Comment ils ont surmonté l’effondrement du marché anglais : des textiliens racontent

En 2009, les entreprises textiles de Rabat-Salé ont connu les pires moments avec la crise de la demande et la dépréciation de la livre sterling. Les marchés français, portugais et américain ont été visés.

Il y a deux ans, peu de spécialistes misaient sur la pérennité du tissu industriel spécialisé dans le textile, basé dans la région Rabat-Salé. Et pour cause, ces entreprises, qui travaillent presque exclusivement avec la Grande-Bretagne, avaient durement été frappées par une baisse aiguë de la demande conjuguée à une dépréciation de près de 25% de la livre sterling par rapport au dirham. Cette évolution s’était traduite par une baisse de 17% de la valeur de leurs exportations en 2009 par rapport à 2007, avant la crise. Il s’en était suivi des réductions de personnel pour certains et carrément des fermetures pour d’autres. Deux ans après, si tout le monde n’a pas pu récupérer son activité d’auparavant, beaucoup de ces entreprises ont pu retourner la situation en visant d’autres marchés européens et, pour les plus audacieuses, le marché américain.
Evidemment, cette diversification des débouchés ne s’est pas faite en un tour de main. «Comme on ne pouvait pas changer rapidement, le positionnement sur la France, par exemple, s’est fait entre six mois et une année environ. Travaillant exclusivement avec des partenaires anglais, nous étions de ce fait totalement déconnectés des autres débouchés», raconte Tarik Aguizoul, président de l’Amith Rabat. Pour son entreprise, AGZ, cet obstacle a été vite surmonté grâce à l’appartenance au consortium d’exportation Atteliance.

Des investissements financés sans crédits !

Spécialisé dans le vêtement pour enfants, AGZ a pu, donc, grâce au consortium,  réorienter son activité sur le prêt-à-porter féminin et s’attaquer aux marchés français, portugais et aussi américain. «La mutualisation des achats et des services nous a beaucoup aidés car aller tout seul sur le marché américain était risqué et quasiment impossible, alors que dans le consortium nous avions une offre plus large et diversifiée», explique M.Aguizoul.
Allaeddine Bahraoui, patron de Marcotex, qui a également pu se repositionner sur les marchés français et portugais grâce au même consortium, est du même avis. Cette entreprise a ajouté le prêt-à-porter féminin à son catalogue tout en continuant à exporter des produits pour enfants vers le marché britannique. On peut même dire qu’une grande partie de son portefeuille est encore constituée de clients britanniques qui génèrent 60% de son chiffre d’affaires. Les marchés français et portugais absorbent le reste.
La recherche de nouveaux marchés a aussi nécessité des investissements pour le renforcement de l’outil de production. «Ce ne sont pas d’importants investissements puisque l’essentiel des équipements existe. Il s’agissait plutôt d’adapter l’équipement en fonction de la mode», explique Tarik Aguizoul qui dit avoir obtenu des lignes de crédit supplémentaires chez ses banques.

Un marché américain difficile

Plus prudents, les responsables de Marcotex ont, quant à eux, préféré financer leur investissement par des fonds propres. «Nous ne savions pas comment la conjoncture allait évoluer. Nous ne voulions donc pas contracter de crédits», explique M.Bahraoui. Et ce n’est pas un cas isolé.
Un autre patron, préférant garder l’anonymat, a dû batailler avec ses banquiers pour financer sa conquête de nouveaux marchés. Il était spécialisé dans la lingerie qu’il a abandonnée pour la production d’articles de sportswear destinés au marché américain. Une diversification qui a nécessité «un investissement substantiel pour lequel nous avons négocié, longuement et durement avec les banques». Celles-ci, poursuit ce patron, «ne voulaient pas suivre leurs clients sur le marché américain, estimant que les entreprises n’étaient pas prêtes à affronter un débouché aussi grand. J’ai alors abandonné pour mieux me concentrer sur les marchés européens et surtout pour maintenir mon flux d’affaires avec les Anglais», raconte ce patron qui affirme que la diversification des marchés n’est pas aisée surtout sur un marché comme les Etats-Unis. On notera en effet que nos industriels restent prudents et ceci pour diverses raisons. «La majorité d’entre nous fait du façonnage alors que la demande américaine porte essentiellement sur le produit fini. De plus, nous ne sommes pas compétitifs en raison de la cherté du coût du transport», reconnaît un industriel de Rabat qui a tenté de travailler sur les Etats-Unis en 2007. Malgré cela, certains industriels ne sont pas découragés. C’est le cas de Marcotex qui compte s’y positionner mais pas directement. «Nous venons d’ouvrir en 2011 une antenne au Canada. Nous voulons anticiper d’autant plus qu’un accord de libre-échange est en négociation avec ce pays. Après cette phase transitoire, nous nous positionnerons officiellement sur le marché», confie M. Bahraoui.