Comment des pêcheurs artisanaux ont plus que doublé leurs revenus en dix ans

Douze points de débarquement aménagés et 9 villages de pêche construits. 15 autres points et 2 villages en construction.
Le programme a permis une amélioration de revenus des marins pêcheurs, une baisse de leurs charges, l’augmentation des sorties en mer et la réduction des accidents.

Douze points de débarquement aménagés (PDA) et 9 villages de pêche (VDP) : c’est ce qui a été réalisé dix ans après le début de la mise en œuvre du Programme national d’aménagement du littoral (PNAL) initié par le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime. Pour un programme dont les bénéfices ont été significatifs en termes de retombées économiques et sociales, l’argent investi reste pourtant modeste quand on le rapporte à la durée. Ainsi, le coût des infrastructures s’est élevé à 927 MDH dont 150 millions pour les 12 PDA, 392 millions pour les 5 VDP réalisés par le ministère et 385 millions pour les 4 autres VDP réalisés en collaboration avec l’Agence pour le développement économique et social des provinces du sud. Le budget total mobilisé est de 2,13 milliards de DH venant de plusieurs sources de financement (voir encadré). Aujourd’hui, le plan d’aménagement du littoral est encore en plein déploiement : 15 nouveaux points de débarquement, dont 11 dans le cadre du Millenium challenge corporation (MCC), et 2 villages de pêche sont à l’étude ou en construction.
Pour comprendre l’approche de l’Etat à l’adresse de la pêche artisanale, il faut prendre en compte que le produit de ce secteur représente 60% du poisson frais exporté. Il emploie 100 000 marins pêcheurs qui exploitent 12 000 barques. Or, non seulement les conditions de travail de ces pêcheurs sont souvent d’une extrême pénibilité, mais la qualité de leur production était exposée à des dégradations rapides en l’absence de fabriques de glaçons et d’équipements de base. De surcroît, les ventes se faisaient pratiquement de manière informelle, réduisant le gain des marins pêcheurs qui, parfois, ne couvraient pas entièrement leurs charges et leur investissement dans les barques, le carburant, la main-d’œuvre etc. Le PNAL devait apporter des réponses au manque d’infrastructures. Il s’agissait de mettre des magasins à la disposition des travailleurs pour abriter leur matériel, aménager des espaces pour amarrer les barques, construire des ateliers d’entretien pour que les marins ne recourent plus aux services coûteux d’intermédiaires… Pour garantir le respect des règles élémentaires d’hygiène et gagner davantage de parts de marché à l’export, il fallait également des halles. Les solutions préconisées étaient de deux sortes : soit des infrastructures légères pour répondre aux urgences des pêcheurs (comme les points de débarquement aménagés), soit, quand cela est possible et que le site s’y prête, des villages de pêche plus coûteux car nécessitant une digue maritime. Le coût moyen d’un PDA se situe dans  une fourchette de 3 à 15 MDH alors que celui d’un VDP est compris entre 50 et 100 MDH.

Les marins sont associés à la gestion des sites

On ne connaît pas encore les effets exacts du PNAL sur les conditions de vie des marins, ni sur le recul de l’informel, encore moins sur la relation de dépendance entre acheteurs et marins pêcheurs. Néanmoins, des évaluations faites en interne montrent que le revenu des marins a été multiplié par 2,5 dans les deux villages de pêche d’Imessouane et de Souiria Kdima, selon Ayman Bounjoua, en charge des RH au ministère de la pêche maritime, qui connaît bien le dossier. Dans le même temps, les charges d’exploitation, avec la mutualisation des moyens, ont été réduites de 37%. Les sorties en mer ont également augmenté (+7% à Imessouane et +13% à Souiria Kdima), et les accidents en mer ont connu une réduction notable.
Tout au long de la mise en œuvre, des corrections ont été apportées, notamment sur la manière de déterminer les sites, et les marins sont aujourd’hui associés, à travers leurs coopératives, à la gestion des infrastructures. Dans le même sens, des pistes de réflexion concernant d’autres points comme les mesures d’accompagnement des sites et l’implication d’autres départements ministériels ou administrations comme l’Equipement, l’Intérieur et la Douane sont ouvertes.
Il est aussi question de créer un service central pour le suivi et la banque de données relatives à tout le programme et ses composantes… Par ailleurs, rien ne s’oppose à la création, sur les sites, de nouvelles activités qui ne sont pas liées exclusivement à la valorisation de la ressource halieutique, notamment le tourisme ou encore l’artisanat.