Comment le FMI voit le Maroc en 2011 et 2012

En termes de croissance, le FMI est moins optimiste que les pouvoirs publics, mais le Maroc fait mieux que des pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures. Bonne nouvelle, le taux de chômage baisserait à  8,7% en 2012.

Le Haut commissariat au plan (HCP) et le ministère des finances ont du mal à s’entendre sur le taux de croissance du PIB pour l’année en cours : ils avaient respectivement avancé 4,6% et 5%. Les prévisions que le Fonds monétaire international (FMI) vient de rendre publiques prouvent une fois de plus qu’en matière de prévisions, surtout dans un environnement où les facteurs exogènes pèsent lourdement, il est très difficile de se faire des certitudes sur l’évolution d’une économie. Moins optimiste, l’institution de Bretton Woods prévoit une croissance de 3,9% pour l’année en cours et de 4,6% en 2012. Mais elle conforte l’estimation du HCP pour 2010 qui est de 3,2%, alors que les finances avancent un 4%.
Pour l’économie mondiale, le taux de croissance projeté par le FMI est de 4,5% en 2011 et en 2012. C’est dans les pays émergents et en développement (le Maroc fait partie de cette dernière catégorie) que le PIB progressera de manière importante avec une moyenne de 6% contre 2,5% pour les pays avancés.
Par rapport aux pays de la région, les estimations du FMI sont généralement favorables pour le Maroc. Bien que le taux moyen de croissance projeté pour toute la région du Moyen-Orient Afrique du nord (MENA) est de 4,1%, il est crédité d’assez bons résultats pour l’inflation et le chômage.
Le FMI prévoit que les prix à la consommation devraient progresser de 2,9% en 2011 et d’autant au cours de l’année suivante. Quant au taux de chômage, il devrait s’établir, pour ces mêmes années, à 8,9% et 8,7%. Le Maroc ferait ainsi, selon le FMI, mieux que son voisin, l’Algérie, qui affichera une inflation de 5% en 2011 et 4,3% en 2012 et beaucoup mieux que l’Iran où les étiquettes s’envoleront de 22,5%, soit la progression la plus forte dans la région. On mesure l’importance de la performance quand on sait que ces pays sont d’importants producteurs et exportateurs d’hydrocarbures. Excepté l’Egypte, le Maroc détient le taux d’inflation des prix à la consommation le plus faible dans la région.

Le FMI recommande de durcir les politiques macroéconomiques et prudentielles

Mais ce n’est pas une raison pour s’en réjouir, d’autant que des risques planent sur les économies des pays en développement. Les économistes du FMI, qui soulignent que la «situation financière continue de s’améliorer bien qu’elle reste exceptionnellement fragile», mettent en garde contre la menace que constitue la hausse des produits de base pour ces pays. «La hausse des prix des denrées alimentaires et des matières premières constitue une menace pour les ménages pauvres et accentue les tensions sociales et économiques notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord», lit-on dans le rapport.
Les experts du FMI recommandent de durcir les politiques macroéconomiques et prudentielles (pour les pays émergents et en développement) car le risque d’augmentation des tensions inflationnistes en réaction aux contraintes liées aux capacités de production est grand. «Etant donné les fortes hausses des prix de l’alimentation et de l’énergie, qui sont des composantes majeures des paniers de consommation, les travailleurs demanderont des salaires plus élevés», observent les experts. Les politiques budgétaires étant accommodantes et laxistes, les dépenses des gouvernements risquent d’augmenter pour faire face à la hausse des subventions à l’alimentation. Le FMI est en train de décrire une situation vécue par notre pays où l’Etat multiplie les efforts financiers pour subventionner les prix des produits alimentaires de base et des hydrocarbures. On parle déjà de 35 milliards de DH, soit 4,5% du PIB, qui seraient affectés à la Caisse de compensation.

Le FMI préconise le renforcement de la protection sociale

Par ailleurs, le FMI s’attend à ce que les cours de l’énergie «restent élevés, du fait du contraste entre la vive augmentation persistante de la demande et l’inflexion à la baisse du taux de croissance tendanciel de la production pétrolière mondiale». Même schéma pour les marchés des métaux dont les cours sont «orientés à la hausse car les volants de sécurité de la plupart des métaux ont diminué». Pour les produits alimentaires qui se sont approchés du record de 2008, le FMI estime que «l’amélioration de l’offre devrait détendre un peu le marché et permettre aux cours de baisser légèrement tout au long de l’année 2011, mais ils restent plutôt fermement orientés à la hausse».
Tous ces indicateurs pèsent lourdement sur la croissance des pays en développement. Plus concrètement, ce sont les habitants pauvres des zones urbaines dans les pays en développement qui sont exposés le plus à ce danger. D’où les craintes du FMI que cela constitue «un nouveau revers pour la lutte contre la pauvreté qui avait gagné du terrain entre le début et le milieu de la dernière décennie». Les experts de cette institution ne se limitent pas à faire le constat. Ils suggèrent en même temps d’«atténuer les effets de la hausse des cours des produits alimentaires et des autres matières sur les pauvres au moyen d’une protection sociale bien ciblée et présentant un bon rapport coût/efficacité». Autant dire qu’il est temps d’engager au Maroc le chantier de la réforme du système de la compensation.