Comment est contrôlée la sécurité aérienne au Maroc ?

Le système et les procédures audités par l’OACI et la FAA ont été jugés bons.

La série d’accidents d’avions survenus cet été a battu en brèche l’idée selon laquelle l’avion reste le moyen de transport le plus sûr. Désormais, l’usager se renseigne sur la compagnie avec laquelle il va embarquer, et il est arrivé que des passagers refusent de monter dans des appareils appartenant à des compagnies jugées, à tort ou à raison, peu sûres. Ou que des équipages refusent de piloter des avions présentant à leurs yeux un risque. Certains pays (Etats-Unis, France ou Grande-Bretagne) n’hésitent pas à publier des listes de compagnies qu’ils jugent indésirables. D’autres préfèrent publier la liste de celles qui sont autorisées à emprunter leur ciel. Et le débat ne fait que commencer. De même que les mesures de sécurité, de plus en plus sévères, vont laisser définitivement sur le tarmac beaucoup d’appareils appartenant à des compagnies, charters ou régulières, notamment des pays africains.

Au Maroc, le simple usager connaît certes la compagnie nationale Royal Air Maroc, ou l’aéroport Mohammed V, mais ignore tout des arcanes de l’aviation civile.
Première question, donc : qui contrôle les appareils qui décollent ou atterrissent sur le territoire national ? En fait les choses sont simples : la Direction de l’aviation civile, dépendant du ministère du Transport, veille à l’application des lois et réglementations nationales et internationales. Elle a la charge de s’assurer de la navigabilité des appareils et du respect des normes de sécurité techniques.

L’ONDA en charge de la circulation des appareils et de l’organisation des couloirs aériens
Dans ce dessein, ses ingénieurs/inspecteurs (une trentaine) sont habilités à effectuer des visites de contrôle régulières de tout appareil, quelle qu’en soit la compagnie. Ces contrôles sont régulièrement entrepris pour ceux de la RAM, d’Atlas Blue et de Régional Aires Lines, et, depuis peu, la tendance est de s’intéresser aussi à des avions de flottes étrangères. Cela sachant que l’Aviation civile marocaine reçoit de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) une liste de tous les incidents techniques qui ont eu lieu dans le monde. L’Aviation civile gère aussi les licences de pilotage, car il va de soi que l’élément humain constitue au même titre que l’élément technique un volet fondamental pour la sécurité des vols. Selon un représentant de cette administration, notre système et nos procédures ont été jugés bons aussi bien par les experts de l’OACI que par ceux de la FAA (Fédéral aviation authority), l’organisme officiel américain, qui délivre les autorisations de voler dans le ciel américain, qui ont audité récemment l’aviation civile marocaine. D’ailleurs, le Maroc dispose d’un plan national qui date de 2000 et, depuis peu, d’un plan d’action en cas de crise, qui définit les attributions de chaque intervenant.
L’ONDA (Office national des aéroports), lui, est chargé de la circulation des appareils et des hommes dans l’enceinte des aéroports et organise les couloirs aériens. Il assure ainsi le traitement des passagers et veille à leur sécurité depuis leur arrivée jusqu’à leur installation dans l’avion. Pour une sécurité maximale, il travaille, outre son propre personnel, avec plusieurs corps de métier (police, gendarmerie, pompiers). A côté de cela un plan d’investissement de près d’un milliard de DH a été engagé, il y a un an et demi, au rythme de 300 MDH par an pour mettre à niveau les infrastructures aéroportuaires. Son exécution est aujourd’hui à mi-chemin. Il s’agit d’installer des systèmes de surveillance modernes (caméras infrarouges, système de contrôle biométrique pour les détenteurs de badge, installation d’un poste général de surveillance, etc.).
«Un aéroport, explique Abdelhanine Benalou, directeur général de l’ONDA, est une petite ville composée de trois zones: une zone publique, une zone sous douane c’est-à-dire après le passage du contrôle et enfin une zone réservée au personnel travaillant dans l’aéroport. Le système des badges avec code d’accès permet la gestion de chaque type de personnel, mais ce système n’assure plus une sécurité maximale». D’où l’investissement dans un système biométrique qui identifie le détenteur du badge.

3 500 personnes formées pour réagir en cas de crise
L’office dispose aussi d’un plan d’urgence en cas d’alerte ou de crise grave (attaque terroriste, sabotage, etc.) et ce plan a été récemment testé à l’aéroport de Fès, avec tous les corps de métier concernés. Par ailleurs, l’ONDA organise des séminaires de formation pour le personnel travaillant dans l’enceinte des aéroports, y compris celui des sociétés des services externalisés. Ces dernières sont sollicitées pour ne pas opérer de rotations intensives de leur personnel. Ainsi, 3 500 personnes ont été formées cette année pour avoir le réflexe qu’il faut en cas de crise. La formation étant assurée par l’Académie Mohammed VI de l’aviation civile (voir encadré).
À la RAM, même son de cloche. Pour ce qui est des procédures de maintenance, la compagnie adhère à la totalité des réglementations et les applique. «Ce n’est pas par hasard que la compagnie est certifiée à la fois par l’Agence européenne de l’aviation civile et par la FAA américaine qui font autorité dans le domaine», explique Yassine Simou, responsable audit et exploitation à la RAM. De plus, précise M. Simou, la compagnie qui a été, il y a un mois et demi, l’objet d’un audit de l’IATA (l’association des compagnies aériennes) devra avoir la certification de cet organisme dans les semaines qui viennent puisque ses procédures de maintenance sont conformes à la quasi-totalité des 1 200 recommandations de l’IATA.

Depuis peu, l’aviation civile marocaine contrôle aussi les appareils des compagnies étrangères.