Comment garantir aux migrants mineurs leurs droits fondamentaux

Fondées par des Subsahariens, des Syriens, des Irakiens et aussi des Marocains, des associations et autres ONG internationales s’activent à protéger l’intérêt des enfants mineurs. Elles insistent sur l’activation de la politique publique mise en place par le Maroc en 2016.

Garantir l’accès aux droits fondamentaux aux migrants mineurs. C’est ce à quoi s’activent des associations nationales et des organisations non gouvernementales. Leurs actions sont menées sur fond de politique nationale intégrée pour l’enfance et du Pacte mondial sur les migrations de l’Assemblée générale des Nations Unies qui a été ratifié début décembre. Le Maroc qui s’est engagé, depuis 2013, dans une politique de régularisation des migrants, s’est également doté, en 2016, d’une politique publique intégrée de protection de l’enfance qui n’est aujourd’hui pas encore activée, déplorent les diverses associations impliquées dans la protection des enfants marocains et migrants. La conférence-débat, organisée le 19 décembre par le Comité Parité et Diversité de 2M, a été une fois encore l’occasion pour ces associations de souligner l’urgence d’activer les mesures et les mécanismes prévus dans cette stratégie nationale.
Aujourd’hui, on ne dispose malheureusement d’aucune estimation du nombre des enfants migrants non accompagnés. Le Maroc a procédé, depuis 2013, à la régularisation de 50 000 personnes dont 7 500 enfants qui bénéficient aujourd’hui d’une scolarisation. Mais, en ce qui concerne les mineurs migrants, la situation reste floue car, selon Najet M’jid, présidente de l’association Bayti et experte internationale des droits de l’enfant, «il est impossible de cerner cette population car elle est dans la mobilité et dans la clandestinité. Aussi, il n’y a pas de système d’information et encore moins d’échanges entre les pays concernés. Mais, sur la base du travail de terrain des ONG, on peut dire que leur nombre est en augmentation».
Ils ne sont pas exclusivement subsahariens, mais ils sont aussi syriens, irakiens et marocains candidats à l’émigration refoulés. Ils sont des filles et des garçons constituant une population dans une situation de fragilité et de vulnérabilité extrêmes à qui, s’accordent à dire unanimement les associations, on ne propose pas encore d’alternatives socio-économiques d’intégration.

«Hijra wa Himaya» cible 2000 migrants dans les régions de l’Oriental et le Nord

C’est en réponse à cela que l’Unicef Maroc a lancé, en juin dernier, son initiative «Hijra wa Himaya». Ce projet qui couvre la période 2018-2021 vise 2 000 enfants migrants non accompagnés au Maroc, dont 35% sont des filles. Il est doté d’un budget de l’ordre de 26,7 millions de dirhams devant permettre la réalisation d’actions directes de renforcement de la formation dont vont bénéficier les assistants sociaux, les professionnels de santé, les enseignants, les agents de sûreté, les professionnels de la justice ainsi que les acteurs de la société civile. Hijra wa Himaya est, pour l’heure, déployée dans les régions de l’Oriental et de Tanger – Tétouan – Al Hoceima. L’objectif est de garantir l’intérêt supérieur de l’enfant migrant dans les décisions prises à son égard et pour leur assurer, indépendamment de leur statut légal, un accès équitable à l’éducation, aux soins de santé, au logement ainsi qu’à une prise en charge sociale et judiciaire appropriée. Enfin et surtout, il faut leur assurer, explique Behzad Noubary, représentant adjoint de l’Unicef au Maroc, «une information pour qu’ils puissent comprendre leur situation et être en mesure de négocier leurs intérêts. Et c’est pour ce même objectif que lutte, au quotidien depuis sa création en 2015, l’association interculturelle Kiroukou». Du nom de ce dessin animé racontant la bravoure de cet enfant africain, en situation difficile, pour s’assurer une vie décente. Mountaga Diop, son président, reconnaît «l’existence des limites encore rencontrées pour assurer un accès aux prestations sociales, notamment la santé, la scolarisation et l’hébergement». Et il soulignera principalement les limites juridiques. «Nous avons beaucoup de mal encore à établir des contrats de bail et à loger ces jeunes migrants et aussi à accéder aux hôpitaux. Pour la scolarisation nous avons plus de facilité grâce à la collaboration des écoles publiques ainsi que certains établissements privés».
Pourtant, selon Najet M’jid, l’accès aux services sociaux doit être facile car «la politique publique pour la protection intégrée de l’enfance est déclinée au niveau local, impliquant donc les autorités locales qui doivent s’y impliquer».
L’association Kiroukou, qui agit principalement à Rabat, a procédé à la régularisation de 10 mineurs en 2015. Et, elle a pu accompagner 50 autres pour la formation en partenariat avec l’Entraide nationale. Une fois les certificats de formation décrochés, ces lauréats ont bénéficié d’un soutien pour la réalisation de leurs projets de vie dans différents secteurs d’activité, notamment la menuiserie et la mécanique. Cette expérience a été dupliquée en 2017 à Casablanca où les procédures de régularisation sont en cours pour 20 mineurs et la formation a démarré pour 12 autres. Pour M.Diop, «le Maroc a adopté une politique de régularisation inédite, mais il faut accompagner cette démarche par une campagne de sensibilisation afin que les populations concernées aient l’information nécessaire et aussi activer les mesures sur le plan juridique pour faciliter l’insertion professionnelle de ces jeunes ainsi que l’accès au logement».