d’affaires, qui est actuellement de 30 % contre 70 % pour la vente en seconde main et la location. «Le marasme se ressent davantage dans le marché du neuf. Celui de la seconde main, plus ou moins épargné, constitue le plus gros des transactions passées par les agents immobiliers en ce moment», fait remarquer M. Benmakhlouf. Tout en soulignant que «la crise fait beaucoup de bien au secteur puisqu’elle pousse le marché vers une meilleure structuration et davantage de professionnalisation», le patron de Century 21  rappelle en substance que l’intermédiation immobilière est encore embryonnaire au Maroc puisque le pourcentage des transactions qui passent par un agent immobilier ne dépasse guère les 5 % contre 55 % en France et plus de 80 % aux Etats-Unis. Autrement dit, la marge de progression est importante. Ce constat est partagé par la profession. En revanche, la diversification ne fait pas l’unanimité au sein des agents immobiliers.
Dounia Boukhari, directrice d’agence chez La Forêt Immobilier, confirme la baisse des transactions, mais avoue ne pas avoir pensé à l’élargissement de son offre. «Notre enseigne est résolument tournée vers le moyen, le haut standing et le luxe. Nous ne nous limitons pas au rôle d’intermédiaire puisque nous prodiguons un véritable conseil financier, juridique et fiscal à notre clientèle. Et c’est justement pour cette raison que nous préférons rester concentrés sur notre cible classique que nous essayons de développer», explique-t-elle.  Au-delà du marasme dont souffre le marché actuellement, Dounia Boukhari relève également d’autres effets : la professionnalisation du marché et l’intérêt grandissant des clients pour les agents immobiliers. «Même si nous enregistrons moins de transactions, nous avons remarqué une hausse des demandes d’achats. Ceci montre bien que dans une situation de crise, les clients préfèrent recourir à des professionnels pour optimiser leur placement», précise-t-elle. Chiffres à l’appui, Mme Boukhari affirme que l’agence qu’elle dirige a reçu en mai dernier 423 demandes d’acquisition dont une centaine à caractère immédiat. «Cela représente une progression de 14,7 % par rapport à avril», commente-t-elle.
La Forêt Immobilier n’est pas la seule agence-conseil qui souhaite capitaliser sur sa cible classique. William Simoncelli, DG de Carré Immobilier, a adopté la même stratégie. «Nous pensons que pour faire face au marasme, il faut se recentrer sur notre clientèle de base pour la fidéliser», insiste-t-il.